Le Moyen-Orient et la Turquie (34)

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Le 15 juillet, le peuple turc a fait face au péril de sa vie à une tentative de coup d’Etat qui ciblait un gouvernement démocratiquement élu. Cela n’était pas important seulement pour la politique intérieure de la Turquie mais a aussi causé de considérables résultats du point de vue de la politique étrangère turque. L’attitude adoptée par le monde pendant et après la tentative de coup d’Etat a joué un rôle sur la politique étrangère de la Turquie. L’Union européenne et les Etats-Unis ont longtemps attendu pour exposer une prise de position qui condamne la tentative de coup d’Etat et qui soutient le gouvernement démocratiquement élu. Surtout l’Union européenne a montré sa réaction après avoir vu que la tentative de coup d’Etat avait été avortée. Cette attitude de l’Union européenne et des Etats-Unis était scandaleuse. Ils ont critiqué les mesures de sécurité prises par le gouvernement turc contre les putschistes et les soutiens à la tentative de coup d’Etat. On dirait qu’ils menaçaient la nation turque et l’autorité qu’elle avait choisie pour les pas lancés dans le cadre juridique et sécuritaire.

Par ailleurs, la Russie et l’Iran, deux pays avec lesquels la Turquie a certains problèmes ces derniers temps, ont annoncé qu’ils soutenaient le gouvernement démocratiquement élu. Nous pouvons baser le soutien de ces deux pays sur ces points:     

  1. La Russie et l’Iran ont vu que la tentative de coup d’Etat était indirectement soutenue par les Occidentaux, 
  2. La Russie et l’Iran considèrent FETO comme une organisation ayant des activités contre leurs intérêts nationaux,   
  3. Les deux pays ont en général une attitude cohérente lorsqu’il s’agit des interventions ciblant les affaires intérieures des Etats,    
  4.  Ils ont prévu que soutenir la Turquie lors d’une période critique serait un avantage géopolitique pour la période d’après la crise.   
     

C’est en Russie que le président de la République Recep Tayyip Erdogan a réalisé sa première visite à l’étranger suite à la tentative de coup d’Etat.  C’est l’Iran qui a effectué la première visite étrangère en Turquie après la tentative de coup d’Etat.  Les critiques de M. Erdogan et des médias turcs qui ciblaient la presse occidentale ont causé des polémiques : La Turquie se sépare de l’Europe pour une alliance avec la Russie et l’Iran ? Certains commentateurs européens ont avancé que la Turquie se dirigeait vers une alliance eurasiatique et qu’il s’agissait d’un changement d’axe dans sa politique étrangère. 

Est-ce que cela était la situation réelle ? 

Nous savons que l’Ak Parti a voulu, pendant son pouvoir de 14 ans, mener une politique étrangère multidimensionnelle tout en restant dans l’alliance occidentale. Autrement dit, il n’a pas évalué ses intérêts nationaux seulement de l’optique du système de l’alliance occidentale. A cet égard, il a souhaité développer ses relations avec la Russie et la Chine. Il a accordé plus d’’importance au Moyen-Orient que les gouvernements précédents. L’ouverture vers l’Afrique faisait également partie de cette politique.

La Turquie a connu des litiges avec la Russie et l’Iran provenant de leurs intérêts sur la crise syrienne. La nouvelle situation a poussé la Turquie vers de nouvelles alliances régionales sans interrompre entièrement ses relations avec l’Iran. Si la crise d’avion de chasse russe n’avait pas eu lieu, les relations de la Turquie avec la Russie n’auraient pas été affectées malgré d’importantes divergences de vue au sujet de la question syrienne.  

Les pas prévoyant de rétablir les relations avec ces deux pays ont été lancés avant la tentative de coup d’Etat. Le 5 mars 2016, le Premier ministre de l’époque Ahmet Davutoglu a effectué une importante visite en Iran. La visite avait pour objectif de rétablir les relations économiques et commerciales qui étaient endommagées. La Turquie et l’Iran se sont mis d’accord sur le rôle des pays de la région pour la résolution de la question syrienne et de celle du Moyen-Orient.

En avril 2016, le président iranien Hassan Rohani a eu des entretiens officiels à Ankara à la suite du Sommet de l’Organisation de la coopération islamique. Dans ce contexte, la visite en Turquie du chef de la diplomatie iranienne Javad Zarif devrait être prise en main  avec les développements qui ont eu lieu au cours de l’année 2016.

Les efforts déployés au mois de juin par le président Erdogan afin de rétablir les relations avec la Russie ont également donné des résultats positifs. La rencontre Erdogan-Poutine le 9 août à St. Pétersbourg était planifiée avant la tentative de coup d’Etat.

La prise de position de l’Iran et de la Russie lors de la tentative de coup d’Etat était différente de celle des pays occidentaux et a été appréciée par le gouvernement turc.

Le fait que la commission parlementaire des relations internationale ait adopté le 16 août le projet de l’accord international prévoyant la normalisation des relations avec Israël est la plus importante indice selon laquelle la Turquie n’a pas l’intention de se détacher du système de l’alliance occidentale.

D’autre part, la présidence et les responsables du gouvernement turc ont affirmé de manière claire, nette et précise que la Turquie n’avait pas l’intention de sortir du système de l’alliance occidentale. Si la Turquie critique les Etats-Unis et l’Union européenne, ce n’est pas parce qu’elle essaye de trouver un nouvel axe dans sa politique étrangère mais parce qu’elle appelle les pays européens à défendre leurs propres valeurs. La Turquie leur rappelle la démocratie, la liberté et l’égalité, les valeurs qu’ils ignorent quand il s’agit de leurs bénéfices. Autrement dit, elle les appelle à être démocrates pour de vrai.

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