Energie: L’Afrique est enfin prête à sortir de la pénombre

Comment se fait-il que, 138 ans après l’invention de l’ampoule électrique par Thomas Alya Edison, plus de 645 millions d’Africains n’aient toujours pas accès à l’électricité et que des milliers meurent chaque année du fait de la pollution de l’air domestique à cause de l’usage de bois de chauffage pour la cuisson ?

Comment se fait-il encore, que la consommation d’énergie par habitant soit la plus faible en Afrique subsaharienne par rapport à tous les autres continents avec 181 KW contre 6500 KW en Europe et 13 000 KW aux États-Unis ?

Ces interrogations ont été formulées par le président de la Banque Africaine de Développement (BAD), Akinwumi Adesina et l’ancien secrétaire général de l’ONU, le Ghanéen Kofi Annan, lors de la 51 assemblée annuelle, de la BAD, qui s’est tenue du 24 au 27 mai, à Lusaka (Zambie) sous le thème « énergie et changement climatique ».

Des interrogations qui ont du sens lorsque on sait que l’Afrique regorge de ressources qui pourraient répondre aux besoins du 1, 1 milliard d’individus que le continent compte aujourd’hui.

L’Afrique possède en effet, «plus de 10 TW de solaire, 350 GW d’hydroélectricité, 110 GW d’éolien, et un surcroît de 15 GW de géothermique – sans omettre le charbon et le gaz, qui peuvent toujours lui fournir son électricité la moins chère», avait soutenu Adesina, devant un parterre de dirigeants, d’acteurs économiques, d’analystes, d’investisseurs etc.

Selon un rapport récent de la BAD, le Nigeria, possède 180 trillions de pieds cubes de gaz, les plus vastes réserves de gaz en Afrique, et 37 milliards de barils de pétrole, les deuxièmes les plus importants du continent.

Pourtant, sa production reste très faible en comparaison à d’autres pays ayant moins de ressources. La Chine, par exemple, dispose de la moitié des réserves de pétrole du Nigeria mais produit 4.2 millions de barils par jour, contre seulement 2.2 millions pour le géant africain en 2014, d’après le même rapport.

C’est pourquoi, il est temps pour l’Afrique de «libérer son formidable potentiel en énergies renouvelables en le conjuguant avec l’énergie conventionnelle pour s’éclairer et s’électrifier», a plaidé le président de la BAD.

Pour les experts et les dirigeants africains, seule une alimentation suffisante en énergie sera le catalyseur et le moteur de la transformation du continent.

Un continent qui, malgré une conjoncture mondiale défavorable, a réalisé en 2015 une croissance record de 3 %, qui devrait atteindre 3,7 % en 2016 et 4,5 % en 2017, selon les prévisions de la Banque Mondiale.

Aujourd’hui, de nombreux projets, qui pourront répondre aux déficits chroniques de l’énergie électrique en Afrique, voient le jour aux quatre coins d’un continent qui profite d’un rayonnement solaire exceptionnel tout au long de l’année.

Il s’agit, entre autres, de la centrale solaire « Noor », 7ème plus grande centrale au monde, située au Maroc, avec une capacité de 160 Mw. Le Kenya prévoit, à son tour, de se doter, dans les trois prochaines années, d’une centrale solaire d’une capacité de production de 320 Mw.

Alexandre Castel, président de «Station Energy», un groupe qui multiplie les solutions innovantes en Afrique de l’Ouest (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal) afin d’offrir à la population l’accès aux services de base, estime d’ailleurs que le domaine d’énergie se doit d’être la priorité des dirigeants africains.

«La notion d’énergie est une problématique majeure pour le continent, car celui qui n’y a pas accès, n’a pas non plus accès à tout ce qui en découle, que ce soit dans le domaine de la santé, de la télécommunication ou de l’éducation …», a-t-il déclaré à Anadolu.

Il a souligné à cet effet que l’Afrique a besoin d’une multitude de projets d’éco-infrastructures, telles « les chambres froides solaires, qui peuvent sauver les récoltes, dans un continent où 40 % des productions agricoles sont perdues, à défaut de lieux de stockage ».

Pour faire de l’Afrique, un futur continent de lumières, la BAD a décidé, lors de ses assises, de mettre en place le «New Deal» pour l’énergie en Afrique, un partenariat entre la BAD, les pouvoirs publics, le privé et des organismes bilatéraux et multilatéraux du secteur de l’énergie.

Ce programme révolutionnaire conçu par la BAD a pour ambition, selon le président Adesina, d’«assurer l’accès universel à l’électricité sur le continent africain d’ici à 2025».

Pour cela, la Banque Africaine projette une offre additionnelle de 160 gigawatts, les raccordements de 130 millions de personnes à l’électricité, de 75 millions au réseau secondaire et 150 millions de personnes à l’énergie propre pour la cuisine.

L’institution entend également financer des énergies renouvelables et électrifier l’Afrique, en y redéployant une bonne partie de 6 milliards d’euros qu’elle investit annuellement dans des projets de développement. Pour cela elle veut aussi développer des mécanismes innovants pour mobiliser entre 40 et 70 milliards USD chaque année au lieu des 22.5 milliards USD investit en 2014 dans ce secteur.

Pour aider l’Afrique à combler le « gap » de l’énergie, la banque a également lancé un vaste partenariat autour de l’énergie incluant plusieurs pays développés et organisations régionales ou internationales.

Le développement de l’énergie est aujourd’hui, plus que jamais, une priorité pour l’avenir de l’Afrique. Et, «ce qui est bon pour l’Afrique est bon pour le monde entier», déclarait, le 25 mai dernier le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à l’occasion de la Journée de l’Afrique. (AA)

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