L’Afrique francophone face au coronavirus : le pire est à venir ?

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Assez épargnée jusqu’à présent par le coronavirus, l’Afrique francophone pourrait néanmoins affronter le pire si les précautions ne sont pas prises à temps et les mêmes erreurs qu’en Chine et en Europe sont reproduites sur le continent.

par Öznur Küçüker Sirene, 15/04/2020

Le monde est encore dans l’incertitude d’une sortie ou non de la pandémie de coronavirus. Entre préparation à une crise économique sans précédent et lueur d’espoir, tous les pays du monde fournissent des efforts considérables pour trouver un remède qui mettra fin à cette période apocalyptique.

Le bilan mondial reste encore sombre avec plus de 2 millions de personnes infectées par le coronavirus et 124 000 morts depuis le début de l’épidémie. Les Etats-Unis, l’Italie, l’Espagne et la France sont les pays les plus touchés.

L’espoir est là : la levée partielle du confinement en Espagne pour permettre la reprise du travail dans le bâtiment et d’autres secteurs clefs du pays, les derniers chiffres encourageants pour l’Italie ou encore la préparation à un déconfinement progressif en France dès le 11 mai.  Or un bémol quand même devant cet enthousiasme grandissant : En plein déconfinement, la Chine pourrait faire face à une vague épidémique liée au coronavirus.

D’ailleurs, il est intéressant de noter que l’ambassadeur de Chine en France qui avait critiqué la gestion occidentale de l’épidémie de coronavirus tout en vantant la victoire chinoise dans sa bataille contre la maladie a été convoqué par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui juge que ses propos ne sont pas « conformes à la qualité de la relation bilatérale entre les deux pays ».

Dans un tel contexte de menace mondiale, l’Afrique apparaît comme une exception plutôt rassurante avec 15 249 cas confirmés de coronavirus le 14 avril avec seulement 816 morts enregistrés jusqu’à présent.  Les pays les plus touchés sont l’Afrique du Sud, l’Égypte ainsi que deux pays francophones du Maghreb, l’Algérie et le Maroc.

Nous analyserons la dernière situation dans les pays africains dont notamment la partie francophone du continent ainsi que les différentes réactions de la France et du monde au sujet de leur gestion de l’épidémie.

Un nombre de cas plutôt rassurant par rapport au reste du monde

Apparu pour la première fois en février en Egypte, le coronavirus menace actuellement 52 pays africains sur 54. Si pour l’instant le continent africain est beaucoup moins impacté par le coronavirus que le reste du monde, les déclarations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont alarmantes : elle craint que les pays africains ne puissent pas « affronter » la pandémie en raison d’infrastructures sanitaires insuffisantes tout en leur demandant de « se préparer au pire ».

Face à une telle menace, les États prennent un grand nombre de dispositions diverses et variées : La fermeture de tous les établissements scolaires et l’obligation du confinement partiel dans une grande partie de l’Algérie qui enregistre 313 décès,  l’état d’urgence au Maroc qui enregistre 126 morts avec 5.000 détenus graciés par le roi pour empêcher que le coronavirus ne contamine les prisons marocaines, la fermeture des frontières terrestres et aériennes en Tunisie qui compte 34 décès ou encore le placement en confinement de toute personne arrivant en Côte d’Ivoire qui déplore 6 décès.

Interrogé par le média JeuneAfrique sur la propagation de l’épidémie sur le continent, le Dr Christian Happi, une référence internationale sur l’étude des maladies infectieuses, avertit quand même que « les pays francophones de la région ont tendance à pratiquer moins de tests que les pays anglophones », et que « c’est une erreur ».

Il propose également des pistes de réflexion pour expliquer le développement assez lent de la maladie en Afrique : une population jeune, des personnes âgées qui ne vivent pas entre elles, une plus grande expérience des épidémies que ceux des pays occidentaux ou encore un organisme qui réagit mieux au virus après avoir été exposé à un grand nombre de maladies comme l’Ebola.

La France : Entre déclarations scandaleuses et main tendue à l’Afrique

Pendant que l’Afrique aussi lutte contre le coronavirus comme le reste du monde, certaines positions de la France sont dénoncées alors que certaines autres sont plutôt applaudies.

Un débat entre un médecin et un chercheur sur le plateau de la chaîne LCI début avril a suscité l’indignation du public lorsque l’idée de tester en Afrique le vaccin du BCG contre le coronavirus a été évoquée. Les propos de Jean-Paul Mira, chef de la réanimation à l’hôpital Cochin, à Paris,  en dialogue avec Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm, ont été partagés des millions de fois sur les réseaux sociaux avec des internautes qui ont dénoncé leur caractère explicitement raciste : « Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, où chez les prostituées : on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées ».

Si ces propos qualifiés de « honteux » ont négativement impacté l’image de la France dans la partie francophone de l’Afrique, le président français Emmanuel Macron a souhaité se rattraper en proposant d’aider les pays africains face à la pandémie et limiter les effets néfastes sur leur économie en appelant à « annuler massivement leur dette » lors de son allocution télévisée du 13 avril. Or, avec cette déclaration inattendue le président français ne fait que s’aligner sur la position d’institutions financières comme le FMI et la Banque mondiale qui demandaient dès mars l’annulation ou un rééchelonnement de la dette.

Certains internautes ont qualifié cette générosité de « calculée » comme une « tentative de reprendre la main en Afrique », s’interrogant principalement sur comment Macron peut inviter à annuler une dette qu’il ne possède pas puisque 40 % de la dette africaine, entre 145 et 175 milliards de dollars, est due à la Chine. Serait-ce un moyen de mettre la pression à la Chine ?

En conclusion, même si les avertissements de l’OMS sont plutôt alarmants sur la situation en Afrique, pour l’instant les pays africains semblent assez préservés par le coronavirus. Et comme on le constate dans la dernière allocution télévisée de Macron, les jeux de « soft power » semblent avoir déjà commencé pour tenter de conquérir le cœur des peuples africains.

 

 

 

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