D’Erdogan aux Franco-Turcs : les erreurs du gouvernement de Macron

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par Öznur Küçüker Sirene

Les tensions entre la Turquie et la France ont atteint un tel niveau inquiétant que c’est pour la première fois dans l’histoire des deux pays que la France a rappelé son ambassadeur de Turquie suite aux propos du président turc Recep Tayyip Erdoğan au sujet de son homologue français, Emmanuel Macron, jugés d’« inacceptables » par l’Elysée. Attitude contradictoire pour un pays auquel la « liberté d’expression » est si chère, qui n’hésite pourtant à projeter des caricatures outrageuses à l’égard du prophète Mohammed (saw) sur les façades des bâtiments publics, offensant ainsi 1,8 milliard de Musulmans sur Terre.

Si la France a justifié le rappel de son ambassadeur par le fait que la Turquie n’avait pas présenté ses condoléances aux Français après la décapitation de l’enseignant Samuel Paty, la Turquie a prouvé qu’elle avait présenté ses condoléances par le biais de son ambassadeur à Paris. Or la France n’a pas systématiquement présenté ses condoléances à la Turquie à chaque fois qu’un enseignant turc a été assassiné par l’organisation terroriste PKK (reconnue comme telle par la France elle-même) comme ce fut le cas pour la jeune et pétillante professeure de musique, Aybüke Yalçın, tuée en 2017 par le PKK. Au contraire, les partisans du PKK organisent des manifestations sans rien craindre dans les plus grandes villes françaises. De la même manière, sans jamais prendre en considération les préoccupations sécuritaires de la Turquie, la France de Macron va jusqu’à soutenir explicitement l’YPG, branche syrienne du PKK, pour soi-disant combattre Daech.

Aujourd’hui au-delà des conflits divergents sur la scène internationale, dans la politique intérieure aussi, la Turquie est désignée par la France comme en quelque sorte la source de tous les maux, un rival qu’il faut contrer à tout prix. La diabolisation constante du président Erdoğan dans les médias, mélangée aux discours accusatoires des élus français vis-à-vis de la Turquie fragilisent non seulement les relations entre les deux pays plus que jamais mais aussi mettent en péril l’avenir des 700 mille Turcs présents sur le sol français.

L’obsession d’Erdoğan et des Franco-Turcs dans la politique intérieure

Lorsque des pays arabes tels que le Koweït, le Qatar ou encore la Jordanie ont commencé à boycotter les produits français en réaction aux caricatures de Charlie Hebdo, c’est encore une fois le président turc Recep Tayyip Erdoğan qui a été pointé du doigt dans les médias français comme celui qui a lancé l’initiative alors qu’il était le dernier à rejoindre la campagne.

Quant aux citoyens franco-turcs constituant l’une des communautés les mieux intégrés et avec le plus bas taux de délinquance, ils ont commencé à être diabolisés dans les médias et discours des élus politiques. Après que 5 Turcs ont été blessés (dont un dans un état grave) par des militants pro-Arménie sur l’autoroute A7 près de Vienne, des jeunes indignés ont défilé dans les rues à Vienne et à Dijon. Certaines images de ces défilés utilisées à mauvais escient par des cercles arméniens ont fait croire aux Français que les Franco-Turcs étaient des citoyens dangereux et violents (alors que les Français n’étaient même pas au courant de l’agression des Franco-Turcs sur l’autoroute A7). Il a également été rapporté que des tags (signés « RTE / Loup Gris ») avaient été réalisés sur le mémorial du soi-disant génocide arménien et sur les façades du musée de la culture arménienne à Décines vers Lyon. Même si aucune preuve de nature à identifier les auteurs de ces profanations n’a été soumise, les Franco-Turcs ont été accusés dans les médias. Suite à tous ces événements, le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin a annoncé la dissolution des « Loups Gris » en France. Le leader du Rassemblement National (RN), Marine Le Pen, a pour sa part visé l’association Milli Görüş dans un tweet en invitant Darmanin à « s’attaquer au vrai problème ».

Avec ce déferlement de haine envers les citoyens d’origine turque résidant en France (et même dans les autres pays européens), beaucoup les ont même accusés d’être derrière les attaques de Nice, Avignon et de Vienne alors qu’il s’est avéré au contraire que deux Autrichiens d’origine turque, Mikail Özen et Recep Tayyip Gültekin, s’étaient précipités au milieu de la fusillade pour mettre à l’abri des passants paniqués et secourir les premiers blessés, dont un policier.

En conclusion, alors qu’il existe en France de nombreux problèmes et difficultés qu’il faut résoudre à tout prix dans la politique intérieure comme la deuxième vague très inquiétante de l’épidémie de coronavirus, le président Erdoğan et les Franco-Turcs sont en quelque sorte devenus des « boucs émissaires ».

Il est grand temps pour le président Macron de se mettre autour d’une table pour chercher les moyens d’un dialogue constructif avec la Turquie et d’inviter les médias et élus à mettre un terme aux accusations sans fondement au sujet des Franco-Turcs qui contribuent grandement à la vie socioéconomique et politique de la France.

 

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