Lutte contre le terrorisme : La France s’attaque aux mauvaises personnes

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par Öznur Küçüker Sirene 

Lorsque vous vous rendez sur la page Twitter du président français Emmanuel Macron, vous voyez la phrase « Tenir Ensemble » en photo de couverture. « Unité nationale », « Tous Unis » : voici des expressions séduisantes que l’exécutif français a choisi comme devises après les terribles attentats de Conflans-Sainte-Honorine et de Nice. 

Or très rapidement cet appel à l’unité a connu ses limites : Il s’agissait en réalité d’une union contre « les ennemis de la République » dans une « patrie en danger » face au terrorisme dit islamiste. Sans essayer de chercher les véritables raisons de la radicalisation et du passage à l’acte des agresseurs ayant commis des attentats en France, le gouvernement français a choisi la facilité de faire le raccourci entre terrorisme et Islam, désignant ainsi les citoyens de confession musulmane comme des bouc-émissaires. 

Employant des termes tout aussi confus les uns que les autres (communautarisme, séparatisme, islamisme, radicalisme…), le gouvernement français a permis une libération dangereuse de la parole (qui a très vite dépassé les limites du « politiquement correct ») dans les médias et chez des politiques qui ont peu à peu commencé à débattre de la compatibilité de l’Islam avec les « valeurs de la république » ou la laïcité française. 

Républicanisme et islamophobie décomplexée étouffant les voix modérées 

Le principe de laïcité censé garantir la liberté de conscience s’est peu à peu transformé en du « laïcisme » ou la « néo-laïcité » consistant en une guerre idéologique contre les religions dont notamment l’Islam. Les intellectuels et universitaires suffisamment courageux pour dénoncer la polarisation de la société et ce nouveau concept de laïcisme ont à leur tour commencé à subir pression et lynchage publics en étant qualifiés d’« islamo-gauchistes » et injustement accusés d’être complices avec le « djihadisme religieux ». 

Désignés comme les « collabos des ennemis de la République » ou des « ennemis de l’intérieur » et face aux intimidations, ces savants modérés n’arrivent plus à se faire entendre dans l’ensemble du pays. 

Dans son article intitulé « ‘Les ennemis de la République’ : le feuilleton de la France islamophobe » dans Middle East Eye, Philippe Marlière nous avertit sur les dangers d’un républicanisme « qui remet au pas les universitaires critiques, qui pourfend les rayons de nourriture halal et casher dans les supermarchés, qui veut interdire le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), qui prône une laïcité islamophobe, qui estime que l’on n’a pas à se repentir de la colonisation (Jean Castex) ». 

Ce républicanisme traduit pour lui « la voix d’une France repliée sur elle-même, xénophobe, raciste, hostile par principe à toute forme d’altérité culturelle et cultuelle ». 

Affaire scandaleuse des enfants d’Albertville 

Une ligne rouge a sûrement été franchie lorsque 4 enfants (dont 3 d’origine turque) de 10 ans ont été emmenés par la police d’Albertville pour des accusations qui seraient liés à « l’apologie du terrorisme ». Retenus pendant plus de 11 heures par la police d’Albertville ces 4 élèves de CM2 ont été interrogés au sujet d’une discussion en classe autour des caricatures peu élogieuses sur le prophète Muhammed (saw) et la décapitation de Samuel Paty. 

Selon les accusations, les enfants auraient fait des remarques gênantes sur ces questions, accusations démenties par les parents (suspectés eux aussi d’être « radicalisés » et d’endoctriner les enfants) qui assurent qu’ils ne « parlent pas de ces sujets à la maison ».

L’une des familles des 4 enfants, interrogée par l’Agence Anadolu, a notamment dénoncé « la force démesurée » employée par la police pour venir chercher leur fille. Selon le témoignage du père sous le choc des événements, « avant 7 heures, les policiers ont frappé de façon à quasiment casser la porte » et « 10 policiers masqués et portant des armes longues sont entrées dans la maison » pour réveiller la fillette de son sommeil.

L’affaire a été médiatisée suite à l’article de l’agence Anadolu mais d’autres médias tels que la Savoie ont faussement prétendu que les enfants « avaient justifié les attentats terroristes et menacé de mort leurs enseignants ».

Malgré cette désinformation, l’affaire a très vite suscité une indignation générale au sein de la population française, suite à laquelle le ministère de l’Intérieur a décidé de poster une vidéo dans laquelle la porte-parole ministérielle justifie ces auditions. « Non, la police n’a pas usé d’une force démesurée ! Elle a appliqué le Code de procédure pénale », rassure-t-elle dans la vidéo.

Rien que la vidéo est la meilleure preuve que le ministère ait eu besoin de « se justifier » pour défendre l’indéfendable. D’autres sites d’informations plus indépendants et consciencieux tels que Mediapart qui est allé à la rencontre des familles des 3 des 4 écoliers de 10 ans, ont commencé à remettre en cause cette opération musclée ayant terrorisé et traumatisé à vie les enfants. Mediapart souligne dans son article que les récits des familles « contredisent les versions officielles et laissent penser à un emballement hors contrôle de l’administration, avec des déclarations confuses du procureur de Chambéry ». 

Dans l’un de ses derniers tweets, le président français Emmanuel Macron a écrit que « le terrorisme est une réalité européenne à laquelle nous devons apporter une réponse commune, coordonnée et rapide. C’est ce que nous avons acté aujourd’hui ». Or si des personnes vraiment radicalisées, les fichés S, ceux qui postent des contenus extrêmement dangereux sur les réseaux sociaux sont rarement inquiétées ou ne sont pas arrêtées à temps avant de passer à l’acte, l’Etat français s’attaque aux plus faibles comme dans le cas des 4 enfants de 10 ans, des associations humanitaires ou encore des citoyens pacifistes de confession musulmane qui ne posent aucun problème à la France. Deux exemples majeurs qui prouvent la lenteur de la réactivité du gouvernement français face à la menace terroriste sont l’agresseur de Samuel Paty, qui avait déjà posté fin août, selon Mediapart, un montage photo mettant en scène une décapitation et un militant de Génération Identitaire qui avait évoqué une action violente contre une mosquée sur une chaîne Telegram.

A partir de ces constats, nous pouvons conclure que la lutte antiterroriste de l’Etat français fait actuellement fausse route. Ce n’est sûrement pas en terrorisant des enfants ou discriminant des millions de Français de confession musulmane qui ont eux aussi leur place dans la République française que le gouvernement pourra lutter efficacement contre le terrorisme.

TRT FR

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