Analyse/Ibrahim Kalin : « Alep brûle »

0

La guerre syrienne, qui sévit depuis maintenant cinq ans, ne cesse de s’estomper de l’actualité et de l’ordre du jour de la communauté mondiale. Alors que le monde se tourne vers la prochaine information, le carnage en Syrie continue, détruisant des vies, des communautés, l’histoire et surtout l’espoir que cette guerre prenne fin et le peuple syrien retrouve la paix et la prospérité.

Au cours des quatre dernières années, la Syrie dans son ensemble a porté le poids de cette guerre sanglante. Mais Alep, la deuxième ville et centre culturel et financier du pays, a été au cœur des combats les plus intenses au cours des dernières semaines. La chute d’Alep sera un acquis essentiel pour le régime et ceux qui le soutiennent, cependant, elle aggravera la situation humanitaire déjà tragique sur le terrain et forcera des dizaines de milliers de nouveaux réfugiés à rejoindre la Turquie. Or, elle enhardira le régime Assad face à l’indifférence du monde à l’égard de la guerre la plus cruelle et brutale de ces derniers temps.

La résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée le 18 décembre 2015, était censée mettre en place un nouveau cadre et un calendrier pour mettre fin à la guerre, apporter une aide humanitaire et commencer le processus de transition politique à un gouvernement légitime, démocratique et inclusif en Syrie. Elle était également censée aider dans la lutte contre le groupe terroriste DAESH.

Aucune de ces objectifs n’a pu être atteint, alors que le régime a continué à attaquer des cibles de l’opposition et les civils à Idleb, Alep et dans le reste du pays avec le soutien aérien de la Russie et des milices chiites au sol. L’accord de Munich pour la «cessation des hostilités » adoptée le 11 février était censé préparer le terrain pour les négociations dirigées par l’ONU menées à Genève. Bien qu’il ait réduit le niveau de violence en fin février et en mars, la situation se détériore à nouveau. En outre, très peu de progrès ont été enregistrés dans la lutte contre DAESH en Syrie et en Irak.

Comme le confirment des responsables de l’ONU, le régime Assad a constamment violé la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU et l’accord de Munich. Il a continué à bombarder des zones civiles et celles tenues par l’opposition à Idleb, au nord de Lattaquié et à Alep, tuant des centaines de civils et interdisant l’accès de l’aide humanitaire à ceux qui en ont besoin.

A présent, le régime concentre ses attaques sur Alep. Il vise les écoles, les boulangeries, les hôpitaux et les routes dans le but de punir les civils dans les zones contrôlées par l'opposition. Ceci est typiquement une tactique russe: bombarder non seulement les combattants mais aussi leurs familles, leurs maisons et villes afin qu'ils abandonnent la lutte sans tirer réellement de balles. L'opposition a résisté à cette tuerie. Mais il n'y a plus de zones sûres dans et autour la vieille ville d'Alep. Sans le moindre espoir à l’horizon, Alep devient une autre ville fantôme. Sa destruction quasi-totale est un signe tragique de l'échec de la communauté internationale pour sauver la Syrie et son peuple.
Depuis le début de la guerre syrienne, beaucoup ont dit qu'il n'y a pas de solution militaire en Syrie. Mais le régime Assad, la Russie et les groupes de milices chiites qui soutiennent le régime de Damas ont prouvé le contraire. Ils ont utilisé toutes les formes de la puissance militaire, y compris les armes chimiques, munitions, barils d’explosifs et frappes aériennes, pour changer le cours des événements. L’initiative diplomatique de l’ONU dirigée par le États-Unis et la Russie est manipulée pour prolonger la durée de vie du régime d'Assad et sécuriser le calcul politique de ses bailleurs de fonds.
En attendant, le groupe terroriste DAESH garde toujours le contrôle des zones qu’il occupe. La politique de diversion et de retard dans les négociations de Genève dirigées par l’ONU aide ce groupe terroriste à recruter de nouveaux membres et à élargir ses sphères d'influence. Les frappes aériennes de la coalition limitent certainement ses capacités opérationnelles dans certaines parties de la Syrie et de l’Irak. Mais le corps principal de DAESH semble rester suffisamment solide pour lancer de nouvelles attaques terroristes.

La ville turque de Kilis près de la frontière syrienne en est un exemple. Les tirs de roquette du groupe terroriste DAESH ont tué 21 personnes. Les forces armées turques ont bombardé des cibles de DAESH à travers Kilis, éliminant des dizaines de terroristes de DAESH. Ils ont été aidés par les forces aériennes de la coalition. La Turquie continuera à faire tout ce qui est nécessaire pour mettre fin à ces tirs de roquette.

Mais le simple fait que le régime Assad reste au pouvoir et poursuive sa guerre d’usure sous le couvert des pourparlers de paix, permet à DAESH de rester une force efficace sur le terrain. Les deux monstres de la guerre syrienne, à savoir le régime criminel d’Assad et le groupe terroriste DAESH, se nourrissent mutuellement et partagent le crime de destruction de la Syrie et de son peuple.

Ce que le régime Assad est en train de faire à Alep et à son patrimoine historique n’est pas moins barbare que ce que DAESH a fait à Palmyre l’an dernier. Le massacre des femmes et enfants, des médecins, des infirmières et des travailleurs humanitaires n’est rien de moins que des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

Ceci est une répétition de ce qui est arrivé en Bosnie dans les années 1990 mais d’une manière plus destructrice et inhumaine. L’inaction du monde pour arrêter le génocide bosniaque reste une tache sombre dans l’histoire moderne. L’indifférence à l’égard de la souffrance du peuple syrien entre dans l’histoire comme une honte plus profonde de l’humanité.

La chute d’Alep sera bien plus qu’une question de perdre une ville. Ce sera la perte du dernier espoir du peuple syrien pour la paix, la liberté et la dignité. La chute d’Alep attribuera au régime Assad une autre victoire lâche. Ce qui est encore plus tragique, c’est qu’il va envoyer un message douloureux au peuple syrien, abandonné à son sort.

Si les Nations unies, les États-Unis et la Russie sont vraiment sérieux au sujet de l’arrêt de cette monstruosité, ils doivent d’abord empêcher le régime syrien de saper ce qui reste de l’espoir d’instaurer la paix, la sécurité et la prospérité en Syrie. Les pourparlers à Genève n’ont aucune signification lorsque des barils d’explosifs et des raids aériens brûlent et détruisent tout ce qui existe à Alep.

TRT FR

Partager cet article? https://turquie2023.com/Rl9d1h
Share.

About Author