Restitution des trésors coloniaux : La France face à ses vieux démons

0

 

Le débat sur le projet de loi autorisant la restitution de biens culturels au Bénin et au Sénégal, qui aura lieu mercredi à l’Assemblée nationale française, s’annonce houleux. 
Le texte a pour objet, notamment, de restituer, 26 œuvres réclamées par les autorités du Bénin, prises de guerre du général Dodds dans le palais de Béhanzin, « après les sanglants combats de 1892 » annonce-t-on sur le site de l’Élysée. 

Depuis quelque temps, les déclarations en rapport avec la restitution des biens culturels de l’Afrique fusent de Droite comme de Gauche, témoignant du grand malaise d’une France, manifestement toujours pas reconciliée avec son passé colonial. 

Si certains politiques français, s’y opposent crument, d’autres essaient de trouver des compromis pour éviter les termes qui pourraient remuer le couteau dans une plaie toujours ouverte. 
« Transfert » à la place de « restitution » … voilà l’acrobatie sémantique proposée par le sénateur Max Brisson qui propose un amendement du texte dans ce sens. « Une restitution signifie rendre quelque chose que l’on possède indûment (…) mot qui véhicule une dimension morale et l’idée d’une faute à réparer » a déclaré Brisson.

Depuis plusieurs années des associations, notamment le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), demandent que les trésors africains, fruits des pillages coloniaux, reviennent en Afrique. François Hollande s’y était opposé, mais Emmanuel Macron s’y était engagé lors d’une visite à Ouagadougou en 2017. Il avait alors déclaré : « Le patrimoine africain ne peut pas être uniquement dans des collections privées et des musées européens. Il doit être mis en valeur à Paris, mais aussi à Dakar, Lagos, Cotonou […]. Ce sera l’une de mes priorités. D’ici cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain à l’Afrique. » 

L’Exécutif français avait, aussitôt, commandé un rapport (le rapport Sarr-Savoy) pour établir le nombre des objets concernés, conservés par les musées français, et le verdict a donné lieu à un chiffre astronomique : 90 000 œuvres d’art et objets d’origine africaine sont exposés ou entreposés dans des musées français et pourraient faire l’objet de réclamations.

Ce vote s’annonce encore plus tumultueux qu’il coïncide, hasard du calendrier ou bien synchronisation préméditée, avec des propos pour le moins controversés du Premier ministre français sur le passé colonial de la France. « Je veux ici dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eu pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, et je ne sais quoi encore » a déclaré Jean Castex dimanche soir sur la chaîne française TF1.

Des propos qui ne sont pas passés inaperçus, d’autant plus qu’ils tranchent avec ceux d’Emmanuel Macron qui en février 2017, lors de la campagne présidentielle, avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité » alors qu’il était en voyage en Algérie. 

Désaccord à la tête de l’Exécutif français, ou pas, la France doit trancher, à travers le débat de mercredi à l’Assemblée, sur une question délicate, voire presque taboue. 

Selon le rapport Sarr-Savoy, la France possède des objets venant de plus de 30 pays d’Afrique, dont des pays qui n’ont jamais été une colonie française, comme la république démocratique du Congo, le Ghana ou le Nigeria, où les objets d’art ont été volés puis revendues à des collectionneurs, des trafiquants ou même des directeurs d’institutions culturelles, et se sont ainsi retrouvés en France. 

Ceci explique la vague de panique qui a déferlé sur les musées français et même sur les grands établissements étrangers craignant un antécédent français.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AA

TRT FR

Partager cet article? https://turquie2023.com/Ro2zf8
Partagez.

À propos de l’auteur