Turquie / Qatar : alliés dans les bons comme les mauvais jours

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par Öznur Küçüker Sirene, 29/11/2019

Si la realpolitik guide les relations internationales, il y a des pays attachés les uns aux autres pour des raisons autres que de simples intérêts économiques. C’est le cas de la Turquie et du Qatar. Il y a autant de raisons stratégiques qu’idéologiques qui lient fortement les deux pays.

Après la visite officielle du président turc Recep Tayyip Erdoğan à Doha le 25 novembre en compagnie d’une importante délégation pour assister à la cinquième réunion du Haut Comité stratégique Turquie-Qatar, Ankara et Doha se sont engagés à resserrer leurs liens déjà très étroits. Lors de leur rencontre, le chef d’Etat turc et l’émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad Al Than ont discuté d’importantes questions régionales et bilatérales.

Les discussions ont abouti à la signature de sept nouveaux accords dans plusieurs domaines, notamment le commerce, l’industrie et la technologie mais aussi et surtout la coopération militaire et la défense.

Analysons plus en détail l’évolution des relations turco-qataries et les projets des responsables deux pays pour les porter encore plus loin.

Soutien mutuel dans les rudes épreuves

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et Bahreïn mènent une guerre froide contre le Qatar depuis plusieurs années. L’escalade de la tension entre ces pays et le Qatar a atteint son apogée lorsque le 5 juin 2017, l’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Emirats Arabes Unis et l’Egypte ont imposé un embargo total, terrestre, maritime et aérien au Qatar sous prétexte de divergences géostratégiques. Après l’annonce de l’embargo, la Turquie est immédiatement venue au secours de son partenaire qatari en lui envoyant des avions remplis de produits essentiels pour éviter une éventuelle pénurie alimentaire.

De son côté, pendant cette période difficile, le Qatar a préféré diversifier ses alliances, au profit de la Turquie et de l’Iran, au lieu de céder aux pressions du quartet arabe et d’accepter une liste de 13 demandes pour la cessation du blocus qui comprennent entre autres la fermeture de la chaîne Al-Jazeera voire celle de la base militaire turque au Qatar. L’alliance de plus en plus accrue avec la Turquie a eu de telles conséquences positives que l’embargo est même devenu bénéfique pour l’émirat.

La Turquie aussi a pu compter sur le soutien qatari lors des épreuves difficiles. Lorsque le pays a connu des problèmes économiques en août 2018 suite à l’annonce de sanctions américaines, l’émir du Qatar a fourni 15 milliards de dollars d’investissements directs à la Turquie. Le Qatar a également été aux côtés de la Turquie, que ce soit à la suite de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 que pendant l’opération militaire Source de Paix dans la lutte menée contre l’organisation terroriste PKK/YPG, contrairement aux autres Etats du Golfe.

Un partenariat militaire stratégique

Depuis 2012, la Turquie et le Qatar sont liés par un accord de coopération militaire et de ventes d’armement. En 2016, une base militaire turque permanente a été construite au Qatar et elle a été récemment étendue. Lors de sa visite à Doha, le président Erdoğan a visité le site récemment achevé de la base militaire turque, qui doit son nom au célèbre commandant musulman Khalid ibn al-Walid, qui vivait à l’époque du prophète Mahomet.

Quelque 5 000 soldats sont stationnés sur la base militaire depuis le blocus imposé au Qatar. La base est sous le contrôle du commandement des forces interarmées entre le Qatar et la Turquie.

Erdoğan a souligné que la base militaire apporterait la stabilité et la paix non seulement au Qatar mais aussi à l’ensemble de la région du Golfe. Le président Erdoğan a affirmé que « le commandement des forces conjointes turco-qatari est le symbole de la sincérité, de l’amitié et de la solidarité ».

Des intérêts économiques non négligeables

Pour la Turquie, le Qatar représente un partenaire économique clé avec son énorme potentiel : En effet l’émirat est non seulement le quatrième producteur mondial du gaz naturel mais aussi dispose du PIB le plus élevé du monde par habitant.

Le volume des échanges entre la Turquie et le Qatar s’est rapidement accéléré depuis la crise du Golfe en 2017.

Les exportations de la Turquie à destination du Qatar ont atteint 1,1 milliard de dollars en 2018, contre 650 millions de dollars l’année précédente, avec une augmentation annuelle était de 69%. Quant aux importations turques en provenance du Qatar, elles ont augmenté de 27%, passant de 264 millions à 335 millions de dollars au cours de la même période.

Le montant total des investissements turcs au Qatar s’élève à 17 milliards de dollars et a encore augmenté au cours des préparatifs de la Coupe du monde de football en 2022. Par ailleurs, les investissements du Qatar en Turquie ont atteint 22 milliards de dollars.

Aujourd’hui, les deux parties souhaitent encore plus accroître les échanges commerciaux bilatéraux.

En conclusion, malgré la grande crise entre les Etats du Golfe et le Qatar, un certain apaisement est prévu dans les relations avec la venue à Doha des équipes de football d’Arabie saoudite, des Emirats et de Bahreïn à l’occasion du tournoi du Golfe. Si la normalisation des relations avec les autres acteurs régionaux serait bénéfique pour tout le monde, la Turquie et le Qatar sont unanimes sur le fait que les Etats du Golfe devraient respecter dans leurs actions le principe de « la pleine souveraineté de l’État et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures ».

C’est ainsi que la Turquie et le Qatar poursuivront leur politique étrangère indépendante au Moyen-Orient et dans le Golfe qui leur permettra de privilégier leurs intérêts mutuels tout en assurant la paix et la stabilité dans ces régions.

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