France: La campagne présidentielle sera sécuritaire ou ne sera pas (Analyse)

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Après la campagne présidentielle de 2007 marquée par les débats sur l’identité française et celle de 2012 par la courbe du chômage, les élections présidentielles de 2017 en France risquent d’être dominées par la question sécuritaire, après les multiples attentats qui ont frappé le pays depuis le début de 2015.

En 2007, c’était Nicolas Sarkozy, candidat de l’UMP (désormais appelé les Républicains) aux présidentielles, qui avait déterminé le thème phare des élections, basant sa campagne sur l’identité nationale et l’immigration. Faisant face à Ségolène Royal (Parti socialiste – PS) et à Jean-Marie Le Pen (Front National – FN), Sarkozy avait alors joué la carte de la surprise. Dans l’objectif, entre autres, d’écarter tout risque de qualification de Le Pen au second tour, comme cela avait été le cas en 2002, il avait promis, s’il est élu, de créer un grand ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Cette proposition lui avait ainsi permis de monopoliser le vote des électeurs frontistes et de se garantir en conséquence la victoire contre Royal.

Cinq ans plus tard la France se trouvait durement touchée par la crise économique mondiale et le thème du chômage s’imposait donc comme thème naturel de la campagne entre François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy. Le candidat socialiste a fini par prendre les devants face à son adversaire, avec une promesse historique sur l’inversion de la courbe du chômage. Alors que cette promesse n’a toujours pas été tenue, Hollande a insisté à plusieurs reprises lors de son quinquennat sur le fait que sa candidature pour un deuxième mandat dépendrait de la baisse du chômage.

« Si le chômage ne recule pas d’ici à 2017, je n’ai aucune raison d’être candidat à un deuxième mandat », disait alors Hollande en 2014, appelant plus récemment, notamment en avril 2016, à « être jugé sur la question du chômage ».

L’inversion de la courbe du chômage reste, certes, un défi à relever pour le président sortant et un élément d’attaque pour ses adversaires, néanmoins les attentes des Français semblent avoir glissé vers une autre thématique pour s’y focaliser, celle de la sécurité. Epargnée jusque récemment de la menace terroriste secouant le Moyen-Orient et le monde occidental, la France, se trouve depuis 2015 en proie aux attaques, d’une échelle jamais connue après la Deuxième Guerre mondiale. Elle est même devenue « l’ennemi numéro un » de l’organisation terroriste Daech, selon le Premier ministre Manuel Valls.

Les sondages sur les préoccupations des Français montrent désormais la primauté de la sécurité sur d’autres enjeux, qu’ils soient économiques ou sociaux. Selon un sondage de l’institut Ifop, publié après les attentats de Nice du 14 juillet, la lutte contre le terrorisme est dorénavant le premier critère qui déterminera le vote de la majorité des Français (67%), devant le chômage et l’activité économique (60%). Ce changement est remarquable au vu des sondages similaires dans le passé, comme celui de TNS-Sofres, publié en 2010, dans lequel seulement 26% des Français se disaient essentiellement préoccupés par la sécurité, loin derrière le chômage (74%) ou encore les retraites (54%).

Les partis politiques ne sont certainement pas indifférents à cette évolution sociale, comme l’atteste le clivage de plus en plus marqué entre le gouvernement et l’opposition sur la sécurité nationale. Les appels à l’unité nationale au lendemain des attentats de Charlie Hebdo ou encore de novembre 2015 ont cédé la place à des critiques de la politique sécuritaire du gouvernement par les Républicains ou encore le Front national.

Déjà remis en question après l’attentat de Nice, le gouvernement s’est attiré les foudres de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen, qui ont, tous les deux, exigé de lui des mesures « au nom des Français ».

« Les Français demandent, et je me fais leur porte-parole: Quand enfin le pouvoir va-t-il prendre les mesures qui s’imposent et mettre fin aux décennies d’aveuglement et de laxisme qui ont conduit la France là où elle est? », s’est insurgée la présidente du FN, dans un communiqué mis sur le site de son parti.

Sarkozy, pour sa part, est allé encore plus loin, appelant le gouvernement à adopter toutes les mesures proposées par son parti, comme la mise en isolement des « détenus extrémistes » ou encore le prolongement de la durée de détention provisoire pour les individus suspectés de terrorisme.

« Les arguties juridiques, les précautions, les prétextes à une action incomplète ne sont plus admissibles », déclarait même l’ancien président de la République, seulement quelques heures après l’assassinat d’un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray par deux terroristes se réclamant de Daech.

Le gouvernement, malgré sa position défensive, ne manque pas de consolider l’arsenal judiciaire et même militaire de la France. C’est notamment sous la présidence de François Hollande que la France s’est retrouvée, pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, sous l’état d’urgence, et cela, pour une période qui durera au moins 13 mois. C’est aussi le gouvernement actuel qui a complètement élargi les compétences des services de renseignement, au point d’être sévèrement critiqué par le Conseil de l’Europe.

Plus récemment, Hollande a annoncé la reconstitution de la Garde nationale, une milice dissolue en France depuis 1871. Cette reconstitution de la Garde à partir des réservistes est survenu par ailleurs au moment même de l’annonce par l’Armée du recrutement de 28 000 réservistes dans les prochaines semaines.

Le clivage entre le Parti socialiste et l’opposition ainsi les débats sur la sécurité risquent de dominer davantage la vie politique, après l’officialisation des candidats de la gauche et de la droite aux élections présidentielles de 2017. (AA)

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