Turquie / Qatar : Vers une alliance encore plus approfondie

Turquie / Qatar : Vers une alliance encore plus approfondie

 

par Öznur Küçüker Sirene

Après la récente visite du prince héritier d’Abou Dabi Mohammed ben Zayed (MBZ) en Turquie, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a effectué une visite à Doha dans le cadre de la 7ème réunion du Haut Comité stratégique Turquie/Qatar.

Les deux pays ont signé au total 15 accords bilatéraux dans divers domaines, allant de la gestion des catastrophes au développement durable, en passant par les finances, la sécurité, la culture et le tourisme, le commerce, la jeunesse et les sports, la santé, l’enseignement supérieur ou encore les affaires religieuses.

L’objectif de la visite du président turc au Qatar était de développer la coopération de son pays avec Doha ainsi qu’avec les autres pays du Golfe. Lors de la conférence de presse qu’il a tenue à l’aéroport Atatürk d’Istanbul avant son départ pour le Qatar, le président Erdoğan a annoncé qu’il saluait « les efforts diplomatiques pour rouvrir la voie du dialogue dans la région du Golfe et dissiper les malentendus », tout en soulignant que la Turquie souhaite développer ses relations « sans distinction » avec les pays du Golfe.

Alliés pour le meilleur et pour le pire

La Turquie et le Qatar ont établi une alliance assez forte au fil des années. Leurs points de vue et positions similaires sur des événements tels que la guerre civile syrienne, la révolution égyptienne de 2011, le chaos qui règne en Libye les ont rapprochés.

L’émir du Qatar Tamim ben Hamad Al-Thani a apporté un soutien ferme au président Erdoğan lors du putsch manqué du 15 juillet 2016 en Turquie.

En 2016, les deux pays ont signé un accord pour la construction au Qatar d’une base militaire turque permanente. Dans le cadre de cet accord, la Turquie disposera à terme d’une présence militaire d’environ 3 000 soldats dans le golfe Persique.

En juin 2017, la Turquie a envoyé une importante aide militaire et humanitaire au Qatar après sa mise sous quarantaine par le quatuor arabe (l’Arabie saoudite, l’Egypte, les Emirats arabes unis et le Bahreïn). Dès l’annonce du blocus contre le Qatar, la Turquie a immédiatement déploré l’isolement et les sanctions contre son allié.

Aujourd’hui, le volume des projets menés par des entrepreneurs turcs au Qatar est de l’ordre de 15 milliards de dollars. Parmi les investisseurs étrangers en Turquie, le Qatar s’est hissé au 2e rang en cinq ans seulement.

Après des convergences de vue en Syrie, en Libye et en Egypte, les deux alliés se sont également retrouvés sur le terrain afghan. Les deux pays sont candidats pour gérer l’aéroport de Kaboul à condition d’assurer une entente avec les talibans sur l’aspect technique et les aspects sécuritaires.

Rééquilibrage géopolitique dans le Golfe

La levée de l’embargo contre le Qatar au début de l’année a également permis à la Turquie de réchauffer ses relations avec les autres pays du Golfe.

Selon un article de Middle East Eye, « les responsables estiment que les Émiratis se sont tournés vers la Turquie après s’être sentis de plus en plus isolés dans la région ». Si les relations entre les EAU et l’Arabie saoudite se sont récemment dégradées, le retrait américain de la région et leur crainte de rester seuls face à l’Iran ont poussé les EAU de recalculer leur position. En guise de rapprochement avec la Turquie, les EAU se sont engagés à investir 10 milliards de dollars dans le pays. La Turquie envisage aussi un rapprochement « progressif » avec Israël et l’Égypte. Tous ces développements reconfigueront la situation géopolitique dans la région.

Il est également intéressant de noter que pendant que la Turquie se rapproche des pays du Golfe, le président français Emmanuel Macron aussi a effectué une tournée dans la région.

Les objectifs déclarés de sa tournée des 3 et 4 décembre dans le Golfe persique, aux Emirats arabes unis puis au Qatar et enfin en Arabie saoudite étaient les suivants : renforcer la lutte contre le terrorisme, poursuivre les efforts entamés pour la stabilisation régionale du Moyen-Orient, et développer et amplifier le partenariat économique entre la France et ces trois Etats.

Sur le plan économique, la visite de Macron dans les 3 Etats du Golfe a été plus que fructueuse. Les EAU et la France ont signé un accord pour l’achat de 80 avions de combat Rafale et 12 hélicoptères Caracal. Selon la ministre française des Armées, Florence Parly, il s’agit d’un « contrat historique » d’une valeur, selon les agences de presse internationales, de 17 milliards d’euros. De la même manière, en Arabie saoudite aussi, quelque 12 milliards d’euros de commandes ont été signés.

Premier chef d’Etat à visiter le prince héritier d’Arabie saoudite, Macron a reçu de vives critiques de la part de l’opinion publique.

En conclusion, nous voyons que l’arrivée au pouvoir de Joe Biden aux Etats-Unis, le retrait américain d’Afghanistan, la crise économique mondiale due à l’épidémie de coronavirus ont conduit les pays à revoir leur politique étrangère.

La prochaine étape sera probablement un réchauffement des relations entre la Turquie et la France qui auront beaucoup plus d’avantages à tirer l’une de l’autre en tant qu’alliés, plutôt qu’en tant que rivales.

 

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