Les conflits militaires en période de coronavirus

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             L’épidémie de coronavirus est devenue une crise mondiale touchant tous les acteurs mondiaux, notamment les Etats-Unis ; pourtant les conflits au Moyen-Orient font toujours rage. L’ONU a appelé à une trêve dans les zones touchées par les conflits, néanmoins le sang continue de couler en Libye, en Syrie et au Yémen. Au Liban, les manifestations en réaction aux problèmes économiques et à la corruption, ont repris, et en Irak, le gouvernement peine à redresser l’économie dépendante du pétrole. Parmi ces pays, la Libye, la Syrie et le Yémen en particulier sont en proie à des conflits internes au lieu de lutter contre l’épidémie de coronavirus. Il n’est pas possible d’obtenir des données réelles sur la dimension de l’épidémie dans ces pays. Dans les zones de conflit en question, l’épidémie et les conflits internes sont entremêlés. Quant aux organisations internationales, elles ne semblent pas faire davantage que de les mettre en garde.

 

En Syrie, au moins quatre différentes régions tentent de lutter contre le coronavirus. Dans les zones contrôlées par le régime, seuls 45 cas de coronavirus auraient été constatés. Dans la région d’Idleb, on constate une forte participation aux prières quotidiennes du soir dans les mosquées dans le mois de ramadan. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’épidémie à Idleb. Avec la forte population d’Idleb, les dynamiques des conflits en cours et la densité de la population dans les camps de réfugiés, ce n’est qu’une question de temps de dresser un bilan terrifiant. Dans les régions contrôles par l’Armée nationale syrienne, des efforts intenses sont déployés pour endiguer l’épidémie avec l’aide de la Turquie. Dans les zones contrôlées par l’YPG-PYD, soutenu par les Etats-Unis, le nombre de cas enregistrés est très bas. Qui sait, peut-être que c’est une bénédiction du destin d’épargner la Syrie qui est entraînée dans une guerre civile depuis dix ans.

 

La préoccupation sur le virus règne sur l’’ensemble de la région, néanmoins les conflits continuent en Syrie. L’une des zones les plus dynamiques, est Idleb, qui était également une zone de conflits intenses avant l’épidémie. Idleb est important, non seulement en terme de poursuite et de reprise des conflits, mais aussi d’une potentielle épidémie qui se propagerait rapidement à beaucoup de personnes. Suite à l’accord établi à Moscou avec la Russie, la Turquie semble continuer à renforcer sa présence militaire dans le nord des autoroutes M4 et M5. Cela semble être une mesure prise pour prévenir un fait accompli après le coronavirus, néanmoins Ankara pourrait faire davantage. La création d’une zone de sécurité est toujours dans l’agenda d’Ankara. Toutefois, on constate un durcissement de l’attitude des militants de Hayat Tahrir al-Cham à l’égard de la Turquie. Certains groupes au sein de Hayat Tahrir al-Cham n’ont toujours pas accepté l’accord conclu à Moscou et font tout ce qu’ils peuvent pour le dissoudre. En dernier lieu, les militants de Hayat Tahrir al-Cham ont lancé une attaque ciblant la Turquie et un soldat turc est tombé en martyr. Evidemment, cela engendrera probablement un durcissement de l’attitude de la Turquie à l’égard de Hayat Tahrir al-Cham après l’épidémie de coronavirus. Près d’un million de personnes déplacées à Idleb par les attaques du régime, sont bloquées dans le nord d’Idleb. Sachant que des bombardements aériens du régime se poursuivent, ce n’est pas très logique pour les habitants d’Idleb de rester à la maison pour se protéger du coronavirus.

 

Par ailleurs, les attaques terroristes du PKK-YPG se poursuivent dans les zones contrôlées par l’Armée nationale syrienne soutenue par la Turquie. Les éléments de l’YPG, qui tentent de s’infiltrer dans la érgion située entre Rassoulaïn et Tall Abyad, dite zone de l’opération Source de Paix, donnent souvent des pertes. L’YPG poursuit une guerre terrorirste rurale dans ces zones, prend pour cible les civils et tente d’entraver l’établissement de la stabilité en créant l’impression que la ville n’est pas sûre. A Afrine, il semble que le PKK-YPG a eu recours à une méthode différente. Plus de 50 civils ont péri dans un attentat au véhicule piégé le 28 avril. L’organisation terroriste PKK qui poursuit ses attaques terroristes dans les zones contrôlées par la Turquie, est en difficulté dans le nord-est de la Syrie. En effet, une forte hausse des attaques terroristes de Daesh est observée dans cette région. Daesh poursuit ses attaques en se retirant dans les zones désertiques qui s’étendent le long des frontières syrienne et irakienne. Cela pousse la coalition dirigée par les Etats-Unis à fournir plus d’aide à l’YPG. Le régime syrien qui dissimule l’épidémie de coronavirus, est confronté à un essoufflement économique. La chute des prix pétroliers et les sanctions, ont épuisé l’économie russe et iranienne. Nous ne savons pas si un nouveau processus démarrera en Syrie après le coronavirus, néanmoins il semble que toutes les parties saisiront l’après-coronavirus comme une opportunité pour reprendre position.

En Libye, la situation est plus grave. L’ONU a lancé un appel à une trêve en raison de l’épidémie le 22 mars, pourtant le putschiste Haftar a choisi de poursuivre les attaques en ne respectant pas le cessez-le-feu. A Tripoli, où la lutte est difficilement menée contre l’épidémie, les complexes médicaux ont été intentionnellement pris pour cible. Néanmoins, l’armée libyenne rattachée au gouvernement d’entente nationale n’a pas permis à Haftar, soutenu par les Emirats arabes unis, de faire tomber Tripoli. Plus important encore, Haftar a du se retirer de certaines régions importantes et a subi de lourdes pertes. Néanmoins, il garde le contrôle des quartiers sud de Tripoli. Haftar, qui n’a pas réussi à obtenir ce qu’il souhaite, a essayé une nouvelle stratégie le 28 avril en déclarant avoir dissout l’Assemblée centrale à Tobrouk et à s’autoproclamer chef d’Etat de toute la Libye. Toutefois, Haftar a constaté, suite à la déclaration faite par Moscou, que sa démarche ne fonctionnera pas. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que la démarche en question de Haftar “n’était pas juste”. Le peuple et l’Assemblée de Benghazi ont également contesté, mécontents de la situation. En fin de compte, Haftar est devenu un acteur n’ayant pas réussi à obtenir ce qu’il souhaitait et de plus en plus affaibli, mais cela ne signifie pas que les affaires vont bon train en Libye. Avec le coronavirus, les conflits, les prix pétroliers, la crise des déchets, les problèmes d’électricité, la société commence à perdre sa résistance sur l’ensemble de la Libye. Cela a provoqué une pression qui déclenchera rapidement un mal-être social. Aucune feuille de route prévue par les accords internationaux n’a pu être concrétisée. Par conséquent, la situation devient de plus en plus compliquée en Libye. Le Yémen était aussi une des zones de conflit dont la santé publique était la plus précaire avant l’épidémie. Il fait pour l’instant partie des pays du monde les moins touchés par l’épidémie, avec seulement un cas confirmé. L’Arabie saoudite a donné la priorité à la lutte contre le Covid-19, gelant pour quelques temps l’activité militaire au Yémen. Mais cela ne signifie pas que les conflits militaires ont pris fin.

 

L’épidémie de coronavirus n’a pas mis fin aux conflits au Moyen-Orient mais doit être considérée comme un développement capable de changer la direction des conflits.

 

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