Pourquoi la France paraît-elle si « irrationnelle » vis-à-vis de la Turquie ?

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par Öznur Küçüker Sirene 05/12/2019

 

Les relations entre la Turquie et la France n’avaient pas été aussi tendues depuis longtemps. Après que le président français Emmanuel Macron a jugé l’OTAN d’être « en état de mort cérébrale » en condamnant notamment le rôle et les actions de la Turquie au sein de l’Alliance atlantique, le président turc Recep Tayyip Erdoğan lui a demandé de faire examiner « l’état de sa propre mort cérébrale » à la veille d’un sommet de l’OTAN.

Si cette « quasi-guerre verbale » n’a pas plu à l’opinion publique française, beaucoup ignoraient le fond de la crise diplomatique entre les deux pays, qui a même conduit jusqu’à la convocation de l’ambassadeur de Turquie en France au Quai d’Orsay pour « s’expliquer » sur les déclarations du président turc.

Les propos d’Erdoğan ont été jugés « insultants » alors que ce qui est plus qu’insultant envers la nation turque toute entière est plutôt le soutien avéré de la France au terrorisme du YPG, branche syrienne de l’organisation terroriste PKK, reconnue comme telle par la Turquie, l’Union européenne (dont la France) et les Etats-Unis.

Si l’image des YPG, présentés comme « des alliés héroïques contre Daech » est constamment améliorée dans les médias occidentaux, la réalité est toute autre : D’après les rapports d’Amnesty International, des Nations Unies et de l’Observatoire des droits de l’Homme, l’organisation terroriste YPG/PKK enrôle de force des enfants depuis 2013 en Syrie, commettant ainsi un crime de guerre.

Alors pourquoi la France s’entête à soutenir une organisation terroriste et semble si en colère contre la lutte de la Turquie contre les YPG / PKK dans le nord de la Syrie alors que même le président américain Donald Trump déclare qu’il « aime la Turquie et s’entend bien avec le président Erdoğan » ?

Les YPG désignés comme « alliés » pour défendre les intérêts de la France sur le terrain

La France jouait un rôle important dans la coalition anti-Daech menée par les Etats-Unis. Lorsque Trump a décidé de retirer les troupes américaines après consultation avec Erdoğan en l’annonçant « sur Twitter » comme souligné par Macron, la France s’est sentie abandonnée et trahie.

De plus, elle avait « misé sur le mauvais cheval » en investissant tous ses efforts et sa confiance aux YPG. Un Etat indépendant dans cette région du monde aurait été bénéfique aux yeux des responsables français tant pour les intérêts économiques que diplomatiques de la France. Comme le cimentier français Lafarge dont les liens avec Daech en Syrie ont été prouvés pour maintenir ses activités dans la Syrie en guerre, d’autres entreprises françaises auraient pu y être implantées.

D’ailleurs rappelons que le ciment de la construction des tunnels de 90 km de long des YPG provenait de l’usine française Lafarge, information obtenue des sources locales par la Turquie lors de son opération « Source de Paix » dans le nord de la Syrie.

Ressources naturelles en Méditerranée orientale : un autre sujet qui fâche

Un autre sujet de tension entre la Turquie et la France concerne sans aucun doute l’exploitation des ressources naturelles en Méditerranée orientale. Les forages menés par la Turquie en Méditerranée orientale dérangent les pays européens dont notamment la France qui y voient un grand intérêt commercial à travers leur coopération avec l’administration chypriote grecque au détriment des intérêts des Chypriotes turcs et de la Turquie.

Si les États-membres de l’Union européenne (UE) visent à « sanctionner » les activités de forage d’hydrocarbures, menées par Ankara, la France préconise même « une présence militaire » dans cette zone conflictuelle. Condamnant la position de la France sur ce sujet, le président Recep Tayyip Erdoğan a fait savoir que la France n’avait aucun mot à dire au sujet de la Méditerranée orientale en rappelant : « Ce sont ceux qui ont le droit de parler qui doivent s’exprimer au sujet de la Méditerranée orientale. Qui dit que la France a son mot à dire en Méditerranée orientale ? Est-ce un pays riverain ? Pas du tout. Que fait la France ici ? Elle n’a aucun mot à dire et aucun droit. Selon le droit international, le peuple entier de l’île de Chypre doit partager les ressources qui seront extraites ».

Dernièrement, l’accord récemment signé entre la Turquie et la Libye va clairement à l’encontre des intérêts français en Méditerranée orientale. Pour les responsables turcs, « par cet accord avec la Libye, les deux pays ont clairement manifesté leur intention de ne permettre aucun fait accompli ». D’ailleurs en Libye aussi, en soutenant activement le maréchal Haftar, la France a encore une fois « misé sur le mauvais cheval » dans une autre région du monde !

Enfin, le président français Macron répète que la Turquie ne devrait pas s’attendre à la solidarité de l’OTAN concernant son opération « Source de Paix ». Néanmoins, comme souligné par le porte-parole de l’AK Parti, Ömer Çelik, la France n’hésite pas à mener des opérations au Mali et dans différents endroits en Afrique sans l’aval de l’ONU.

En conclusion, on peut clairement voir que la politique étrangère réussie et stratégique de la Turquie qui défend brillamment les intérêts turcs dans différentes régions du monde et qui provoquent l’échec des plans français déplaisent fortement aux autorités françaises. Les politiques français qui travaillent en collaboration avec les médias mainstream font tout leur possible pour décrédibiliser et diaboliser la Turquie.

Au fond, ce qu’ils essaient de dissimuler, c’est leur propre échec en politique étrangère.

TRT FR

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