Libye : plus Haftar s’enfonce dans l’impasse, plus les Émirats arabes unis deviennent agressifs

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Les Émirats arabes unis (ÉAU), qui ont reconnu le général à la retraite, Khalifa Haftar, comme leur représentant en Libye en lui fournissant des armes et des mercenaires, intensifient leur agressivité au niveau international alors que les milices affiliées au chef des forces armées illégitimes de l’est de la Libye commencent à essuyer des pertes militaires successives.

Tandis que le monde entier se concentre sur la lutte contre la pandémie de nouveau coronavirus, la Libye, en dehors de cette pandémie, est témoin d’une série de développements critiques.

Le Gouvernement d’entente nationale (GNA), le représentant légitime de la Libye auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), a récemment obtenu un certain nombre de succès militaires contre les milices de Haftar, soutenues par un consortium international incluant la France, la Russie, les ÉAU et l’Égypte.

Haftar, qui a ordonné un assaut pour prendre le contrôle de la capitale, il y a un an, mais a dû passer en mode défensif au bout d’un an, a tenté de dissimuler ses défaites sur le terrain en tentant un coup d’État mal préparé contre ses propres alliés. Cette étape, qui ne semble pas avoir été planifiée en détail, a de nouveau fait de lui le centre des critiques sur la scène internationale et l’a enfermé dans une impasse.

En se retirant de tous les accords de cessez-le-feu établis au cours des multiples négociations passées jusqu’à ce jour, Haftar a trouvé son dernier recours dans un appel au cessez-le-feu invoquant le mois de Ramadan, quelques jours seulement après sa tentative de coup d’État.

Le GNA, qui est revenu à plusieurs reprises à la table des négociations avec Haftar jusqu’à présent, et ayant signé de nombreux accords reflétant sa bonne volonté, qualifie l’appel de Haftar de « tromperie ».

Les experts commentent fréquemment que derrière le succès des récentes opérations du GNA contre les milices de Haftar, réside l’accord de sécurité signé en novembre dernier entre la Turquie et la Libye.

Par ailleurs, des pays comme les Émirats arabes unis, l’Égypte et la France, se positionnant en soutien des tentatives de coup d’État du général à la retraite, n’ont pas cessé jusqu’à présent, d’attaquer la Turquie par des déclarations.

– Soutien des Émirats et de l’Égypte à Haftar, et accusations envers la Turquie

Les ÉAU, l’Égypte et la France, apportant leur soutien aux nombreuses tentatives offensives et illégales de Haftar pour se saisir de la capitale, ont fait de la Turquie une cible principale dans leurs déclarations.

Livrant des centaines d’avions-cargo militaires avec des milliers de tonnes de fournitures militaires, les Émirats et l’Égypte, aménageant des corridors pour le transfert de ces armes, ont notamment accusé la Turquie « d’être un soutien aux milices en Libye ».

L’Égypte et les ÉAU, les principaux partisans de Haftar dans les domaines diplomatique, financier, militaire et logistique, ont annoncé qu’ils étaient du côté de la solution politique en déclarant qu’ils « se tenaient aux côtés de la soi-disant armée nationale libyenne dirigée par Haftar » faisant fi de sa tentative illégale de coup d’État.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dans une interview à un journal, a émis de nombreuses critiques envers la Turquie, concernant la Libye, la Méditerranée orientale, la crise des réfugiés, et même la présence de la Turquie dans l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN).

– Les Émirats arabes unis, acteur néfaste et destructeur en Libye, au Yémen, et dans la Corne de l’Afrique

Après le processus appelé « Printemps arabe », les ÉAU, qui se démarquent par leurs politiques destructrices tels que le coup d’État dans la guerre civile yéménite, leurs tentative de renverser les régimes dans les pays de la Corne de l’Afrique par une diplomatie du chéquier, et tentant de façonner le Soudan après un coup d’État, se distingue comme le partisan le plus sombre du chef des forces armées illégitimes en Libye.

À la suite d’une élection controversée en Libye en 2014, Haftar a tenté une initiative similaire au coup d’État en Égypte et est ainsi devenue un centre d’intérêt des Émirats au cours de cette période.

