La Turquie, le « bouc émissaire » du gouvernement de Macron pour dissimuler les échecs

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par Öznur Küçüker Sirene

Le langage du gouvernement de Macron envers la Turquie devient tous les jours un peu plus menaçant.

Lors de son entretien du 31 octobre la chaîne Al Jazeera pour apaiser les tensions avec de nombreux pays musulmans qui ont commencé à boycotter les produits français suite à la publication des caricatures outrageuses à l’encontre du prophète Mohammed (saw) dans Charlie Hebdo et leur projection sur les façades des bâtiments publics, le président français Emmanuel Macron avait déjà prononcé des propos particulièrement agressifs envers son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan en demandant à ce qu’il « respecte la France, l’Union européenne, ses valeurs » et qu’il « ne dise pas de mensonges et ne profère pas d’insultes ».

Dans un long entretien à la revue Le Grand Continent le 16 novembre, Macron s’en est pris encore une fois à la Turquie mais aussi à la Russie, en déclarant qu’« il faut trouver des mécanismes de contournement pour encercler » les deux pays.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a aussi dénoncé le 5 novembre les « déclarations de violence, voire de haine » du président Erdoğan, évoquant à nouveau la possibilité de sanctions. Une éventualité évoquée aussi par le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, qui a déclaré que des sanctions pourraient être prises contre la Turquie dans certains secteurs économiques pour contrer son « islamisme agressif » aux portes de l’Europe.

Une politique étrangère remplie d’échecs

Ces accusations sans fondement et cette hostilité grandissante vis-à-vis de la Turquie s’expliquent bien évidemment par de nombreuses raisons dont notamment une rivalité croissante avec Ankara dans différentes régions du monde. Alors que la Turquie a déjoué tour à tour tous les plans de la France dans ces régions, la France s’en est retrouvée de plus en plus été écartée.

Dans un article du site d’information russe Sputnik, intitulé « En Orient, Poutine et Erdoğan mettent fin à la domination occidentale », Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe explique que la Turquie et la Russie dominent la scène diplomatique et militaire dans le Haut-Karabakh, en Syrie et en Libye au point même d’avoir exclu des processus de paix les États-Unis et leurs alliés européens (dont notamment la France).

Le mauvais bilan de la politique étrangère du gouvernement de Macron est aussi pointé du doigt par Mediapart qui a mis en avant « les travers et les ratés de la pratique très personnelle de Macron dans le domaine des affaires étrangères » avec des diplomates français et étrangers ainsi que des experts des relations internationales, qui ont qualifié ce bilan au mieux de « décevant », au pire de « calamiteux ».

Un bilan interne tout aussi chaotique

Ce n’est pas seulement la politique étrangère du gouvernement de Macron qui comporte des incohérences et paradoxes mais aussi sa politique intérieure condamnée tant par ses propres citoyens que par des journalistes et experts internationaux. Alors que la France est confrontée à une deuxième vague de l’épidémie liée au coronavirus et le gouvernement impose aux citoyens un second confinement, Annika Joeres, correspondante du journal allemand « Die Zeit » en France, estime dans un article publié le 12 novembre que les mesures anti-coronavirus décrétées dans l’Hexagone font ressembler le pays à l’« Absurdistan ».

En dehors de la gestion très contestée du coronavirus dans le pays, un autre sujet majeur qui fait débat est sans aucun doute la pression croissante exercée contre les Musulmans du pays sous prétexte de lutte contre « l’islam radical ». De la dissolution des ONG / associations humanitaires telles que le CCIF et Barakacity à l’interpellation de 4 enfants (dont 3 d’origine turque) de 10 ans pendant 11 heures par des policiers, tout laisse à penser que le gouvernement français adopte une politique de plus en plus discriminatoire et islamophobe. Des pratiques fermement condamnées par Amnesty International dans un article publié le 12 novembre avec le titre de « La France n’est pas la championne de la liberté d’expression qu’elle affirme être ». Dans son analyse, « le discours des autorités françaises sur la liberté d’expression ne suffit pas à masquer leur hypocrisie éhontée », souligne Amnesty International, rappelant les multiples dérives du gouvernement de Macron en matière de la liberté d’expression et des droits de l’homme comme par exemple la condamnation de 11 militants pour leur campagne en faveur du boycott des produits israéliens (en juin 2020, la Cour européenne des droits de l’homme a statué que ceci constituait une violation de leur droit à la liberté d’expression).

Le deux poids deux mesures du gouvernement au sujet de la liberté d’expression (complaisance avec les caricatures de Charlie Hebdo mais opposition avec les propos qui contredisent les actions du gouvernement) a également été souligné par un journaliste du New York Times dans son article publié le 15 novembre en français avec le titre de « Macron contre les médias américains ». Dans son article, Ben Smith explique comment Macron a accusé les médias anglo-saxons de « légitimer les violences » en n’affichant pas, selon lui, la solidarité nécessaire avec la France après les attentats commis sur le sol français. Le journaliste explique dans son article comment plusieurs journaux prestigieux dont le Financial Times ont dû retirer des articles suite aux plaintes du bureau de Macron.

Rappelons d’ailleurs comment lors de sa visite au Liban Macron s’en était pris publiquement au journaliste du Figaro Georges Malbrunot pour avoir révélé les entretiens du président français avec le Hezbollah.

Enfin, un autre sujet récent qui fait polémique dans le pays est le projet de loi sur la sécurité globale. « Nous craignons que l’adoption et l’application de cette proposition de loi puissent entraîner des atteintes importantes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales », a souligné le Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU dans un courrier de plusieurs pages adressé l’exécutif français. Les deux points les plus controversés de ce projet de loi sont l’interdiction au public de diffuser l’image de policiers et la légalisation de la surveillance par drone. Le peuple français craint que si la loi passe les bavures policières (cas fréquents en France comme celui de Cédric Chouviat) ne pourront plus être révélées et que les libertés individuelles seront plus limitées que jamais. Amnesty International met en garde contre le projet de loi sur la sécurité globale : « En France, des manifestants ont déjà reçu des amendes après avoir été identifiés par des caméras de surveillance. Avec ce projet de loi, cela pourrait se banaliser et de fait, dissuader les gens de participer à des manifestations », s’alarme-t-il.

En conclusion, le gouvernement de Macron devient de plus en plus autoritaire en adoptant des pratiques liberticides. Tant en interne qu’en relations internationales, il commet de nombreuses erreurs graves, ce qui crée un malaise grandissant au sein de la population française et une appréhension de la France à l’étranger. Dans un tel contexte compliqué, pour Macron, la Turquie est le sujet idéal pour faire diversion et faire oublier ces nombreux échecs au peuple français. Mais à trop vouloir isoler, sanctionner et punir la Turquie, Macron ne se rend même pas compte que c’est finalement son propre pays qu’il finit par isoler sur la scène internationale.

TRT FR

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