Menacés en Afghanistan, d’ex-interprètes de l’armée française réclament des visas

Menacés dans leur pays pour avoir collaboré avec l’armée française, une trentaine d’anciens interprètes afghans ont contesté jeudi devant la justice le refus par l’État français de leur accorder un visa.

« Il est urgentissime que vous suspendiez les décisions contestées car il en va véritablement de leur vie », a plaidé l’un de leurs avocats, Me Loïc Bourgeois, pour justifier le choix de la procédure d’urgence. Au lieu des 18 mois d’attente habituels, le tribunal rendra sa décision mardi prochain.

Le tribunal administratif de Nantes (ouest), seul compétent en France en matière de refus de visa, a examiné jeudi matin 31 dossiers déposés par des personnels civils recrutés localement, principalement d’anciens interprètes, mais aussi d’anciens magasiniers ou commis de cuisine.

Selon Me Fenna Baouz, l’une des premières à avoir soutenu ces procédures, plusieurs dizaines d’autres recours devraient bientôt suivre.

Quelque 700 Afghans ont travaillé pour les militaires français entre 2002 et la fin 2014, quand les derniers contingents français ont quitté l’Afghanistan.

Une centaine d’anciens auxiliaires ont bénéficié à ce jour d’un processus de « relocalisation » en France. Mais de nombreux autres – au moins 91 selon Me Baouz – se sont heurtés au rejet de leur demande de visa d’entrée en France.

Leurs avocats contestent ces refus en s’appuyant notamment sur une loi de 1983 qui oblige l’Etat à protéger ses fonctionnaires et ses contractuels en cas de menaces liées à l’exercice de leurs fonctions.

Tour à tour, ils ont rappelé l’aggravation de la situation sécuritaire en Afghanistan ces derniers mois, avec la reprise des combats par les talibans, ou encore la place cruciale qu’ont occupée les interprètes afghans auprès des soldats français.

« Il y a lieu d’apprécier le risque de chacun », a toutefois estimé le président du tribunal, Christian Cau, émettant des doutes sur la validité de certains dossiers, des requérants n’ayant pas apporté la preuve des menaces dont ils seraient victimes.

Selon le ministère de l’Intérieur, sur les quelque 700 auxiliaires afghans employés par la France, seules 252 demandes de visa ont été déposées. Il n’y a donc « pas d’automatisme » entre le statut d’auxiliaire de l’armée française « et l’existence d’une menace particulière », a affirmé son représentant.

Le mois dernier, l’Association des anciens interprètes afghans de l’armée française avait dénoncé la « mise en danger de plusieurs dizaines d’auxiliaires » du fait de « carences du dispositif » de relocalisation en France, dans une lettre ouverte aux ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Jean-Marc Ayrault et Jean-Yves Le Drian.

Ces auxiliaires « constituent des cibles » pour les talibans, quel que soit le temps servi auprès des troupes tricolores, avaient-ils estimé.

Plusieurs décapitations d’interprètes ont eu lieu ces dernières années en Afghanistan.

TRT FR

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