France/2016: Une année marquée par le terrorisme et la colère sociale (Rétrospective)

Après avoir connu, au cours de 2015, les attentats les plus sanglants sur son sol depuis la Deuxième Guerre mondiale, avec les attaques meurtrières de janvier et de novembre à Paris, la France était encore touchée par le fléau du terrorisme en 2016, dans un contexte sécuritaire exceptionnellement fragile.

Appliquant l’état d’urgence depuis le 13 novembre 2015, la France a été victime d’une série d’attentats au cours de l’année qui s’écoule. Ces attentats ont touché des franges sociales bien déterminées. On en retient le prêtre égorgé à Saint-Etienne-du-Rouvray et les deux policiers assassinés à Magnanville. Le grand public n’a pas non plus échappé au viseur des terroristes, l’attentat de Nice le 14 juillet 2016, en témoigne.

Ces attentats sont survenus dans un contexte sécuritaire qui n’a cessé de se fragiliser en 2016, notamment par des séries de manifestations, de débats houleux sur l’islam, ainsi que par l’accueil de l’Euro 2016 et les efforts qu’il a nécessités. S’y ajoutent consécutivement les préparatifs précédant l’élection présidentielle de 2017.

Vague de grèves et de manifestations

Les premiers six mois de 2016, calmes sur le plan sécuritaire, ont pourtant été marqués par un vif débat entre le gouvernement et les syndicats, dans le cadre de la réforme du Code du travail, instaurée par la ministre Myriam El Khomri,

Baptisée « loi Travail », la réforme a déclenché une vague de grèves et de manifestations dès le mois de mars, se mêlant en partie aux rassemblements de « Nuit Debout ». Plus d’1,2 million de manifestants sont descendus dans les rues le 31 mars, selon les syndicats alors qu’une pétition exhortant le gouvernement à retirer son projet de loi a recueilli plus d’1,3 million de signatures, un niveau record en France pour les campagnes lancées sur Internet.

Les effets collatéraux de la colère contre la loi Travail se sont fait ressentir au mois de mai avec une pénurie d’essence qui a frappé l’ensemble de l’Hexagone. La participation des raffineries à la vague de grève générale ayant été importante. Près d’une station essence sur trois a fait face à une pénurie totale ou partielle suite à l’arrêt de la production dans six raffineries sur les huit que compte la France.

Une unité de moins en moins tangible au sein du gouvernement

La fragilisation du contexte sécuritaire, tout comme l’élection présidentielle qui se profile à l’horizon, a fortement remis en cause l’harmonie au sein du gouvernement de Manuel Valls en 2016.

Christiane Taubira a été la première figure à quitter le navire, démissionnant de son poste de ministre de la Justice le 27 janvier, suite à son désaccord avec le président François Hollande sur la question de déchéance de nationalité, ciblant initialement les binationaux condamnés pour des faits de terrorisme.

L’annonce de départ de Laurent Fabius de son poste de ministre des Affaires étrangères a amené Hollande à remanier le gouvernement, désignant Jean-Marc Ayrault comme le successeur de Fabius et écartant Fleur Pellerin du ministère de la Culture, pour ses « ratés » en matière de communication.

C’est pourtant Emmanuel Macron qui a donné le dernier coup au gouvernement annonçant son départ du poste de ministre de l’Economie le 30 août 2016 pour se consacrer pleinement à son mouvement politique « En Marche ». Critiqué par les figures « pro-Hollande » du Parti socialiste (PS) pour son « manque de loyauté » envers le président, Macron se voit aujourd’hui comme le plus grand concurrent du candidat de la gauche à l’élection présidentielle qui sera désigné le 29 janvier.

Un été marqué par les débats sur la sécurité et l’Islam

Après un mois de championnat de football sans incidents majeurs en matière de sécurité, la France a été frappée par deux attentats terroristes en l’été, dont un le soir même de sa fête nationale.

La tuerie de masse qui a fait 86 morts et plus de 400 blessés le 14 juillet à Nice ainsi que l’égorgement d’un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, tous deux revendiqués par Daech, ont relancé les débats sur les failles de sécurité, la question migratoire et la place de l’Islam en France. En effet, seulement quelques jours après ces deux attentats, la mairie de Cannes a décidé d’interdire le port du burkini, maillot de bain couvrant intégralement le corps, arguant que la France est « la cible d’attaques terroristes » et qu’une tenue de place « manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse (…) est de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public ».

Plusieurs communes de Provence-Alpes-Côte d’Azur ont suivi la mairie de Cannes interdisant, elles aussi, le port du burkini sur leurs plages. Elles ont ainsi attisé les tensions entre les Français de confession musulmane et les autorités publiques. Après trois semaines de débats politiques sur les « risques de troubles » engendrés par ce maillot de bain, c’est le Conseil d’Etat qui a mis fin le 26 août aux arrêtés « anti-burkini », estimant dans son ordonnance qu' »aucun élément ne permet de retenir que des risques de trouble à l’ordre public aient été résultés de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes ».

Evacuation du camp de Calais

Dénoncé par les associations humanitaires et les Nations unies pour les conditions de vie qu’il propose aux migrants, le camp de Calais a finalement été démantelé le 24 octobre avec l’évacuation de plus de 7 000 migrants.

L’évacuation a entraîné l’arrivée massive des migrants, ne souhaitant pas être réorientés vers des centres d’accueil, à Paris, tandis que le sort de nombreux mineurs, qui devaient normalement être admis au Royaume-Uni, reste incertain. L’association « l’Auberge des Migrants » recense aujourd’hui seulement 468 mineurs accueillis par les autorités britanniques alors que le nombre total de ces mineurs s’élevait à près de 2 000, au moment du démantèlement.

Des centaines de migrants sont par ailleurs revenus dans le Nord-Pas-de-Calais deux mois après le démantèlement de la « Jungle » pour installer des campements illégaux dans des conditions encore plus précaires, ont récemment rapporté France Bleu et le quotidien britannique « The Independent ».

De nouveaux concurrents pour la Présidentielle

Les principaux partis politiques se sont pleinement investis dans la campagne électorale avec un candidat, et des acteurs, pour chacun, donnant ainsi à voir un tableau complètement différents de celui de 2012. Du côté de la droite, François Fillon a créé la surprise en remportant la primaire des Républicains le 27 novembre, face à Alain Juppé, grand favori des sondages, et à Nicolas Sarkozy, ancien président de la République.

Le président sortant François Hollande est devenu le premier président de la Ve République à renoncer à briguer à sa succession. Avec un taux d’impopularité record [seulement 4% des Français satisfaits selon un sondage publié fin octobre, ndlr], Hollande a déclaré qu’il ne participerait pas à la course présidentielle en 2017, au nom des « intérêts supérieurs » de la Nation.

Suite au retrait de Hollande, c’est Manuel Valls, Premier ministre depuis 2014, qui a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle. Valls ne serait pourtant pas le candidat favori, selon les sondages qui prévoient une course serrée entre l’ancien chef du gouvernement et Arnaud Montebourg, notamment au deuxième tour de la primaire.

AA

TRT FR

Partager cet article? https://turquie2023.com/5ukHDq