Idlib, migrants : la France et sa politique de l’autruche

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Si la France est l’un des premiers pays qui seront concernés par l’afflux des migrants, provoqué par les bombardements du régime Assad et de la Russie, le président Macron n’affiche pour l’instant aucune réaction « ferme » face à une crise qui devient de plus en plus préoccupante.

Le danger était prévisible. La Turquie avait averti la communauté internationale sur les exactions du régime Assad contre les civils et le fardeau que la Turquie devait assumer toute seule en raison de l’afflux des migrants qui s’est intensifié à Idlib, dernier bastion de l’opposition syrienne, suite à la violation de l’accord de Sotchi conclu entre la Turquie et la Russie en 2018 pour faire de cette région une zone de désescalade.

La Turquie a toujours invité le monde à soutenir ses opérations militaires légitimes en Syrie visant à créer une zone de sécurité où seront déplacés des millions de réfugiés syriens. Or le monde, plus particulièrement les pays européens, ont préféré faire la sourde oreille devant l’escalade de la tension en Syrie.

Le 28 février, la crise a atteint son apogée lorsqu’au moins 34 soldats turcs sont tombés en martyr lors d’une frappe aérienne du régime Assad soutenu par la Russie. La Turquie n’a pas attendu pour des représailles en nature en attaquant plusieurs cibles du régime, abattant ses 3 avions de combat mais aussi ouvrant ses portes aux réfugiés qui souhaitent rejoindre l’Europe.

« La Turquie s’occupe des réfugiés depuis 9 ans, peut-être ils (les pays européens) se sont dits qu’elle le ferait également pour les 19 prochaines années. Je suis désolé, mais ce ne sera pas le cas », a déclaré le président Erdoğan, soulignant le laxisme des pays européens face à la crise migratoire.

Si la réponse de la Turquie à cette « attaque traître »-comme souligné par le ministre turc de la Défense Hulusi Akar- ne s’est pas fait attendre, les pays européens dont notamment la France semblent ne pas se presser pour réagir « avec des actions concrètes » et non uniquement avec des paroles.

La France appelle à une désescalade dans la région

Peu avant l’attaque meurtrière à Idlib, le président Erdoğan avait annoncé la tenue d’un sommet quadripartite le 5 mars avec les dirigeants russe, français et allemand afin d’arrêter les combats et la crise humanitaire en cours dans la région.

Après la mort de soldats turcs lors de l’attaque du régime syrien, la France a semblé se ranger du côté de la Turquie dans ses déclarations. Le Quai d’Orsay s’est dit « solidaire avec Ankara » et a appelé à une « désescalade dans la région ». « J’ai exprimé à mon homologue les condoléances et la solidarité de la France avec la Turquie à la suite de l’attaque conduite hier contre les forces turques dans le nord-ouest de la Syrie », a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian dans un communiqué à l’issue d’un entretien avec Mevlüt Çavuşoğlu.

Quant au chef d’Etat Emmanuel Macron, il a souligné « l’impératif d’une cessation immédiate des hostilités » et appelé « la Russie et la Turquie à établir un cessez-le-feu durable et vérifiable conformément aux engagements pris devant la France et l’Allemagne lors du Sommet quadripartite d’Istanbul à l’automne 2018 ».

Or encore une fois ce genre de réactions qui ne restent que des déclarations officielles sans réaction « ferme » face aux bombardements du régime Assad soutenu par la Russie contre les civils ne seront certainement pas efficaces pour afficher une réelle et sincère solidarité avec la Turquie, pourtant alliée de la France au sein de l’OTAN.

La France exprime « sa pleine solidarité » avec la Grèce qui tue des migrants

La réaction la plus étonnante de la part du président Emmanuel Macron concerne son tweet au sujet de la gestion de la crise migratoire après que la Turquie a décidé d’ouvrir ses frontières pour les réfugiés qui souhaitent rejoindre l’Europe. « Pleine solidarité avec la Grèce et la Bulgarie, la France est prête à contribuer aux efforts européens pour leur prêter une assistance rapide et protéger les frontières. Nous devons agir ensemble pour éviter une crise humanitaire et migratoire », a-t-il déclaré. Si on voit qu’il a exclu la Turquie de sa liste de « solidarité », on observe également sa détermination à « protéger les frontières » au lieu de penser à une solution plus responsable et réaliste de l’afflux de 135.844 migrants vers l’Europe (selon le chiffre annoncé le 4 mars par le ministre turc de l’Intérieur Süleyman Soylu, à 09h00 heure locale).

La gestion par la Grèce de l’afflux des migrants vers la frontière turco-grecque s’est avérée totalement scandaleuse avec plusieurs actes illégaux montrant clairement le vrai visage des pays de l’Union européenne qui n’hésite pourtant à donner à la moindre occasion à la Turquie des leçons en matière des droits de l’homme. La Grèce a déclaré suspendre les nouvelles demandes d’asile pour un mois. Or selon la déclaration soulignée par le HCR, la Convention de Genève de 1951 et le droit des réfugiés de l’UE ne permettent pas une telle décision totalement illégale.

Pendant ce temps, en dehors de l’utilisation du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes pour disperser les migrants -ce qui est inhumain-, la Grèce a également tiré à balle réelle sur des migrants. « Aujourd’hui, les militaires grecs ont tué deux migrants et en ont blessé un grièvement », a déclaré lundi le président Erdoğan. D’autres actes choquants de la part de la Grèce ont également suscité l’indignation du monde entier. Par exemple, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, on voit les garde-côtes grecs tirer sur des réfugiés entassés sur un bateau au lieu de leur venir en aide.

En conclusion, la France ne semble pas pour l’instant être déterminée à passer à l’action pour réellement soutenir la Turquie. Or une semaine avant la mort des soldats turcs à Idlib, Erdoğan avait souligné « la nécessité de stopper l’agression commise par le régime et ses soutiens à Idlib » tout en insistant « sur l’importance d’actions concrètes pour empêcher une crise humanitaire ».

En l’absence d’actions concrètes et en raison du laxisme des pays européens à affronter la réalité de la crise migratoire, aujourd’hui nous en sommes arrivés là et Macron semble plus préoccupé par l’épidémie du coronavirus qui menace de plus en plus son pays et le mécontentement populaire provoqué après la récente annonce par le Premier ministre Edouard Philippe de l’usage de l’article 49-3 pour faire adopter sans vote le projet de « réforme des retraites » qui avait déclenché une vague de contestation dans le pays.

TRT FR

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