France : Macron à l’épreuve de la gronde sociale

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Un an de gilets jaunes, des grèves en milieu hospitalier, des mobilisations du personnel ferroviaire ou encore des enseignants, le gouvernement français peut-il encore éteindre l’incendie?

Le mouvement des « gilets jaunes », qui vient de fêter, le 17 novembre, son premier anniversaire, n’en finit plus d’inquiéter les dirigeants du pays.

Chaque samedi, depuis 53 semaines, des manifestants descendent en masse dans les rues des grandes villes françaises pour protester contre la politique du président Emmanuel Macron, et espèrent obtenir des mesures en faveur du pouvoir d’achat.

Mais le mouvement, né sur les réseaux sociaux en réaction à une hausse considérable des prix des hydrocarbures en 2018, n’est pas le seul à gronder.

La fonction publique hospitalière, le corps enseignant, les étudiants ou encore les cheminots, n’en finissent plus de remplir les rues et de grossir les rangs des contestations.

Ils dénoncent, tour à tour, leurs conditions de travail dégradées, le manque de moyens et d’effectifs, et plus spécifiquement la réforme des retraites qui prévoit l’abolition des régimes spéciaux, du côté des employés du réseau ferroviaire.

Dès le début du mouvement des « gilets jaunes » en novembre 2018, l’historien spécialiste des mouvements sociaux Sylvain Boulouque, avait relevé sur les ondes de France Culture, qu’un « certain nombre d’animateurs des [Gilets jaunes] au niveau local appartiennent à l’extrême-gauche ou à l’extrême-droite ».

Il notait, à cette période, qu’il « y a des volontés insurrectionnelles » au sein du mouvement et que « l’extrême-droite et la droite dure attendent les résultats par les urnes », espérant « pouvoir rafler la mise aux européennes ».

Un an plus tard, malgré une victoire de l’extrême-droite aux dernières élections européennes, et des concessions à hauteur de 17 milliards d’euros de la part d’Emmanuel Macron, le mouvement est toujours dans la rue.

Pour Danielle Tartakowski, spécialiste des mouvements sociaux, il s’agit d’un « retour de révoltes qui ne s’inscrivent plus dans les formes classiques de la manifestation».

Sur les colonnes du magazine les Inrocks, elle évoque « la très grande capacité qu’a eu Emmanuel Macron à marginaliser et à ignorer les corps intermédiaires, c’est-à-dire les acteurs traditionnels du mouvement social, mais également la négociation en elle-même, n’a pu qu’amplifier le phénomène ».

Et pour cause, de nombreux observateurs avaient noté au moment de l’essor du mouvement, que si le Gouvernement avait immédiatement pris la mesure de la grogne en annulant la hausse de la taxation sur les hydrocarbures, les revendications ne se seraient pas étendues autant qu’elles le sont aujourd’hui.

Cette dernière semaine, ce sont les étudiants qui ont fait parler d’eux, en organisant spontanément une mobilisation très conséquente.

Après que l’un d’entre eux a tenté de se suicider en s’immolant devant les locaux du CROUS (Centre Régional des œuvres universitaires et scolaires) à Lyon, des blocages ont eu lieu dans la majorité des grandes universités du pays.

Les étudiants y dénoncent la précarité dans laquelle ils doivent faire leurs études et réclament une revalorisation des bourses octroyées par le CROUS ainsi que la modification des critères d’attribution.

« Concrètement, il y a une précarité très grande de la jeunesse étudiante, et celle qui ne l’est pas a des difficultés de plus en plus grandes à s’insérer dans le monde du travail. Les jeunes subissent une violence sociale très forte », décrit Stéphane Sirot, expert des relations sociales sur BFMTV.

Leur mobilisation a été suivie le lendemain par de nombreuses manifestations et blocages opérés par les fonctionnaires du milieu hospitalier qui protestent contre le manque de moyens et d’effectifs pour améliorer la prise en charge des patients.

Mais le corps de métiers qui reste le mieux organisé et le plus susceptible de paralyser le pays, reste les salariés du système ferroviaire français.

Appelant à une grande manifestation pour le 5 décembre prochain, ils refusent catégoriquement que le Gouvernement aille au bout de son projet de réforme des retraites, mettant fin au régime spécial des cheminots.

Cette journée de grève pourrait être reconductible et d’autres secteurs professionnels pourraient rejoindre les rangs de la contestation.

Pour tenter d’apaiser le contexte social, Emmanuel Macron a annoncé la semaine dernière, après presque six mois de grève en milieu hospitalier, que le Gouvernement annoncerait dans les prochains jours, un « plan national renforcé » pour répondre aux revendications du personnel soignant.

Il est à noter qu’en 2018 déjà, il avait dû revoir sa position inflexible et répondre aux « gilets jaunes » au bout de 4 semaines de vives violences et de saccages dans tout le pays, en annonçant notamment une augmentation de 100 euros de salaire pour tous les citoyens qui perçoivent le salaire minimum français (environ 1100 euros).

« Une frange grandissante de la population ressent ce qu’elle subit au quotidien comme des violences, même symboliques. Au fond, les gens se disent que ces violences ne sont que la réponse à la violence que les institutions leur font vivre », note Stéphane Sirot concernant les scènes de chaos qui se sont déroulées principalement dans la capitale en marge des manifestations du mouvement.

Pour preuve de cette mobilisation qui s’est traduite par des violences, il est à noter que « depuis le 17 novembre 2018, 2.500 manifestants et 1.800 membres des forces de l’ordre ont été blessés », onze personnes décédées, et 24 éborgnés lors des manifestations selon le décompte effectué par le journaliste indépendant David Dufresne qui recense les violences policières en marge du mouvement.

L’éditorialiste David Doukhan estime que ce mouvement social « inédit a obligé Emmanuel Macron, un avare de mots et se voulant « maître des horloges », à prendre la parole, dans un timing qu’il n’avait pas choisi ».

Il tranche son propos en concluant qu’« élu pour décider, Emmanuel Macron se retrouve contraint au dialogue sans fin ».AA

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