Après cette tentative de putsch, les Émirats arabes unis, qui ont développé des relations étroites avec Haftar, ont fourni un soutien économique, diplomatique et militaire inconditionnel à ce général obsédé des coups d’État, afin qu’il prenne le contrôle de tout le pays.

Les nombreux antécédents des Émirats arabes unis vont du transport de mercenaires du Soudan à la Libye, des attaques par drones de fabrication chinoise fournis aux milices de Haftar, ainsi qu’à l’envoi de tonnes de kérosène dans l’est de la Libye pour soutenir diverses attaques par le truchement d’avions de combat et d’hélicoptères, à travers la base militaire de Khadim, également dans l’est du pays. Ces faits sont cités à de nombreuses reprises dans les rapports de l’ONU et des instituts de recherche indépendants.

La signature émiratie a également été révélée lors d’une attaque aérienne contre un camp de réfugiés dans la région de Tadjoura, à l’est de Tripoli, en juillet 2019, où plus de 60 migrants sont morts. Les ÉAU ont également été accusés pour ces faits dans les rapports de l’ONU, sans pourtant être nommément cités.

Enfin, il a été révélé que les Émirats étaient à l’origine de l’attaque contre le jardin d’une école militaire à Tripoli en janvier, où plus de 30 élèves sont morts. Certaines parties du missile utilisé lors de l’attaque pointaient vers les Émirats, qui utilisent en Libye certains drones fabriqués en Chine.

Malgré les centaines d’avions-cargos pleins de munitions, de mercenaires et de drones envoyés en Libye, le rôle déstabilisateur des Émirats arabes unis dans ce pays de Méditerranée orientale a été ignoré dans les capitales occidentales. Plusieurs diplomates occidentaux ont reconnu dans des journaux qu’ils se sont abstenus d’offenser les ÉAU, avec qui ils entretiennent de profondes relations économiques, sécuritaires et politiques.

– La France silencieuse face aux violations de Haftar

La France, qui se présente comme un défenseur des droits humains sur la scène internationale, tout en assumant son soutien aux organisations terroristes en Syrie, est restée silencieuse jusqu’à aujourd’hui, contre son allié bombardant de façon aléatoire, des zones civiles en Libye.

Peu de temps après que Haftar a ordonné une attaque en avril 2019 pour s’emparer de la capitale, 13 Français armés et munis de passeports diplomatiques ont tenté d’entrer en Libye par la frontière terrestre tunisienne. Les autorités tunisiennes ont indiqué que les Français ont d’abord refusé de rendre leurs armes et munitions aux agents des frontières, acceptant par la suite, de les remettre.

Lorsque les forces gouvernementales en Libye se sont emparées de la ville de Gharyan en juin 2019, elles ont trouvé des missiles antichar Javelin dotés d’une technologie de pointe, abandonnés par les milices de Haftar. Alors que les premiers indices menaient à penser que ces missiles appartenaient aux Émirats, la France a ensuite dû admettre, face à des preuves évidentes, que ces munitions lui appartenaient.

Le ministère français de la Défense a fait valoir que les missiles destinés à être utilisés des forces spéciales françaises lors d’opérations antiterroristes « n’ont été remis à aucun parti en Libye mais ont disparu de l’inventaire des éléments combattant en Libye ».

– L’opération Tempête de paix a renversé la tendance en Libye

Alors que la pandémie de Covid-19 n’avait pas encore commencé d’affecter la Libye, l’ONU a proposé un cessez-le-feu aux parties le 22 mars, en tenant compte de l’épidémie à l’échelle globale. Le GNA a accepté la proposition et le camp de Haftar a annoncé qu’il acceptait l’appel, mais n’a pas hésité à lancer une attaque à la roquette sur Tripoli, quelques minutes plus tard.

Au lendemain de la détection du 23 mars du premier cas de Covid-19 en Libye, les milices de Haftar ont perpétré l’une des attaques les plus intenses contre la capitale, notamment contre des hôpitaux.

Les unités militaires du GNA ont annoncé qu’à partir du 25 mars, elles sont passées de la position défensive à la position d’attaque « pour protéger la vie des civils » et ont lancé l’opération Tempête de paix.

Les forces gouvernementales ont progressé sur les fronts au sud et à l’ouest de la capitale, tout en coupant les lignes d’approvisionnement en carburant et en munitions des milices de Haftar grâce à des opérations par des drones.

