Le Moyen-Orient et la Turquie (39)

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Les propos sur Israël du président américain Barack Obama lors de l’Assemblée générale de l’ONU le 21 septembre ont fait écho dans les médias. Pendant son allocution, Obama a expliqué qu’Israël ne pourrait pas continuer jusqu’à l’infini à occuper les terres palestiniennes et à y installer ses citoyens. Certains ont considéré ces propos qui jugeaient Israël “colonisateur” comme un avertissement fort et d’autres ont affirmé qu’il s’agissait des propos anti-Israël. Car, selon Israël, un allié indispensable des Etats-Unis, ces terres ne sont pas occupées mais signifient un statut discutable. Mais nous pouvons dire que l’accent mis par Obama sur l’identité colonisatrice d’Israël a été exagéré. Dans ce cadre, il y a 4 points essentiels :

 Le premier, c’est que le mandat d’Obama prendra fin bientôt. Obama sera remplacé par le nouveau président en janvier 2017. Si Obama avait vraiment envie de lancer un pas pour obliger Israël à respecter le droit, il pourrait le faire lors de la seconde moitié de son mandat présidentiel. Il n’avait aucune inquiétude pour sa réélection, c’est cela d’ailleurs qui était son plus grand avantage. Le fait que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu soit son interlocuteur donnait également cet avantage à Obama. Le président américain n’a pas choisi une prise de position qui lui permettrait de devenir le président américain le plus pro-Israël. Dans ce contexte, il est impossible que pendant ces derniers 3 mois et demi de mandat présidentiel, Obama fasse un pas contre l’Etat hébreux.

Deuxièmement, nous voyons qu’Obama ne met pas d’accent sur la première partie de sa phrase dans laquelle il parle d’Israël. Voici la totalité de la phrase d’Obama : « Il sera absolument plus bénéfique pour les Palestiniens d’accepter sans se laisser aller aux provocations la légitimité d’Israël, et aussi pour les Israéliens que l’occupation et la colonisation des terres palestiniennes ne peuvent se poursuivre éternellement ». Comme vous le voyez, Obama ne fait pas de distinction entre oppresseur et opprimé. Obama continue de mettre dans le même sac les Palestiniens dont les terres sont régulièrement occupées, qui vivent sous un régime militaire d’occupation, et Israël qui continue son occupation malgré les décisions des Nations Unies.

Troisièmement, nous constatons que l’importance accordée à la question palestinienne a baissé de plus en plus dans les discours prononcés à l’Assemblée générale des Nations Unies par Obama comparé au début de son mandat. Alors que dans son premier discours à l’Assemblée générale des Nations Unies en 2009, Obama avait utilisé 521 mots pour parler de la question palestinienne. Il en avait utilisé 1100 en 2010, ce qui équivalait à un quart de son allocution. Obama avait continué à accorder de l’importance à la question dans son allocution aux Nations Unies en 2011, année où la région était marquée par le Printemps arabe. Cette fois-ci, Obama a utilisé 846 mots pour la résolution de la question.

Mais après 2011, l’importance accordée par Obama à la question palestinienne lors de ses interventions à l’ONU, a commencé à diminuer. Il  employé que 86 mots sur cette question en 2012 à l’ONU. La question a regagné de l’importance en 2013 où le secrétaire d’Etat américain John Kerry a accéléré les négociations. La question palestinienne a alors pris place en 505 mots dans l’intervention d’Obama. Ce chiffre est passé en revanche à 192 mots en 2014. En 2015 la question n’avait pas de place du tout. En 2016, Obama a consacré 31 mots à la question en 2016. Donc nous voyons que l’importance de la question varie selon les années pour l’administration Obama.

La quatrième et la plus importante question est l’Accord de consensus signé au cours du présent mois entre les Etats-Unis et Israël. Selon cet accord, les Etats-Unis se sont engagés à faire les plus grandes aides militaires à Israël entre 2019 et 2028, soit 38 milliards de dollars. Les 33 milliards de dollars de cette aide sont faites dans le cadre des aides militaires étrangères. Les 5 milliards de dollars restants visent à développer le système israélien de défense anti-aérienne.

Cette aide sans précédente dans l’histoire américaine porte évidemment une importance incomparable à la question palestinienne qu’il a évoquée en une phrase et 31 mots. Oui Obama avait qualifié Israël de force occupante tout en critiquant la Palestine sous occupation.

Le message donné par la signature de cet accord revêt une importance bien plus grande. Les Etats-Unis ont réalisé une initiative en vue de renforcer la domination militaire d’Israël au Moyen-Orient. Deuxièmement, une des conséquences de cet accord sera l’accélération de l’armement dans la région. Troisièmement, il a montré une fois de plus qu’Israël continuera de s’en sortir impunément. Israël a eu une attitude contraire aux intérêts américains, un comportement inacceptable à l’égard du président américain et a continué d’ignorer les résolutions de l’Onu. Malgré tout, les actes de l’Etat hébreu sont restés impunis et ont même été couronnés. Quatrièmement, cet accord a mis une nouvelle fois en évidence que la vie des Palestiniens n’a pas beaucoup d’importance. Cinquièmement, le gouvernement américain dépensait de toute façon les impôts récoltés des habitants, pour apporter un soutien militaire à un pays développé sur le plan économique et militaire. Ce qui est intéressant, c’est que cela s’est produit alors que les fonds sociaux réservés aux Américains dans le besoin ont été constamment réduits. En dernier lieu, cet accord ignore les sensibilités du public américain. Plus de la moitié des électeurs américains s’opposaient à cet accord. Cet accord d’aide militaire ne va pas au-delà d’un accord étant à l’intérêt de l’industrie de l’armement israélien et américain, au préjudice des contribuables américains et des Palestiniens.

En fin de compte, dans son dernier discours tenu à l’Assemblée générale de l’ONU, Barack Obama a qualifié Israël d’occupant ce qui ne signifie pas grand-chose sur le plan de l’avenir de la politique américaine concernant le Moyen-Orient. Les Etats-Unis continuent de perpétuer soigneusement leur lien indestructible assurant une relation particulière avec l’Etat hébreu. La raison pour laquelle la question palestinienne, qu’ils souhaiteraient pourtant résoudre, reste inextricable, doit être recherchée dans la volonté de maintenir ce lien particulier malgré tout.

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