Le Moyen-Orient et la Turquie (49)

En réaction au nettoyage ethnique qui a eu lieu en Bosnie dans la première moitié des années 1990, un autocollant pour pare-chocs populaire aux Etats-Unis disait : le sang des Bosniaques est une tache de l’humanité. La communauté bosniaque a perdu des dizaines de milliers de membres, elle a été déplacée et victime de toute sorte de persécution dans sa lutte d’existence livrée entre 1991 et 1995. A cette époque, la Russie avait été littéralement exclue de la scène politique mondiale. Malgré cela, les pays occidentaux avaient préféré rester indifférents et spectateurs face à la crise qui sévissait en Bosnie au début des années ’90. S’ils avaient adopté une attitude déterminée, l’effusion de sang et le piétinement de l’humanité en Bosnie aurait pu rapidement prendre fin.

Un état d’indifférence et d’apathie bien plus palpable a lieu depuis cinq ans en Syrie. La situation actuelle à Alep-est est la conséquence de l’échec des politiques de l’Occident pour la Syrie. Comme l’avait dit un observateur, Alep-Est est devenu aujourd’hui la capitale de l’indifférence de l’Occident. Les troupes loyalistes soutenues par la Russie progressent vers la dernière zone tenue par les opposants à Alep. Il semble que le monde se contentera de calculer les frais de la catastrophe militaire et humanitaire qu’elle n’a pas réussi à prévenir.

Le fiasco de l’Occident sur la question syrienne est tellement net et précis qu’il est également exprimé par les parlements européens. Une session concernant la question syrienne au Bundestag en est un bon exemple. Prenant parole lors de cette session, le président de la Commission des Affaires internationales du Bundestag Norbert Röttgen n’a pas hésité à affirmer que les pays européens étaient incapables d’arrêter la tragédie vécue en Syrie. Considérant comme un évanouissement la positon des pays occidentaux en ce qui concerne la tragédie humaine à Alep, Röttgen a fait savoir qu’Alep était le symbole de la plus grande catastrophe de ces dernières années dans la politique étrangère du monde occidental.

Ces derniers jours, le monde entier vit une catastrophe qui prendra place dans les pages noires de l’histoire. La voie qui menait à cette catastrophe a été ouverte par les opérations de l’armée russe, entamées en avril 2015. Malgré le soutien de l’Iran, de l’Irak et du Hezbollah libanais, la fin du régime Assad approchait à partir du premier trimestre de l’année 2015. Toutefois l’Occident a une position hésitante concernant ‘Une Syrie sans Assad’. Par ailleurs, l’apparition du facteur de Daesh a, en particulier, poussé les Etats-Unis à se focaliser sur Daesh. Cette situation a été utilisée comme une opportunité du point de vue de la Russie qui a déployé une force militaire disproportionnée pour défendre le régime Assad. Depuis avril 2015, la Russie effectue des attaques aériennes intensives sans distinguer population civile, hôpital et école. Outre les attaques intensives, l’Est d’Alep vit une pénurie d’eau et d’aliments. Ces raids aériens intensifs effectués depuis des semaines, visent la partie d’Alep, ville la plus peuplée de Syrie, qui est sous le contrôle des opposants.

Plus de 2 700 personnes ont perdu la vie à la suite des raids aériens russes perpétrés depuis avril 2015. Au moins 25 000 personnes ont quitté l’Est d’Alep depuis le 26 novembre. Et plus de 50.000 personnes vivent toujours dans cette région, estime-t-on.

La Russie va essayer jusqu’au 20 janvier de chasser les forces opposantes d’Alep-Est. Elle suppose que l’administration américaine, dont le nouveau président prendra ses fonctions à cette date, n’entreprendra aucune démarche à ce sujet durant ce laps de temps. Même si on ne s’attend pas à une telle réaction de sa part, l’éventualité d’une forte réaction de l’administration Trump, pousse le leader russe à user d’une plus grande force militaire. Plus il y aura de régions reprises des opposants, y compris la région d’Alep-Est, plus le nouveau président américain sera contraint d’accepter cette nouvelle réalité en Syrie, estime la Russie.

Le plus grand massacre de civils depuis la Seconde Guerre mondiale est vécu en Syrie. Malgré tous les problèmes indescriptibles vécus dans le pays, les docteurs et ONG font preuve d’un effort extraordinaire pour apaiser les souffrances à Alep-Est. Ceux qui aujourd’hui, ont recours à toutes formes de violences à court terme au péril de la vie de milliers de civils en Syrie, seront jugés un jour par le tribunal de l’histoire comme criminel de guerre, une fois que tout sera fini.

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