Les forces du GNA ont lancé un assaut, le 13 avril, depuis la capitale vers les villes de l’ouest et ont débarrassé une zone stratégique de 3 000 km2, s’étendant sur 170 kilomètres le long du littoral, de l’ouest de Tripoli à la frontière tunisienne, de la milice de Haftar.

Quelques jours plus tard, les forces du GNA ont lancé une opération pour reprendre la ville de Tarhouna, que la milice de Haftar utilisait comme centre d’opérations et de ravitaillement dans ses attaques contre la capitale, à l’ouest du pays.

– Nouvelle tentative de coup d’État de Haftar, se trouvant dans une impasse militaire

Les Libyens et ceux qui suivent de près la Libye le savent très bien, et cela a notamment été le cas en 2014 : nombreuses furent les tentatives de Haftar de prendre le pouvoir en se plaçant face aux caméras et déclarant « l’abolition du Parlement », que « les forces armées ont pris le pouvoir », ou annonçant avoir « lancé une opération anti-terroriste ».

Haftar, qui est resté longtemps silencieux après des défaites successives dans l’ouest du pays, a déclaré dans son message vidéo, publié dans la soirée du 23 avril, que l’accord de Shkirat reconnu par l’ONU, qui encadre le processus de transition politique, était « invalide », et a appelé tous les Libyens à autoriser « l’institution appropriée » à diriger le pays.

Après ce discours, les partisans de Haftar sont descendus dans les rues et ont organisé des manifestations demandant à Haftar de prendre le pouvoir. Des politiciens, des institutions d’État auto-proclamées, des commandants de milice, des conseils locaux et des tribus, qui ont soutenu le coup d’État du général à la retraite, ont annoncé qu’ils avaient choisi Haftar et la milice commandée par Haftar pour diriger le pays. La presse pro-Haftar a, elle aussi, largement relayé la campagne en question.

Quelques jours seulement après cette conversation, Haftar a affirmé que l’accord de Shkirat avait pris fin le 27 avril, affirmant que cet accord était expiré et qu’il avait « accepté le mandat du peuple ».

Ce coup d’État, mis en scène par les prétextes de Haftar dans la rue, suite à son propre appel, a été interprété comme une tentative de se démarquer comme le seul interlocuteur parmi les acteurs de l’est du pays; à d’éventuelles et nouvelles négociations après les défaites cumulées par ses milices.

Avec cette décision, Haftar a gaspillé une nouvelle opportunité de consensus, sous la forme d’une reformulation de l’accord de Shkirat, soumis par Aguila Salah Issa, président de la Chambre des représentants pro-Haftar de Tobrouk, dans l’est du pays.

Cependant, au moment même où la Libye se préparait à une réunion de paix en avril 2019, il s’est avéré que Haftar, qui a lancé à la hâte et sans préparation l’attaque de la capitale, n’avait pas également pas prévu cette étape du coup d’État.

Alors que la France et la Russie, l’un des principaux partisans de Haftar, ont annoncé que des mesures unilatérales ne seraient pas acceptées, les États-Unis se sont également opposés à cette initiative insensée de Haftar. Les pays de la région et les pays voisins ont également fait des déclarations critiques à cette initiative de Haftar, à différents niveaux.

– Haftar qui bombarde la capitale, veut maintenant une trêve

La tentative de coup d’État n’a eu aucun impact sur la situation sur le terrain et a de nouveau poussé Haftar vers une situation – encore plus – difficile sur la scène internationale.

Les forces gouvernementales libyennes n’ont pas permis le passage des convois de ravitaillement en carburant, en armes et en munitions, qui devaient être envoyés à Tarhouna et aux milices de Haftar coincées dans la base aérienne stratégique de Watiya, à l’ouest du pays.

Les milices de Haftar, qui ont dû battre en retraite sur les fronts du sud de la capitale, ont poursuivi leurs attaques contre les zones résidentielles de Tripoli au cours de la première semaine du Ramadan.

De nombreuses personnes sont mortes dans la capitale, non pas à cause de l’épidémie de Covid-19, mais des attaques des milices affiliées à Haftar.

AA

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