Le Moyen-Orient et la Turquie (50)

Au cours de nos précédents programmes où nous avions parlé de la crise en Libye, nous nous étions focalisé sur l’Accord politique libyen sur lequel s’était entendu le Groupe de Dialogue Pour la Libye. En vertu de cet accord, nous avions indiqué que le Gouvernement d’union nationale avait commencé ses travaux en avril 2016 à Tripoli. Nous avions dit que les forces miliciennes qui ont reconnu le Gouvernement d’union nationale avaient commencé une opération pour chasser DAESH de Sirthe et de toute la Libye mais que le Gouvernement d’union nationale avait toujours de sérieux problèmes à assurer son autorité. Il y a parmi ses problèmes qui sont bien nombreux, l’Assemblée des représentants à Tobrouk qui poursuit son existence bien que son délai de fonction ait expirée. Le gouvernement attaché à cette Assemblée des représentants et le général Khalifa Haftar qui conduit ses forces militaires sont en effet les plus grands obstacles qui empêchent la conciliation nationale. D’ailleurs Haftar qui accentue sa force à l’Est du pays, est en train de créer une administration militaire dans cette région.

Un autre facteur est le désaccord dans les politiques libyennes des acteurs extra-libyens que des groupes politiques de Libye souhaitent inclure aux quêtes de solution. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Egypte, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et voire la Turquie qui souhaitent aujourd’hui avoir la parole sur les développements en Libye, n’ont pas de politiques qui soient en harmonie. Ainsi, même s’ils reconnaissent tous le même gouvernement comme l’autorité officielle, ils soutiennent un acteur libyen différent. Cela nuit évidemment aux quêtes d’union nationale.

Bien qu’il augmente sa puissance de jour en jour à l’est de la Libye, Haftar n’est pas content de la situation actuelle. Le soutien accordé à Haftar par l’Egypte, les Emirats arabes unis, la France et l’Arabie saoudite ne lui permet pas d’apporter une solution à la crise libyenne comme il le souhaiterait. Il a le sentiment de pouvoir jouer un rôle clef si la Russie intervient activement à la crise libyenne. Dans ce cadre, au cours de l’année 2016 il a effectué deux visites en Russie dans l’espoir d’obtenir le soutien de ce pays. C’est la victoire électorale de Donald Trump qui a incité Haftar à réaliser sa seconde visite en Russie. Les déclarations de Trump concernant ses nouvelles politiques moyen-orientales, le fait qu’il considère tous les islamistes comme des terroristes et ses allocutions pendant lesquelles il soutenait Al-Sisi et Poutine figurent également parmi les éléments essentiels qui constituent la cause de sa visite en Russie. Haftar estime qu’à l’époque de Trump, les Etats-Unis, l’Egypte et la Russie pourront mettre en place une nouvelle coopération au Moyen-Orient. A cet effet, le général libyen s’est rendu à Moscou pour demander des aides et formations militaires à l’administration russe. Si Moscou décide de soutenir une des parties de la question libyenne, cela aura sûrement un important effet sur les acteurs libyens. Est-ce que la Russie ferait un tel choix?

Contrairement à sa position en Syrie, la Russie a jusqu’à présent éviter de se mêler du problème libyen et n’a jamais posé jusque-là son véto aux décisions du Conseil de sécurité de l’ONU au sujet de la Lybie. Par ailleurs, la Russie a soutenu ces deux dernières années, le dialogue politique et les accords qui ont été établis concernant la Lybie. Elle a même reconnu le Gouvernement d’union nationale. De plus, nous savons que la Russie a une sympathie envers les gouvernements de Hafter et de Tobrouk. La Russie est proche de la position de la France, l’Egypte et des Emirats arabes unis concernant la question libyenne.

Le gouvernement de Hafter a utilisé la carte du terrorisme comme ennemi commun, afin d’avoir un soutien militaire lors de son entretien avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Toutefois, le porte-parole officiel du Kremlin n’a jusque-là pas fait de déclarations à savoir si la Russie allait donner ou non ce soutien. Au contraire, le porte-parole russe a fait savoir qu’ils avaient réalisé des prises de contacts avec différents branches politiques et que les entretiens avec Hafter faisaient une partie de ce processus. D’autre part, les informations relatives à l’entretien Lavrov-Hafter, publiées par l’agence de presse officielle russe, ne montrent pas que le soutien réclamé avait été apporté. Lavrov avait affirmé à Hafter, que la Russie soutenait la quête d’un consensus nationale en Libye selon les décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Pendant sa campagne électorale, Donald Trump a souvent critiqué l’administration Obama et Hillary Clinton pour leur politique libyenne. Donald Trump, qui a toujours parlé favorablement de Poutine, avait déclaré qu’il chercherait à coopérer avec la Russie au Moyen-Orient. C’est pour toutes ces raisons que les partisans de Haftar ont considéré la victoire de Trump comme un bon développement et l’ont célébrée. Ils estiment que Trump s’entendra avec Al-Sissi concernant la Libye, coopérera avec la Russie dans la région et ne s’opposera pas à un rôle actif de la Russie dans le conflit libyen. Ce rôle actif sera bien évidemment sous forme d’un soutien militaire et politique au gouvernement de Tobrouk et aux troupes militaires de Haftar.

Ce que nous pouvons tirer des déclarations officielles de la Russie, c’est le soutien – pour l’instant- de Moscou aux efforts internationaux dirigés par l’ONU dans le sens de l’établissement d’un consensus national en Libye. Mais nous savons bien de par les développements en Syrie, que la Russie n’a pas le souci d’être à l’unisson avec la communauté internationale. Elle a montré en Ukraine et en Syrie qu’elle n’hésiterait pas à présenter sa propre solution comme une alternative qui doit être discutée.

La situation actuelle en Afrique du Nord et les faiblesses des pays occidentaux à développer une politique cohérente, préparent un fondement favorable à la Russie en Libye. En effet, la Russie ne veut pas s’étendre au-delà de ses moyens et de sa force. En bref, la Russie agit en prenant garde à ne pas perdre ce qu’elle possède en tentant d’avoir mieux.

TRT FR

Partager cet article? https://turquie2023.com/fDIc9d