Traite négrière: le lourd passif de la France envers l’Afrique

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Un peu plus d’un siècle et demi après son abolition en 1848, la traite négrière reste encore un sujet de débat, aussi bien chez ses victimes que chez les tortionnaires et ceux qui en ont tiré profit.

Selon de nombreux ouvrages historiques et récits de presse consultés par Anadolu, cette pratique, qui consistait à vendre et à acheter des êtres humaines de couleur noire comme une marchandise, a duré au moins 250 ans, de 1642 à 1848.

La France a joué un rôle de premier plan dans la traite négrière, en achetant des millions d’esclaves dans ses colonies africaines.

«De 1628 à 1642, des marins français capturent des esclaves sur les bateaux négriers étrangers et les introduisent dans les colonies françaises. Des colons français achètent également des esclaves aux navires négriers étrangers. La traite négrière est légalisée par le roi de France Louis XIII en 1642», a déclaré l’historien Frédéric Régent, d’origine guadeloupéenne et professeur à l’Université Paris I, dans une interview à la revue «Enjeux n°199, mai 2008».

Louis XIV encourage la traite négrière, «en donnant une subvention pour chaque esclave introduit dans les colonies en 1672», ajoute l’historien.

S’appuyant sur plus de 3.300 fiches de renseignement, l’historien français Jean Mettas conclut que la France a réalisé 3.317 expéditions négrières, à partir de 17 de ses ports, dont ceux de Nantes, Le Havre, la Rochelle et Bordeaux.

«Environ 1 800 expéditions négrières sont parties de Nantes. Pour le seul XVIIIe siècle, les navires nantais ont transporté entre 450 000 à 600 000 Africains vers les colonies européennes des nouveaux mondes», rapporte le journaliste Jean-François Martin du journal «Ouest-France».

Dans un message posté sur son site, l’association antiesclavagiste antillaise «CM 98» soutient que «les bateaux négriers français, partis des ports de Nantes, Bordeaux, La Rochelle ou encore Le Havre, ont charrié de 1625 à 1848, plus de deux millions d’Africains».

– Le long et humiliant voyage «non-retour».

Les conditions dans lesquelles les esclaves sont acheminés à partir des ports d’embarquement, appelés «portes de non-retour», vers leurs pays d’accueil sont tout aussi humiliantes que la traite dont ils étaient les victimes.

«Les esclaves étaient acheminés par des négriers africains jusqu’aux côtes (on estime que 2 % seulement des prisonniers qui traversèrent l’Atlantique avaient été capturés par des occidentaux). Commençait alors la longue traversée des esclaves, mortelle pour de nombreux captifs », rapporte le journaliste Jérôme Gautheret, dans un article paru dans le journal «Monde Afrique».

Dans son livre «L’histoire de la traite négrière en France», l’historien français Jean-Marie Desport insiste davantage sur les conditions extrêmement humiliantes des esclaves.

«Voilà le navire négrier. Les captifs sont libérés de leurs liens. Ils grimpent sur le pont par une échelle de cordes. Les hommes sont envoyés à l’avant du navire, les femmes, elles, sont poussées vers le pont inférieur. L’odeur est insoutenable : mélange de transpiration, d’excréments, de vomi et de putréfaction. Il faudra s’y faire. Dans un à deux mois, s’ils survivent aux privations, à la torture, aux maladies et à la folie qu’engendre la promiscuité, ils débarqueront de l’autre côté de l’Atlantique», explique l’historien.

– Des motivations essentiellement économiques

Si officiellement la France justifie la traite négrière par la nécessité de «sauver» l’homme noir de l’ignorance, la raison principale de cette pratique semble plutôt être d’ordre économique. «ll fallait une main d’œuvre nombreuse et résistante pour produire le sucre de canne, le café, le coton, le tabac, l’indigo…toutes les denrées coloniales qui ont enrichi durablement l’Europe», commente l’association «CM 98».

«Avec l’argent récolté, les négriers achètent les productions des plantations des Caraïbes (sucre, indigo, cacao, café, pierres précieuses) pour les rapporter en France », explique l’historien Jean-Marie Desport.

Même s’il est difficile de donner des chiffres sur ce que la traite négrière a rapporté à la France, l’historien soutient que «la seule certitude, c’est que, grâce à ses colonies, le royaume de France devient, au XVIIIe siècle, le premier exportateur mondial de sucre, de café et de coton, les trois [pétroles] de l’époque».

Jean-Marie Desport insiste que «grâce au travail des esclaves, la France s’est insérée dans les circuits économiques mondiaux devenant, jusqu’à nos jours, une puissance commerciale de premier plan», ajoutant que «la traite négrière a fait vivre des centaines de milliers de Français, dans les ports comme dans les villes de l’arrière-pays».

Les temps ont certes changé aujourd’hui, mais l’Afrique, principale victime de la traite négrière continue à en garder les séquelles et à en essuyer les « effets culturels et psychologiques ».

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