La France ne travaille pas pour une solution dans le Haut-Karabakh, mais pour la saper (étude)

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La France a été l’un des pays dont la position durant et après le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie a été débattue. Les propos des responsables français et les décisions françaises ne convenaient ni au droit international, ni au rôle de médiateur de la France, ni aux valeurs et aux priorités de l’Union européenne (UE), ni aux décisions des organisations internationales dont le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) en premier lieu. Malgré cela, la France persiste sur les politiques négatives. En résultat, l’Azerbaïdjan et la Turquie réagissent contre ces propos.

Les intérêts stratégiques de la France au Caucase et au Moyen-Orient, le lobby arménien en France, les rôles que les dirigeants français s’approprient au sein de l’UE et du système international, sont les facteurs principaux de la position de la France dans la question du Haut Karabagh, soit l’occupation des territoires azerbaïdjanais par l’Arménie. La France veut préserver son rôle de « mécène des chrétiens ». Elle a adopté des politiques concernant les Arméniens ottomans à partir de la seconde moitié du 19ème siècle, afin de manipuler cela contre l’Empire ottoman[1]. À partir des années 1890, les Arméniens se sont installés en France collectivement, et se sont servis de ce pays pour étudier, s’organiser, et s’étendre vers l’Europe de l’ouest et les États-Unis. La France s’est servi du facteur arménien face à l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale. Ayant échoué, elle a été l’un des pays les plus actifs dans l’émergence des allégations de « génocide ».

– L’intérêt de la France dans la question de Karabagh

La France s’implique dans la question de Karabagh à partir de la fin du 20ème siècle. L’une des démarches créant le problème a été entamée à Paris. Le conseiller à l’économie d’origine arménienne du leader soviétique, Mikhael Gorbatchov, Abel Aganbegyan avait évoqué des allégations en 1987 à Paris, selon lesquelles la région autonome du Haut-Karabagh de l’Azerbaïdjan sera rattachée à l’Arménie. C’est considéré comme l’une des premières démarches provocatrices.[2]

Le Conseil des ministre des Affaires étrangères du l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) s’est réuni à Helsinki le 24 mars 1992. L’Azerbaïdjan, les États-Unis, l’Allemagne, l’Arménie, la Biélorussie, la Suède, l’Italie, la France, la Turquie, la Tchéquie et la République fédérale de Slovaquie ont décidé d’organiser une conférence à Minsk pour résoudre le problème. La France a été désignée l’un des pays médiateurs qui contribueront à la résolution du problème.[3] La conférence n’a pas eu lieu à Minsk à cause de l’approche négative de l’Arménie. La France n’a donc pas pu jouer un rôle actif au début mais a suivi de près les développements. En avril 1993, elle a même légèrement condamné l’occupation de la ville azerbaïdjanaise de Kalbadjar par l’Arménie. [4] Cependant, en compagnie de quelques autres États, la France a essayé d’empêcher que l’Arménie ne soit ouvertement accusée de l’occupation de Kalbadjar, dans la résolution du Conseil de sécurité, malgré le rapport clair et nette du rapporteur spécial du Secrétaire général de Nations unies (ONU).

La France est devenue pays co-président du Groupe de Minsk de l’OSCE en 1997. Son rôle dans la question de Karabagh s’est alors intensifié. Selon les déclarations du Président azerbaïdjanais de l’époque, Haydar Aliyev, la France a voulu elle-même ce rôle, mais la partie azerbaïdjanaise n’a pas été en faveur de cette proposition à cause du fait que le lobby arménien est actif dans ce pays. Les responsables français ont souligné que le lobby arménien n’influencera pas les politiques de la France, mais que la France influencera les politiques de l’Arménie via ce lobby arménien. La France avait en outre promis de contribuer aux efforts pour trouver une solution. En effet, le Président français, Jacques Chirac a déployé des efforts qui menaient quasiment vers la paix en 1997. Le 10 octobre 1997, les Présidents azerbaïdjanais et arméniens avaient dit être très proches d’une solution, qu’ils acceptaient largement les propositions des co-présidents (le « plan graduel »). [5] Mais en février 1998, Levon Ter-Petrosyan a été contraint à démissionner et Robert Kocharian est arrivé au pouvoir le mois suivant. Ainsi, l’Arménie a officiellement retiré sa réponse positive au « plan graduel » et les efforts ont échoué.

Les pourparlers de paix, qui ont été affaiblis après l’attaque terroriste contre le Parlement arménien en 1999, ont été relancés lorsque les dirigeants de ces deux pays étaient en France en raison de l’adhésion de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie au Conseil de l’Europe en janvier 2001. En janvier mars 2001, des négociations ont eu lieu à Strasbourg et à Paris, puis les 4 et 5 mars 2001, à Paris, avec la médiation de Jacques Chirac, et une conférence de presse commune a eu lieu.[6] Chirac a exprimé l’espoir que “les négociations se déroulaient dans un environnement agréable”, que des développements positifs avaient été réalisés et qu’un accord de paix serait signé dans l’année en cours. Selon les informations publiées des années plus tard, les parties étaient vraiment proches d’une solution, et même environ un mois après ces pourparlers, de nouveaux pourparlers ont eu lieu aux États-Unis, mais “l’opposition de certaines forces extérieures” a empêché le succès du processus au dernier moment.

