Le Moyen-Orient et la Turquie (17)

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Le président iranien Hassan Rohani a participé au sommet de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) réalisé à Istanbul, puis a effectué une série d’entretiens à Ankara. En fait, il était fort probable qu’il ne vienne pas en Turquie pour le sommet de l’OCI, car la déclaration finale du sommet pouvait porter des termes négatifs vis-à-vis de l’Iran. Cependant, Téhéran a surpris tout le monde et a participé à la conférence. Cette décision leur a apporté au moins deux avantages. Premièrement, il avait ainsi la possibilité de mettre son véto à la déclaration finale et deuxièmement, il a empêché qu’il y ait une image à son encontre comme s’il cherchait à se dissocier du monde islamique.

La déclaration finale a été telle que l’avait prévu l’Iran. Il a été condamné pour son soutien au Hezbollah. L’Arabie saoudite a été influente dans cette condamnation. Toutefois, le soutien porté par l’Iran au régime Assad en Syrie a également fait effet sur cette décision. Nous savons que le Hezbollah libanais, notion active de la guerre en Syrie, a pris part dans cette guerre sous l’influence de l’Iran. C’est en raison de la destruction massive causée par cette guerre et des milliers de morts, qu’une grande partie du monde islamique a perdu son estime vis-à-vis du Hezbollah et de l’Iran qui soutient le régime Assad.

Ce type de condamnation ne figure pas normalement dans la déclaration finale de l’OCI. La crise syrienne ainsi que la guerre froide déclenchée dans la région, se sont en fait reflétées dans la déclaration finale de la conférence. Évidemment cette décision n’a pas été accueillie positivement par l’Iran. 

Néanmoins, cela n’a pas empêché que le président iranien Hassan Rohani agisse avec pragmatisme et esprit de négociations. Rohani a réalisé des entretiens officiels à Ankara. Bien que la crise syrienne ait affecté les relations turco-iraniennes à compter du 2e semestre de 2011, le problème n’était pas trop important jusqu’en 2013. Premier ministre de l’époque, Recep Tayyip Erdogan avait été accueilli chaleureusement à Téhéran. « À Téhéran, je me sens comme chez moi » avait alors affirmé Erdogan pour exprimer sa satisfaction. Comme nous l’avions précédemment affirmé dans notre programme sur la visite en Iran du Premier ministre actuel Ahmet Davutoglu, le fait que les États-Unis et la Russie aient pris des initiatives dans la résolution de la crise syrienne, a dérangé l’Iran et la Turquie, car ces deux pays régionaux avaient été exclus d’une question qui se voulait régionale, par deux grandes puissances non régionales.

Le rôle actif de la Russie sur le terrain ainsi que sa décision quelques mois plus tard de réduire sa force militaire dans la région sans même consulter l’Iran, ont donné l’aspect que l’Iran n’était qu’un simple figurant dans le jeu qu’il a fondé. La Turquie a vécu une situation similaire avec les États-Unis du point de vue de leurs relations avec le PYD. Par ailleurs, la Turquie pensait qu’elle n’était pas assez soutenue par son allié depuis le début de la crise syrienne.

Les expériences négatives vécues par ces deux pays dans le contexte syrien, ont formé une base à intérêts communs pour leur rapprochement. Cependant, du point de vue de l’Iran, nous pouvons dire qu’il existe également des causes intérieures à ce rapprochement avec la Turquie. Bien que les sanctions internationales dont l’Iran fait l’objet, aient été levées, leurs effets positifs ne se sont pas encore reflétés sur le peuple iranien. Cela prendra du temps. La baisse des prix énergétiques montre que cet impact ne s’effacera pas aussi facilement. C’est pourquoi, l’Iran souhaite suivre une politique en faveur d’un développement économique. Conformément à cette politique, il cherche des opportunités pour une coopération économique avec les pays de la région, basée sur une dépendance mutuelle.

 

Dans cette perspective, les relations avec la Turquie et le Pakistan portent de l’importance pour l’Iran. La Syrie et l’Irak ne forment pas un choix avantageux pour l’Iran de ce point de vue. Même si le régime Assad continue d’exister, il est loin de pouvoir répondre aux besoins économiques de l’Iran. Bien qu’il soit en meilleure situation que la Syrie, l’Irak doit faire face à de nombreux problèmes politiques et économiques, donc il ne constitue pas d’alternative puissante du point de vue commercial et économique. Par ailleurs, bien que la menace de Daesh semble s’être allégée, l’Irak est confronté à de nouveaux problèmes politiques et il est peu probable qu’il puisse surmonter tous ces problèmes en peu de temps.

Ayant des relations défectueuses avec Israël et les pays arabes, l’Iran cherche ainsi à développer ses relations avec la Turquie dans un contexte de coopération économique et commerciale mais aussi de stabilité régionale. Même si les firmes occidentales souhaitent développer leurs relations avec l’Iran, elles craignent la réaction des États-Unis. De ce fait, elles doivent entretenir leurs relations et mener ce processus très lentement. De ce point de vue aussi, la Turquie ne perd pas son importance pour l’Iran.

 

            Comme a démontré la dernière visite en Iran du Premier ministre Ahmet Davutoglu, le gouvernement turc perçoit Téhéran comme une notion d’équilibre et de stabilité dans la région. Le fait que la Turquie n’ait pas entièrement exclu l’Iran à une période où elle développe ses relations avec l’Arabie saoudite, constitue une opportunité importante pour le régime Rohani qui pourra ainsi ouvrir une nouvelle page.

 

Il se peut que le souhait de la Turquie de développer ses relations, suscite quelques problèmes à Rohani du point de vue de la politique intérieure iranienne. Cependant, en faisant une analyse  des avantages et des désavantages, fonder de bonnes relations avec la Turquie est un acquis important pour l’Iran, comme il l’est pour tous les pays.

TRT FR

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