Les Etats-Unis instrumentalisent la « démocratie » pour leurs intérêts

Les Etats-Unis instrumentalisent la « démocratie » pour leurs intérêts

« Le sommet pour la démocratie » organisé à l’initiative de Joe Biden a provoqué des polémiques en raison du choix peu convaincant des pays invités. Des experts internationaux se sont interrogés si les Etats-Unis cherchaient à promouvoir la démocratie ou plutôt leurs propres intérêts dans le monde.

par Öznur Küçüker Sirene

« Un sommet pour la démocratie » virtuel a eu lieu les 9 et 10 décembre conformément à la promesse de campagne du président américain Joe Biden. Une centaine de pays et territoires ont participé au sommet.

Le choix des invités a fait couler beaucoup d’encre et a montré que la démocratie est une fois de plus instrumentalisée par les Etats-Unis pour leurs propres intérêts.

« Sommet pour la démocratie, vous voulez rire ! », a titré le quotidien suisse Le Temps.  « Cette initiative relève du canular », a déploré la chroniqueuse de l’article. Le Monde aussi a publié un article similaire sous le titre de « Le sommet pour la démocratie de Joe Biden a déçu ». « La liste des invités a trahi l’embarras américain. Le critère des intérêts régionaux de Washington l’a souvent emporté sur la nature des régimes conviés, dont au moins un tiers laissait à désirer », a critiqué l’auteur de l’article, soulignant que « la République démocratique du Congo ou le Brésil ont figuré parmi les méritants, mais ni la Turquie ni la Tunisie ».

En effet la liste d’invités déterminée par Joe Biden en parallèle avec les intérêts américains qui « semble diviser le monde entre bons et méchants » a été loin de faire l’unanimité. Si des pays tels que la Turquie, l’Azerbaïdjan voire la Hongrie pourtant membre de l’Union européenne en étaient écartés, d’autres pays dont Israël, l’Irak ou encore Taïwan ont figuré parmi les invités.

Le recul dramatique de la démocratie aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ne cessent de se comporter en tant qu’ambassadeurs de la démocratie libérale dans le monde mais en réalité ils sont les derniers à pouvoir se permettre de donner des leçons de démocratie.

Selon Bruce Jentleson, professeur de sciences politiques à l’Université Duke, les Etats-Unis ont des « problèmes plus importants que n’importe quelle autre démocratie occidentale ». Pour appuyer son propos, il a donné l’exemple récent de l’assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump. « On a attaqué le Congrès, c’était une tentative de coup d’État. On n’a pas vu cela se produire à Paris, au Bundestag (allemand) ou au siège de l’Union européenne à Bruxelles », a-t-il souligné.

« Le pays a dégringolé de onze points en dix ans [de 2010 à 2020] dans le palmarès de la santé démocratique dans le monde de l’organisation Freedom House, pourtant en partie financée par le département d’État américain », précise RFI.

Les graves violations de la démocratie et des droits de l’homme aux Etats-Unis sont extrêmement nombreuses. On peut en citer quelques exemples pour l’illustrer : le meurtre de l’afro-américain George Floyd par un policier, le risque d’extradition du fondateur de Wikileaks Julian Assange vers les Etats-Unis, qui risque une peine de 175 ans de prison ou encore des lois votées dans plusieurs États fédérés comme la Géorgie ou le Texas pour restreindre de manière drastique l’accès au vote des minorités ethniques.

L’opinion publique internationale n’a pas non plus oublié à quel point des pays tels que l’Irak, ont été dévastés après que les Etats-Unis ont décidé d’y « apporter la démocratie » ou tout le traitement inhumain et les tortures subies par des détenus du centre de détention de Guantanamo.

Défi contre la Russie et la Chine, message à la Turquie

Par l’organisation d’un tel sommet dont certains pays étaient exclus, les Etats-Unis ont avant tout tenté de déstabiliser leur adversaire principal chinois de deux manières : d’une part, en invitant Taïwan que la Chine considère comme « une province chinoise même s’il ne la contrôle pas » et d’autre part, en annonçant qu’ils n’enverraient aucun représentant diplomatique aux Jeux olympiques d’hiver de Pékin en février pour protester contre les violations des droits humains en Chine.

« Des sources diplomatiques en France laissent poindre des inquiétudes sur la finalité du sommet : l’administration Biden tente-t-elle de constituer un front commun contre Pékin sous couvert de promotion de la démocratie ? », s’interroge RFI.

« Que les États-Unis s’autorisent à définir qui est un ‘pays démocratique et qui n’est pas éligible à ce statut relève d’une mentalité de Guerre froide », ont ainsi écrit dans une tribune conjointe les ambassadeurs russe Anatoli Antonov et chinois Qin Gang.

De la même manière, le choix américain de ne pas inviter la Turquie au sommet pour la démocratie a été interprété comme une façon de « punir Ankara » en raison de son rapprochement avec Moscou et Pékin.

Les relations des deux alliés au sein de l’OTAN se sont fortement dégradées au cours des dernières années notamment après l’achat des S-400 russes par la Turquie, ce qui a provoqué l’exclusion d’Ankara du programme de fabrication du F-35. De nombreux autres sujets tels que le soutien des Etats-Unis au groupe terroriste PKK / YPG en Syrie, la reconnaissance par Biden des événements de 1915 comme « un génocide » ou encore le soutien américain à la Grèce en Méditerranée orientale représentent des sources de tension entre Ankara et Washington.

En conclusion, le « sommet pour la démocratie » de Joe Biden n’a pas convaincu grand monde. Le sommet ressemblait plus à une tentative de créer un bloc uni contre les adversaires des Etats-Unis qu’une démarche sincère pour promouvoir la démocratie dans le monde.

Comme le résume très bien le magazine Slate, « à ce jour, les États-Unis sont considérés comme une ‘anocratie’, c’est-à-dire un pays n’étant ni tout à fait une démocratie, ni tout à fait une dictature. Y aura-t-il encore des pays qui pourront prendre les États-Unis au sérieux lorsqu’ils parleront de démocratie et d’État de droit ? ».

TRT FR

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