La nouvelle vision de la Turquie (21)

Nous voyons à la télévision ces derniers temps des Français faire la queue pour l’essence, des manifestations confrontant le peuple et la police ainsi que les interventions musclées de la police. Que se passe-t-il exactement en France, secouée par les grèves ayant touché premièrement le secteur de l’énergie puis celui des transports ?

Le Parti socialiste a mis en vigueur la loi Travail néolibérale qui facilite le licenciement des employés, donne l’occasion aux employeurs d’augmenter les heures de travail tout en diminuant le paiement des heures supplémentaires, et qui, par conséquent, poussera les employés à travailler plus, tout en gagnant moins. Le peuple s’est rué dehors après l’adoption par le gouvernement du projet de loi sans même requérir l’approbation du parlement. Ces manifestations rassemblant près d’un demi-million d’habitants depuis près de deux mois, ainsi que les décisions de grève prises les unes après les autres ont mis le gouvernement dans l’embarras, mais ce dernier s’est refusé à faire marche arrière. Les syndicats tentent quand même de faire pression sur le gouvernement avant le 08 juin, date à laquelle le projet de loi sera soumis au sénat.

Les grèves suivies avec inquiétude au préalable de l’Euro 2016 ont également engendré des débats au sein des milieux gauchistes de l’Europe en raison des pratiques capitalistes d’un pouvoir qui se veut socialiste.

L’évènement que j’essaie de vous rapporter ci-dessus nous contraint à faire une analyse comparative entre la France et la Turquie à la 3e année des incidents de Gezi. Nous pouvons comprendre le malaise dans un pays où le chômage a augmenté, la popularité du leader a baissé à près de 14%, l’achat d’essence a été limitée à 20 litres par véhicule, et où des problèmes concrets sont vécus, et par conséquent prendre part aux côtés du peuple français en tant que simples citoyens.

Quant aux incidents de Gezi qui se sont reflétés par des actes destructifs durant des semaines, qui ont été sujets de provocations des médias occidentaux ainsi que de leurs « prolongements » au sein du pays, et qui ont mis le pays en difficulté, avaient-ils une raison concrète ?

Rappelons les valeurs économiques de mai 2013 : le dollar stagnait à 1,76 livres turques, les taux d’intérêts se fixaient sur la bande des 4-5%, les droits professionnels des ouvriers et fonctionnaires avaient été réformés, l’économie affichait une croissance alors que le monde entier était en proie à la crise, le chômage était en dessous des 10% et le projet de résolution démocratique avait été mis en vigueur pour éradiquer le terrorisme. Comment alors peut-on expliquer ces incidents ?

Les incidents de Gezi étaient un mouvement de révolte dont le but clair et net était de déstabiliser le pays : « Ce n’est pas une affaire d’arbres, ne l’as-tu pas compris ? ».

Le vice-Premier ministre de l’époque, Bulent Arinc, avait accepté de rencontrer les manifestants au nom du gouvernement et avait écouté leurs demandes. Les demandes listées des porte-paroles du soi-disant mouvement écologiste qui a occupé les bâtiments dans les grandes villes durant des jours, endommagé les biens publics et causé la mort de nombreux innocents, visaient en fait à nuira aux investissements et aux projets de développement du pays.

Quelle avait été l’attitude adoptée par les plateformes de réseaux sociaux et les médias turcs et européens lors des incidents de Gezi? Nous n’avons pas besoin d’être un expert en médias pour comprendre l’hypocrisie des médias occidentaux sur leur façon de traiter et de rapporter les manifestations en France (voire même dans un quelconque pays européen).

Il existe de sérieuses différences entre l’attitude adoptée vis-à-vis des incidents de Gezi et la façon de rapporter la réaction sociale provenant de réclamations justifiées en France et l’intervention des forces de sécurité. Alors que les forces de sécurité turques devant faire face à des armes mortelles comme les armes à feu ou les cocktails Molotov ont couvert les pages des médias mondiaux, l’intervention musclée de la police française face à des manifestants ayant des revendications justifiées, a été ignorée.

Le président Recep Tayyip Erdogan a naturellement exprimé ses inquiétudes à ce sujet. Les préoccupations exprimées par le président de la République de Turquie, peuvent sembler être des représailles (contre la France) concernant leur rôle provocateur lors de la révolte de Gezi, mais ce n’est pas correct. La Turquie s’oppose depuis le début à toutes les injustices du monde et exprime ses inquiétudes à ce sujet.

Le gouvernement ne doit pas rester indifférent à la notion sociale qui se cache derrière les incidents de Gezi ayant généré d’importantes fissures dans la structure économique et sociale du pays. Il doit être ouvert aux communautés qui se sentent désespérées et répondre aux demandes raisonnables. C’est une question qui peut être réglée avec les moyens démocratiques. Cependant il faut voir la différence dans la réaction des médias vis-à-vis de la grève en France et d’un fait social survenu en Turquie sous un prétexte bien plus abjecte.

TRT FR

Partager cet article? https://turquie2023.com/uIyzCD