– La France n’est pas la solution mais fait partie de la solution

Après ce point, la position de la France dans le processus de paix s’est progressivement affaiblie. Les coprésidents français se sont rendus dans la région en délégations, les présidents français ont fait des déclarations sur le problème avec d’autres coprésidents ou seuls, mais le rôle de la France dans la résolution du problème n’était plus aussi fort qu’auparavant. En ce sens, la dernière tentative de médiation sérieuse de la France a peut-être été la rencontre entre les chefs d’État de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie à Paris le 27 octobre 2014, sous la médiation du Président François Hollande. Une déclaration de l’Elysée a affirmé que le sommet était une continuation de la visite de François Hollande dans le Caucase du 11 au 13 mai, soulignant que la France a de nouveau rempli ses obligations en tant que coprésidente afin de trouver une solution pacifique au conflit du Karabakh 20 ans après le cessez-le-feu. La France a annoncé qu’elle encourageait les dirigeants des deux pays à intensifier leurs efforts pour résoudre le problème de façon permanente, conformément aux principes du droit international, et que le statu quo dans la région ne pouvait être défendu.

La seule initiative importante dans laquelle le nom de la France est spécifiquement inclus dans le processus ultérieur est la réunion entre les ministres des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie le 16 janvier 2019 a eu lieu à Paris.[7] La France, malgré sa rhétorique critiquant le statu quo sous l’ère Hollande, n’est pas la solution mais fait partie de la solution, depuis 19 ans. Surtout pendant les périodes Sarkozy et Macron, la France a développé des discours et essayé de prendre des mesures qui trahissaient ses propres principes de politique étrangère et de droit international. En juillet-septembre 2020, elle est devenu l’une des forces les plus importantes à provoquer l’Arménie contre L’Azerbaïdjan, et à partir du 27 septembre 2020, pendant la guerre qui a commencé en raison des provocations de l’Arménie, elle a de nouveau pris une position contraire au droit international et aux décisions des organisations internationales sur le problème. Bien que certains attribuent ces mesures de la France (en particulier de l’administration Macron) à l’influence du lobby Arménien dans ce pays, il est possible de deviner que les principales justifications sont différentes. Sans aucun doute, au cœur des politiques actuelles, ainsi que d’autres facteurs, se trouve le malaise face à l’augmentation de l’influence de la Turquie et la perte d’influence de la France au Moyen-Orient et dans le Caucase. En essayant de saboter de manière significative le processus, la France tente de se “rallier” l’Arménie. Il semble que les accusations sans fondement portées par la France tout au long de la guerre, la décision prise par le parlement français après la guerre contre le droit international et la rhétorique des politiciens français vont partiellement fonctionner en termes de sabotage du processus. Mais dans quelle mesure la France atteindra ses objectifs plus larges, cela dépendra davantage de l’engagement de la Russie, de la Turquie et de l’Azerbaïdjan pour une solution permanente au problème.

En fait, ce qui est demandé à la France et aux autres puissances importantes s’est d’agir dans le respect du droit international, d’assurer l’application des résolutions 822, 853, 874 et 884 du Conseil de sécurité des Nations unies sur le conflit du Karabakh, et de soutenir l’Azerbaïdjan. Mais il semble que la France n’ait pas non plus réussi à le faire. En résumé, la France agit comme un provocateur qui est officiellement sur la liste des médiateurs pour la solution du problème et même (en tant que coprésident du groupe de Minsk de l’OSCE), alors que l’État a déjà travaillé dans cette direction, tente actuellement de saper le processus.

« Ils avaient la chance de garder la bouche fermée, mais malheureusement, ils ont raté cette chance », des propos du président français, Jacques Chirac, envers les pays européens qui ont soutenu l’invasion américaine de l’Irak. Actuellement, cette phrase peut être considérée comme le meilleur résumé de la situation à laquelle la France est parvenue concernant le conflit du Karabakh.

[Araz Aslanli, chef du Département de l’Académie Nationale des Douanes d’Azerbaïdjan, est également président du Centre Caucasien pour les Relations internationales et les études stratégiques (QAFSAM)]

[1] Şenol Kantarcı, “Tarih Boyunca Türk – Ermeni İlişkileri ve Ermeni Sorunu’nun Ortaya Çıkışı” , http://dunyasavasi.ttk.gov.tr/upload/files/Ermeni_Kulliyat/9-Cilt/11-SenolKANTARCI.pdf , s. 200-2004.

[2] Thomas de Waal, Black garden: Armenia and Azerbaijan through peace and war, New York University Press, 2003, s. 20.

[3] Araz Aslanlı, Karabağ Sorunu ve Türkiye-Ermenistan İlişkileri, Ankara, Berikan Yayınevi, 2015, s. 63.

[4] Nazim Cafersoy, Elçibey Dönemi Azerbaycan Dış Politikası (Haziran 1992-Haziran 1993), Ankara, ASAM yayını, 2001, s. 85.

[5] “Armenian, Azerbaijani presidents meet”, http://www.hri.org/news/balkans/rferl/1997/97-10-13.rferl.html (8 Temmuz 2012).

[6] Araz Aslanlı, “Küresel ve Bölgesel Aktörlerin Son Girişimleri Işığında Karabağ Sorunu: Çözüme Doğru mu?”, Stratejik Analiz, Nisan 2001, s. 56.

[7] “Münaqişənin həlli prosesi”, https://mfa.gov.az/az/content/111/munaqisenin-helli-prosesi

 

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