Le Moyen-Orient et la Turquie (38)

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La Tunisie, pays où a été observée la seule transformation démocratique du Printemps arabe, se trouve face à d’importants problèmes économiques et sécuritaires.

 Le gouvernement d’unité nationale, formé par le Premier ministre Youssef Chahed, a obtenu le vote de confiance le 26 août par 127 voix. Le gouvernement de Chahed est le 7e gouvernement formé depuis le Printemps arabe en 2011. Le gouvernement de l’ancien Premier ministre, technocrate indépendant Habib Essid, n’avait pas obtenu le vote de confiance et avait pris fin au bout de 18 mois en raison de ses mauvaises performances dans le domaine de l’économie.

Le gouvernement d’unité nationale, formé par Chahed, a la particularité d’être le gouvernement qui couvre le plus de groupes sociaux dans l’histoire de la Tunisie. Chahed a préféré former un gouvernement d’union nationale comprenant tous les groupes politiques et sociaux du pays bien que la coalition de Nidaa Tounes avec Ennahdha puisse avoir une majorité écrasante au parlement. Il a fait ce choix car il voulait prendre d’importantes décisions afin de surmonter les problèmes que rencontrait le pays. La Tunisie n’avait pas le temps à perdre à cause des litiges politiques. A cet égard, tous les groupes devaient assumer leurs responsabilités pour la mise en place d’un pouvoir politique. Déployant des efforts pour accueillir tous les points de vue politiques, le nouveau gouvernement attire l’attention par ses jeunes députés et huit femmes qui occupent les postes de ministre.

En amont du vote de confiance, Youssef Chahed a prononcé un discours dans lequel il a tout particulièrement mis en relief les éléments suivants :

  • La transparence et la responsabilité de rendre des comptes au peuple tunisien,
  • L’adoption de mesures rigoureuses concernant la sécurité et l’économie pour émerger de la crise actuelle,
  • Le but premier de l’adoption de mesures rigoureuses est la garantie de la stabilité politique et la fidélité à l’esprit démocratique de la révolution de 2011.

Il y a un autre élément qui attire l’attention dans le nouveau cabinet, les ministres sortants de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères ont conservé leur poste. Cela signifie, dans un sens, l’agrément des progrès enregistrés par le précédent gouvernement dans le domaine de la sécurité. Les actes de violence en lien avec Al-Qaïda qui manifeste toujours son influence dans les régions pauvres du pays, montrent que la gravité des événements persiste toujours. La Tunisie est dotée de 11,5 millions d’habitants mais c’est le premier pays d’origine des combattants de Daesh parmi les pays d’Afrique du Nord.

Les personnes nommées à ces postes sont un indice important des difficultés économiques rencontrées par la Tunisie. Lamia Zribi nommée ministre des Finances est une figure importante ayant fait carrière dans le secteur bancaire. Le ministre de l’Economie, Salim Shakir, est un ancien conseiller de la Banque mondiale.

L’économie tunisienne dépend fortement du tourisme. L’instabilité qui dure depuis 2011 et l’augmentation du nombre d’actes terroristes ont porté un coup très dur à ce secteur vital. D’autre part, son partenariat économique avec l’Union européenne et les garanties de crédit obtenues du Fonds monétaire international (FMI) sont extrêmement importants pour le pays. Le nouveau gouvernement vise à accroître le revenu avec les mesures prises pour la stabilité et réduire les dépenses du secteur public. Cela aura, bien évidemment, un impact négatif sur le secteur de la santé financé par l’Etat et la sécurité sociale. La classe moyenne et les pauvres seront les plus touchés par cette situation. Il sera également question de licenciements dans le secteur public. Ce sera irrévocablement une pilule difficile à avaler au vu du chômage qui atteint de très graves dimensions en Tunisie. Cela explique aussi pourquoi il faut un gouvernement d’unité nationale.

La Tunisie qui connait de grands ennuis économiques a approuvé en juin un crédit de 2,9 milliards de dollars accordé par le FMI. En même temps, les Etats-Unis ont promis un crédit d’un demi-milliard de dollars. La Tunisie a comme priorité d’obtenir une croissance économique qui créera des emplois. Le chômage qui s’élève à 25% chez la population jeune est cité comme l’une des principales raisons de la radicalisation chez les jeunes. La croissance qui ne dépasse pas les 2% depuis quelques années, ne fait qu’approfondir la crise en Tunisie.

Le gouvernement Chahed doit donc assurer et préserver un équilibre délicat : il doit surmonter les difficultés économiques et financières, convaincre une population lassée et fatiguée à approuver une solution difficile pour la politique de stabilité et s’assurer que les droits démocratiques et libertés soient respectés en cas d’explosion sociale.

Le climat de sécurité tendu et l’ordre politique fragile sont les réalités les plus flagrantes de la Tunisie. Cette situation est de qualité préoccupante quant aux démarches qu’elle envisage pour la croissance économique. Mais malgré tous les ennuis, la Tunisie a assuré d’importants progrès depuis 2011 pour la démocratisation. Le gouvernement d’unité nationale constitué par Chahed et qui présente un large éventail social et politique est le résultat d’une volonté nationale qui ne veut pas perdre les avancées obtenues.

TRT FR

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