L’après-coronavirus : La France dans le nouvel équilibre mondial

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par Öznur Küçüker Sirene, 01/04/2020

La pandémie de coronavirus continue de menacer le monde entier, paralysant la vie économique et sociale dans 177 pays et territoires avec plus de 3,4 milliards de personnes qui sont obligées ou appelées à rester chez elles, soit près de 43 % de la population mondiale.

Le bilan tant à l’échelle mondiale que nationale dans les différents pays du monde est plus que sombre et alarmant : Le 31 mars avec plus de 830 000 cas recensés, 41 000 décès ont été enregistrés dans le monde alors qu’en France il y a eu à ce jour plus de morts qu’en Chine (3 523 morts en France contre 3 305 décès en Chine). Dans l’Hexagone, le nombre de personnes hospitalisées s’élève également à 22 757, dont 5 565 cas graves en réanimation.

Si la Chine, deuxième puissance mondiale et foyer originel de la pandémie, semble avoir à peu près contenu l’épidémie (82.240 cas) après deux mois de confinement grâce aux mesures de restrictions, le pays est aujourd’hui largement dépassé par les Etats-Unis, première puissance mondiale (164.610 cas) et l’Italie (101.739 cas). Arrivent ensuite l’Espagne (87.956 cas), l’Allemagne (67.051 cas), la France (45.170 cas) et l’Iran (41.495).

Devant ces chiffres inquiétants, une question qui fait autant peur que le coronavirus lui-même c’est l’après-coronavirus. Quels seront les impacts de cette pandémie sur la géopolitique internationale et comment elle remodèlera le mode de vie économique et social des citoyens français ?

Un nouveau rôle dans un nouveau rapport de forces pour la France

Si l’après-coronavirus est synonyme d’incertitudes pour beaucoup, les rapports de force mondiaux sont en train de se redéfinir petit à petit. Et pour l’instant tout semble indiquer que la Chine tentera lentement mais sûrement de s’imposer face aux Etats-Unis mais aussi à l’Union européenne.

Ce n’est un secret pour personne que l’image de la Chine a été durement impactée par le coronavirus lorsque les autres pays du monde ont commencé à remettre en question la responsabilité des Chinois dans l’apparition du virus en la reliant notamment à leurs modes d’alimentation. Si l’économie chinoise a également été frappée de plein fouet pendant les deux premiers mois de l’année, il y a eu un revirement de la situation lorsque c’est l’Europe qui est devenue l’« épicentre » de la pandémie.

Après que les cas de contaminations ont commencé à ralentir dans le pays, la Chine a relancé sa stratégie internationale pour gagner une nouvelle position dominante avec un « soft power » qui l’a transformée du « pays responsable du virus » au « pays solidaire des autres pays du monde ». Comme pour prouver sa nouvelle place dominante et son influence internationale, l’ambassade de Chine en France a même déclaré sur son compte Twitter : « Lorsque l’épidémie a commencé à faire rage partout, c’est à la Chine que le monde entier a demandé de l’aide et non pas aux États-Unis, ‘phare de la démocratie’. C’est la Chine qui a tendu une main secourable à plus de 80 pays. Ce ne sont pas les États-Unis ».

Devant cette nouvelle stratégie chinoise, on peut facilement constater les fragilités des Etats-Unis qui gèrent pour l’instant mal la crise sanitaire mais aussi celles de l’Union européenne condamnée par ses Etats membres pour son manque de solidarité. Si on peut déjà s’interroger sur une éventuelle sortie de l’Italie de l’UE, le rôle que va jouer la France dans l’avenir de l’UE peut lui accorder une nouvelle place plus ou moins importante sur la scène internationale. Les déclarations du président français laissent entendre que Macron prépare déjà l’Europe de l’après-coronavirus.  « L’Europe n’a aujourd’hui ni lieu ni format de décision », dit-il, déplorant que les 27 capitales européennes soient incapables de se coordonner rapidement. Pourrait-on donc prédire un rétrécissement du mécanisme décisionnel de l’UE en faveur de l’Allemagne et de la France ?

Dernièrement, devant l’expansion chinoise, la France a peu de chance de conserver une place dominante en Afrique. En redécouvrant une Europe vulnérable, impuissante, incapable d’être solidaire et de se coordonner, l’Afrique peut revoir ses relations avec les Européens après des siècles de relations conflictuelles pour donner davantage de crédit à la Chine mais aussi à d’autres pays comme la Turquie.

Une économie française en rude épreuve, changements de modes de vie

Tout comme la position de la France sur la scène internationale, c’est aussi tout un mode de vie économique et social qui sera bouleversé dans le pays en interne. Selon les spécialistes, la France fait actuellement face à une nouvelle crise économique qui est 30 fois plus forte que celle de 2008 et son économie s’avère plus fragile que jamais avec un endettement public de 2358,9 milliards d’euros, soit 99,6% du PIB. Dans une telle conjoncture économique, l’Etat français ne peut soutenir les PMEs et employés que sur une période courte (moins de 1 à 3 mois) mais non sur le long-terme. C’est d’ailleurs pour cela que le 30 mars, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a lancé un appel aux dons pour soutenir les sociétés en difficulté en raison de l’épidémie de Covid-19.

Selon une analyse de l’économiste Jean-Luc Ginder, « tout laisse à prévoir qu’en 11 mois, en France, 930.000 petites et moyennes entreprises seront en stagflation dans le domaine des services et de l’industrie, cela pouvant signifier à moyen terme un taux de chômage national à 30% avant une forte reprise de l’économie nationale post crise sanitaire ».

Dans un tel scénario catastrophique, il y a quand même une lueur d’espoir : la pénurie de masques à laquelle la France a été confrontée, la fermeture des frontières en temps de crise ou encore le constat du manque de préparation nécessaire à la gestion d’une telle crise mondiale conduiront sans aucun doute la France à revoir en profondeur son fonctionnement économique, social et politique.

Dans le plan de relance de l’après-crise, on peut donc prévoir des scénarios comme la reprise de la production nationale malgré la mondialisation ou encore des mesures de prévention plus drastiques pour éviter une future crise écologique et climatique telles que le renforcement du télétravail et des investissements publics massifs dans des secteurs clés de la transition écologique.   

En conclusion, s’il est encore trop tôt pour déterminer avec précision quelles seront les conséquences d’une telle crise sanitaire mondiale, une chose est sûre : plus rien ne sera comme avant et tous les pays du monde y compris la France tenteront de prendre les leçons nécessaires de leurs erreurs de gestion de la pandémie de coronavirus. Fortement affaiblie après une telle crise, la France cherchera les nouveaux moyens efficaces de se renforcer à l’échelle nationale, européenne et internationale. Le temps et les stratégies adoptées par les responsables politiques pour y arriver nous diront si le pays en sortira vainqueur ou non.

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