Calais: police et population locale, la double épreuve des migrants

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La devise de la République française « Liberté, Égalité, Fraternité » inscrite au feutre noir sur une tente de couleur terne, accueille les visiteurs du camp de migrants « Jungle« ,

Personne ne semble savoir quand a été inscrite la devise sur cette tente devant laquelle se faufilent de nombreux rats, pourtant il suffit de marcher un peu dans la Jungle et parler aux migrants pour comprendre pourquoi la devise figure encore près de l’entrée du camp.

Deux jeunes cousins iraniens, Hosam et Homar, acceptent de s’exprimer à Anadolu, près de cette tente. Ces jeunes qui résident depuis 7 mois dans un abri offert par un bénévole britannique disent n’avoir jamais imaginé la France ainsi.

Récemment diplômé d’une université à Téhéran, Hosam explique que les migrants subissent des actes de violence de la part de la population calaisienne durant la journée et de la part de la police durant la nuit. Il a même été attaqué il y a trois mois par un groupe armé à Calais, qui lui a cassé le nez et a volé son téléphone et son argent, ajoute-t-il. 

Pour Hosam, la violence est presque devenue une « routine » dans le camp. « Nous avons peur de nous rendre au centre ville. Les Calaisiens sont des fascistes et les policiers n’arrêtent pas de les soutenir. Ils ne font que regarder les fascistes frapper les migrants, des fois ils les félicitent même de leurs actes », se lamente le jeune iranien.

L’indifférence de la police est une « tactique », affirme Hosam, qui soutient que la violence et la faim font partie de la politique de l’Etat pour les camps.

« La seule logique de la Jungle, c’est la faim. Plus les migrants ont faim moins ils ont de l’énergie pour traverser la Manche et ainsi la police française ne se fatigue pas trop. En revanche, les migrants qui arrivent à manger à leur faim doivent affronter les coups de la police et de la population locale », souligne-t-il.

Le témoignage de Sasan, jeune kurde originaire d’Iran, ne diffère guère de celui de Hosam. « Ici, nous faisons face à deux types de fascistes: Le peuple calaisien et la police française. La police et les habitants de Calais frappent les migrants là où ils peuvent. La police a recourt à des gaz lacrymogènes ou tire des balles en plastique. La population locale vole l’argent et les téléphones des migrants et les bat à mort », note Sasan, exprimant son regret d’être venu en France.

Ayant quitté l’Iran pour des raisons politiques, Sasan indique que son retour dans son pays d’origine est impossible et explique ainsi le dilemme qu’il affronte:

« J’aurais souhaité mourir en Iran au lieu de faire face à toutes ces souffrances. En l’espace de 7 mois, j’ai tout perdu, mon argent, ma raison, mon humanité, ma dignité. Nous n’avons plus rien, pourtant nous ne savons plus quoi faire. J’aimerais tellement pouvoir rentrer en Iran. J’ai essayé, peut-être près de 100 fois, d’atteindre l’Angleterre, en vain. Mais je n’ai pas d’autre choix, je continuerai de tenter ».

Pour Sasan, la France utilise la Jungle comme un outil pour « arracher de l’argent du Royaume-Uni ». Si la France souhaitait, elle pourrait exterminer la Jungle en une journée, néanmoins les négociations politiques ne le permettent pas, soutient-il.

Halil, azéri d’Iran de 42 ans, qui a fui Téhéran avec son fils et un membre proche de famille, explique qu’il est au bord du suicide depuis son arrivée à Calais.

La tente de Halil, qu’il a achetée lui-même, a été détruite lors de l’évacuation de la partie sud du camp février dernier. Depuis, il trouve refuge soit dans les abris d’autres migrants ou dans les boutiques de la Jungle. Faute d’argent, il n’a pris de douche depuis deux mois.

« Il faut payer 3 euros pour 10 litres d’eau, 50 centimes pour le shampoing et 1 euro pour la serviette. Où vais-je trouver cinq euros? Même si j’en trouve il faut faire la queue entre 10 et 15 heures pour prendre une douche ici. Près de 5 000 personnes vivent dans la Jungle », précise Halil.

Sophan, qui est arrivé à la Jungle avec Halil, préfère ne pas dévoiler la réalité du camp à sa famille. « Lorsqu’ils m’appellent, je leur dis qu’il y a des gazelles, des moutons ici et que je suis bien à l’aise. Si ma mère voyait là où je dors elle tomberait malade. Comment puis-je leur dire qu’il n’y a que de la violence, de la faim et des maladies? », s’exclame-t-il.

Sophan a traversé l’ensemble du contient européen en tant que migrant, pourtant c’est la France qui l’effraie le plus et jure n’avoir jamais vu un endroit tel que la Jungle. Se plaignant de la police comme les autres migrants, il dit, « La police ne nous répond même pas quand on leur demande « How are you? ». On veut bien savoir comment ils vont, nous sommes des êtres humains, pas des monstres. C’est ce qu’on souhaite expliquer à la police, pourtant si tu es migrant dans la Jungle on ne te considère même pas comme un être humain ».

– « La police reste aveugle à la situation des migrants »

Liz Clegg, bénévole britannique qui s’occupe depuis 7 mois des enfants abandonnés dans le camp, raconte ainsi l’histoire d’un migrant afghan assassiné à Calais:

« Il y a quelques mois, Harun, un Afghan de 37 ans qui gérait un restaurant dans la Jungle et que je connaissais très bien d’ailleurs, est parti chercher du lait à Calais, mais il n’est jamais revenu. Le cousin de Harun, Ismael, vivait, lui aussi, dans la Jungle. Il a cherché Harun durant 5 jours, appelant les centres de migrants à Calais et dans ses alentours, il est même parti chercher les centres de détention à Paris.

Deux semaines plus tard, Ismael est parti en Italie, pensant que Harun a été refoulé vers ce pays, qui était leur point de passage avant d’atteindre la France. Mais on a trouvé le cadavre de Harun à Calais alors qu’Ismael était déjà parti en Italie, et il s’est avéré que sa mort n’était pas due aux causes naturelles. Ismael qui a appris la nouvelle par la suite, s’est suicidé en Italie. Ces deux jeunes hommes avaient une famille et des enfants en Afghanistan.

Ces deux morts ont sensiblement touché les migrants dans la Jungle. Ils avaient déjà peur de se rendre à Calais, mais depuis cet évènement, ils ne quittent presque jamais le camp. Pourtant ce qui est encore plus tragique, c’est l’attitude de la police et des instances judiciaires. Ils n’ont même pas voulu enregistrer notre déclaration de disparition et ne nous ont jamais écouté. On parle d’un meurtre, pourtant personne n’a entamé une procédure judiciaire depuis des mois ».

Le cas de Harun n’est pas une exception, tient à souligner Liz, ajoutant que la police française reste « aveugle » à la situation des migrants et aux déclarations de disparition ou encore de crime envers les enfants de la Jungle.

Près de 300 enfants sont abandonnés dans le camps depuis l’évacuation de février dernier. Agés entre 5 et 16 ans, ces enfants tentent aussi d’atteindre le Royaume-Uni comme les migrants adultes.

Les Britanniques sont de plus en plus conscients de la situation dans la Jungle, pourtant les Français ignorent complètement ce qui se passe dans ce camp, estime Liz. 

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