Turquie : pourquoi une zone de sécurité en Syrie est-elle toujours nécessaire?

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Les experts estiment que la lutte contre le terrorisme et Daesh en particulier ainsi que les flux de réfugiés syriens qui se dirigent vers la Turquie pour fuir les frappes russes et les offensives des forces du régime de Bachar al-Assad, renforcent la thèse turque de créer une zone de sécurité à la frontière turco-syrienne.

Cette idée est depuis le début de la crise défendue par la Turquie, car une telle zone permettrait de garantir la sécurité des réfugiés et de leurs biens.

Le Professeur Amr el Azm de l’Université américaine Shawnee a déclaré à l’Agence Anadolu que la création de zones de sécurité en Syrie était l’une des principales choses qu’il aurait fallu faire dès le début du conflit dans le pays.

«Si la communauté internationale et en particulier les Etats-Unis avaient approuvé la création de zones de sécurité, la Turquie, qui accueille plus de 2,7 millions de réfugiés syriens, et même l’Europe n’auraient pas été confrontées à cette crise des migrants et le nombre de victimes en Syrie aurait probablement été moins important», a-t-il affirmé.

El Azm estime que l’Europe se trompe en pensant que les réfugiés n’iront pas plus loin que la Turquie, la Jordanie ou le Liban, et avertit les pays européens d’un nouveau flux important de réfugiés cet été.

«La création de zones de sécurité a été bloquée par le manque d’engagement et de détermination de l’administration de Barack Obama. Il n’a pas voulu faire plus que le strict minimum au Moyen-Orient. Pour les Etats-Unis, la seule priorité est Daech», a-t-il ajouté.

Pour Oytun Orhan, chercheur au sein du centre turc de recherches ORSAM, l’idée de créer des zones de sécurité visait d’abord à protéger les civils syriens et à lutter contre le régime d’al-Assad.

«Mais aujourd’hui, ces zones viseraient à protéger Alep et les opposants modérés», a-t-il estimé.

«Si la communauté internationale avait apporté son soutien à cette proposition de la Turquie, la lutte contre Daech aurait atteint une étape bien plus avancée. Car malgré les opérations, les ahésions à Daech se poursuivent et se font surtout dans cette zone du nord de la Syrie. Des zones de sécurité auraient pu permettre de couper ce lien entre Daech et les combattants étrangers», a-t-il ajouté.

De la même manière, le vice-coordinateur général de la SETA, autre centre de recherches turc, Muhittin Ataman, pense que les zones de sécurité en Syrie auraient permis de mieux combattre le terrorisme et auraient empêché les drames humains survenus en Syrie.

«Les récents tirs de roquettes de Daech sur Kilis [sud-est de la Turquie] n’auraient pas eu lieu», a-t-il soutenu à titre d’exemple.

«Surtout, les civils et les habitants de Alep et du Mont Turkmène n’auraient pas subi les milliers d’attaques menées par le régime et ses soutiens», a-t-il encore dit.

Pour l’ensemble de ces experts, le refus de créer des zones de sécurité dans le nord de la Syrie le long de la frontière avec la Turquie, a permis à de nombreuses organisations terroristes, comme Daech et le PKK en particulier, de trouver un soutien logistique, humain et financier.

La zone de sécurité proposée par la Turquie irait de Cerablus, au nord d’Alep, à Azaz, sur une distance de 98 km de long. La zone aurait une largeur de 45 km à l’intérieur du territoire syrien.

Ankara estime qu’une telle zone de sécurité pourrait accueillir tous les Syriens qui fuient les combats, en particulier à Alep. Les Syriens qui sont en Turquie pourraient également, s’ils le souhaitent, rejoindre cette zone.

Actuellement, la Turquie accueille plus de 2,7 millions de réfugiés syriens.

La crise des réfugiés a pris une nouvelle ampleur avec l’entrée de la Russie dans le conflit syrien, le 30 septembre 2015, en particulier durant ces dernières semaines avec l’intensification des frappes.

L’aviation russe et les forces du régime se sont concentrées sur la région du Mont Turkmène, à proximité de la province turque de Hatay, et sur Alep, dans le nord de la Syrie.

Ces attaques ont poussé des centaines de milliers de civils à se déplacer et à quitter leurs maisons.

Malgré les accords de Genève et de Munich pour la fin des combats en Syrie, la poursuite des frappes russes risque de faire durer le flux de réfugiés.

Même si le cessez-le-feu était appliqué, les flux migratoires vers les pays étrangers, et vers l’Europe en particulier, risquent de ne pas s’arrêter.

Cette situation inquiète sérieusement les pays européens.

L’Allemagne, qui a vu affluer un million de réfugiés en 2015, commence à soutenir l’idée de zone de sécurité défendue par la Turquie.

Comme Ankara, le gouvernement allemand estime qu’il «faut régler le problème à sa source».

Mais l’essentiel pour créer une zone de sécurité de l’interdire aux vols des avions de guerre.

Jusqu’à l’arrivée de la Russie dans le ciel syrien, la zone au nord d’Alep, où les avions de chasse américains assuraient une certaine présence, était protégée contre les appareils du régime de Bachar al-Assad.

Ainsi, une sorte de zone de sécurité existait de fait.

Mais l’aviation russe a totalement changé la donne, violant même l’espace aérien turc et agissant de manière provocatrice face à l’aviation américaine.

Dans ce contexte, pour que la zone soit à nouveau interdite aux avions de combat, il faut que les Etats-Unis optent pour une position plus ferme contre la Russie.

Mais le gouvernement américain, qui souhaite que Moscou reste à la table des négociations et qui veut éviter tout affrontement direct, préfère mettre de côté l’idée d’une zone de sécurité.

En cas d’instauration d’une zone de sécurité, la Turquie prévoit d’investir de manière importante pour fournir aux réfugiés des conditions de vie satisfaisantes.AA

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