La Plateforme du Conseil de l’Europe dénonce l’insécurité des journalistes en France

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Dans un rapport rédigé par la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la sécurité des journalistes, et rendu public le 29 avril, la France est sévèrement critiquée pour les violences et intimidations exercées à l’égard des journalistes, notamment dans la couverture des manifestations anti-gouvernementales.

« La France fait partie des pays qui ont fait l’objet du plus grand nombre d’alertes publiées sur la Plateforme en 2019 », note le rapport précisant que celle-ci « se classe également deuxième après l’Italie parmi les États membres de l’UE au regard du nombre d’alertes actives enregistrées sur la Plateforme ».

Le compte-rendu de l’organisme, élaboré en partenariat avec des associations de défense de la liberté de la presse, fait état d’environ « 200 cas de journalistes molestés, blessés, intimidés, ou empêchés de travailler par des policiers, des gendarmes ou des magistrats » au cours de l’année 2019.

– Violences et intimidations policières à l’encontre de journalistes

« Sept des 13 alertes publiées en 2019 concernant la France relevaient des violences ou des mesures de police agressives contre des journalistes couvrant les manifestations », note le rapport.

Ce décompte inclut exclusivement les actes recensés directement par la plateforme, ne prenant pas en compte, les faits rapportés par les associations de défense de la liberté de la presse.

Faisant référence à la couverture des manifestations anti-gouvernementales, notamment celles des «Gilets jaunes», la Plateforme constate que « de nombreux journalistes ont été victimes de menaces ou d’agressions de la part des forces de l’ordre, certains ayant souffert des blessures telles que des fractures de la main, des côtes cassées et des blessures au visage ».

Le rapport cite pour exemple, le cas de Mustafa Yalçin, un photographe de l’Agence Anadolu, touché par une grenade de désencerclement et risquant de perdre l’usage d’un œil, « malgré le port d’un casque de protection », alors qu’il couvrait la grève des syndicats à Paris, en rejet du nouveau projet de réforme des retraites, en décembre dernier.

Selon la Plateforme, citant le journaliste David Dufresne, 90 journalistes ont subi des violences policières en France en 2019, l’écrasante majorité de ces violences ayant été exercées lors des manifestations populaires.

« Il a établi que 20 travailleurs des médias ont été blessés au haut du corps, 18 au bas du corps ou aux membres inférieurs, et 14 à la tête », lit-on dans le rapport signalant que « 26 journalistes ont essuyé des coups, 24 ont été touchés par des tirs de lanceur de balles de défense, 15 ont été blessés par des grenades de désencerclement et deux ont été touchés par des grenades lacrymogènes explosives ».

La Plateforme rapporte également « des entraves à l’exercice de la profession de journaliste, certains s’étant vu interdire l’accès à l’espace public par la force et, dans un cas, de couvrir des manifestations des Gilets jaunes », citant notamment l’évacuation de manifestants du site l’entreprise américaine Amazon, à Clichy-la-Garenne, durant l’été 2019.

Le rapport note aussi que le journaliste Dufresne a été inscrit par des membres d’un syndicat policier sur une liste des « ennemis de la police ».

– Impunité des forces de l’ordre ayant exercé des violences ou des menaces aux journalistes

La Plateforme du Conseil de l’Europe pour la sécurité des journalistes déplore en outre, une incapacité du système judiciaire français à sanctionner les membres des forces de l’ordre ayant exercé des violences ou des menaces à l’égard des journalistes.

« En droit français, les plaintes déposées à l’encontre de membres des forces de l’ordre sont d’abord instruites par l’IGPN [Inspection générale de la Police nationale] ou l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), ce qui a pour effet de retarder l’engagement éventuel de poursuites concernant bon nombre d’agressions physiques », explique le rapport.

La Plateforme relate également la dénonciation par des journalistes français de l’impasse judiciaire renforcée par cette impunité des forces de l’ordre « dans la mesure où elle porte à croire que les autorités pourraient tolérer des comportements répréhensibles et des mauvais traitements ».

Le rapport expose, enfin, le préjudice subi par le métier journalistique sous la pression de procès abusifs, citant notamment l’exemple de la plainte déposée par le Groupe Bolloré SA, propriétaire de plusieurs médias français, à l’encontre d’un autre média français pour un reportage consacré aux activités de la société en Afrique.

N’intégrant pas le cadre de ce compte-rendu, le contrôle stratégique des plus grands médias français, tels que les principales chaînes de radio et de télévision, mais aussi des plus grands journaux et magazine, notamment Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Point, tenus par une poignée de milliardaires, parmi lesquels figurent Vincent Bolloré, Xavier Niel, Bernard Arnault, Patrick Drahi, et François Pinault, soulève également des questions quant à l’indépendance réelle du journalisme en France.

AA

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