France – Valls, candidat aux primaires de la Gauche : À la conquête de l’électorat musulman ?

Le Premier ministre français, Manuel Valls, a démissionné de ses fonctions à la suite de l’annonce en début de semaine de sa candidature aux primaires de la Gauche en vue de l’élection présidentielle de 2017.

Une déclaration faite depuis son fief d’Evry, où l’ancien Premier ministre a été maire durant plus de dix ans, quelques jours seulement après le renoncement de François Hollande, actuel président, à la possibilité d’un nouveau mandat.

C’est durant cette annonce, entre appels à la conciliation et à la réconciliation que Manuel Valls a déclaré : «J’en ai assez de ces discours qui nous divisent, qui stigmatisent, là nos compatriotes musulmans, là les réfugiés fuyant la guerre».

Des propos vivement critiqués, selon Cécile Durmaz,- experte en milieu associatif français,- sur les réseaux sociaux, où nombreux sont ceux qui ont tournée en dérision le candidat partageant et commentant ses anciennes publications faisant état d’une certaine animosité vis à vis de l’Islam et des Musulmans.

Durant ses deux années de fonction à Matignon, l’ex-Premier ministre s’est démarqué du reste du gouvernement par ses opinions et prises de positions jugées par certains de ses pairs, éloignées des valeurs défendues par le parti socialiste, estime Durmaz.

Pour étayer ses propos, Durmaz cite Cécile Duflot, députée et ancienne ministre du logement, qui disait à) propos de Valls : «À force de trianguler et de reprendre toutes les thématiques de la droite (…), Manuel Valls a fait disparaître la gauche ».

« Les relations entre l’homme politique et la Communauté musulmane sont restées tendues à la suite de sa reconnaissance tardive des actes anti musulmans mais aussi pour ses discours controversés au sujet du voile islamique et des femmes musulmanes », a-t-elle encore écrit.

« Le voile islamique sera d’ailleurs souvent source de polémiques et de discussions au sein du gouvernement Valls. Le Premier ministre affichant clairement ses positions que ce soit son soutien à la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public, ou aussi son opposition à l’accompagnement de mamans voilées lors des sorties scolaires », a-t-elle ajouté.

Favorable aux propositions du Haut Conseil à l’intégration telles que l’interdiction du voile à l’université, Valls a atteint le paroxysme à l’été 2016 lorsqu’il a fait un plaidoyer sur le burkini indiquant que ce dernier « est une provocation » et symbolise la volonté de l’islam radical de « s’imposer dans l’espace public ».

Au-delà du sujet sensible du voile islamique, la mise en place de l’état d’urgence instauré au nom de la lutte contre le terrorisme et sa restriction de certaines libertés qui auraient permis d’assigner à résidence, sans mobile avéré et de manière arbitraire, des citoyens musulmans, dont certains seront défendus par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), finira de détériorer les relations entre le gouvernement et la communauté musulmane de France, insiste l’experte.

Le dernier rapport annuel du CCIF fait d’ailleurs état d’une recrudescence des actes anti musulmans, en particulier les violences physiques et symboliques, une hausse de 18,5% sur la période de 2014 à 2015, a-t-elle relevé.

« L’’organisation dénonce une instrumentalisation de la laïcité, que ce soit par les sphères politiques de droite comme de gauche, qui aurait participé au développement de ce climat discriminatoire », a-t-elle détaillé.

Après un été où la France fut sous les projecteurs de la presse internationale et d’une certaine manière « ridiculisée » pour ses prises de positions controversées sur le droit ou non du port du burkini, la Ligue des Droits de L’Homme (LDH) avait alors, dans un communiqué, accusé Valls de participer à la stigmatisation après avoir affirmé son «soutien» aux maires ayant pris des arrêtés anti-burkini.

« L’ancien Premier ministre revenait sur les thèmes de prédilection des sphères politiques et médiatiques : la laïcité et l’Islam, mais cette fois dans un discours empreint d’une certaine considération envers les musulmans », a rappelé Durmaz.

Déjà en octobre, comme une invitation à la réconciliation, c’est sur un ton rassembleur que Manuel Valls s’exprimait lors de l’ouverture d’un conseil local de la laïcité à Evry, indiquant que le conseil local de la laïcité «n’est pas dirigé» contre les musulmans mais pour « les protéger », et d’affirmer que l’Islam était « une part indissociable de notre culture et désormais de nos racines».

La Communauté musulmane de France se laissera-t-elle séduire, s’interroge Durmaz, par une attitude plus pondérée et placée sous le signe de l’ouverture et de la tolérance de l’ancien Chef du gouvernement ?

« Car si le discours se veut à présent plus nuancé et en opposition aux déclarations du président Hollande, il n’est pas certain que cela suffise à faire oublier les nombreuses déclarations acerbes du candidat vis à vis de l’Islam et de sa place en France », conclut-elle. (AA)

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