OCDE: « Les migrations ne sont pas une menace, elles sont un espoir »

Bien qu’elle frôle des niveaux record dans les pays développés après la crise des migrants qu’a connue l’Union européenne (UE), la migration continue à contribuer positivement à l’économie des pays, a noté l’OCDE, appelant à une « coopération internationale » pour mieux gérer les flux migratoires.

Dans son rapport très attendu sur les « Perspectives des migrations internationales », l’OCDE a appelé ses Etats membres à « répondre au sentiment de défiance envers les migrations », au sein de l’opinion publique, soulignant les « effets positifs à moyen et long termes sur les finances publiques, la croissance économique et le marché du travail » des migrations pour les pays développés.

Cette 40e édition du rapport sur les migrations ne manque pourtant pas de constater que les flux migratoires connaissent leur niveau record, notamment ces 10 dernières années, après la crise économique de 2008. Les pays membres de l’OCDE ont ainsi accueilli 4,8 millions de nouveaux migrants permanents l’an dernier, soit une hausse d’un demi-million par rapport à l’année précédente.

Ce chiffre de 4,8 millions équivaut à 0,4% de la population de la zone OCDE et représente « toujours une proportion modeste », tient à souligner pour sa part, Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE, lors de la présentation du rapport devant les journalistes à Paris.

Parmi ces migrants, on recense 1,5 million de demandeurs d’asile, dont 1,3 million dans des pays européens, précise le rapport. La Syrie, l’Afghanistan et l’Irak sont encore les premiers pays à l’origine de la migration, dès lors qu’en 2016, deux demandeurs d’asile sur trois au sein de l’UE, sont des ressortissants de ces trois pays.

S’appuyant sur les données du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, l’OCDE met en avant par ailleurs la baisse des nouvelles entrées de migrants dans l’UE, passant de 1 015 078 en 2015 à 298 099 en 2016, notamment après l’accord sur les réfugiés conclu en mars dernier entre l’UE et la Turquie.

Malgré cette baisse des flux de réfugiés, « l’urgence de la question de l’intégration » des migrants dans leurs pays d’adoption ne diminue pas, tient à souligner l’organisation économique dans son rapport. Le taux d’emploi des immigrés récents (moins de 5 ans de résidence), en particulier ceux qui ne sont pas nés dans un pays européen, reste en deçà de 50% dans la plupart des Etats membres de l’OCDE, déplore ainsi le rapport.

Dressant un bilan mitigé sur l’intégration des migrants, l’OCDE invite à lutter contre le sentiment anti-migrants, de plus en plus prégnant, dans de nombreux pays, rappelant que la migration reste « nettement positive » au sens fiscal et économique.

« Les arguments démographiques et macro-économiques en faveur de l’immigration, si fondés soient-ils, semblent pour beaucoup abstraits et valables seulement à long terme. Ils n’ont donc qu’un impact limité sur l’opinion publique et ne font guère que prêcher des convertis. Les gouvernements doivent trouver de meilleurs arguments, plus tangibles, afin de contrer les voix anti-immigration », suggère ainsi Stefano Scarpetta, Directeur de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales chez l’OCDE, dans l’éditorial du rapport.

Les migrants représentent 47% de l’accroissement de la main d’œuvre aux Etats-Unis et 70% dans l’UE durant les dix dernières années, rappelle pour sa part le Secrétaire général, toujours pendant la présentation du rapport. Et de marteler: « Unis, nous pouvons répondre aux défis, ensemble nous pouvons libérer les potentiels des migrants. Les migrations ne sont pas une menace, elles sont un espoir ».

L’OCDE liste ainsi une série de mesures à mettre en oeuvre à l’échelle nationale, en particulier celles favorisant la maîtrise de la langue du pays d’accueil, insistant par la suite sur la mesure phare pour la gestion des flux migratoires, à savoir une coopération internationale.

L’organisation économique plaide à cet égard pour un « pacte mondial », qui pourrait voir le jour après le Sommet des Nations unies sur les réfugiés, qui démarre ce lundi à New York. Ce pacte pourrait, selon l’OCDE, notamment inciter les pays d’accueil à mettre en place des filières alternatives pour les personnes ayant besoin d’une protection internationale, tels le visa humanitaire ou des sponsors privés ou encore à intensifier leurs efforts de réinstallation « dans le contexte de déplacements massifs de réfugiés » .

« Laisser les différents pays faire face individuellement à des afflux massifs de migrants, comme cela a récemment été le cas avec la crise des réfugiés, ne permet pas de résoudre les problèmes de manière adéquate. La coopération internationale doit être renforcée, chaque pays apportant sa propre contribution », souligne ainsi l’éditorial du rapport.

AA

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