Conflit Ukraine-Russie : La Turquie pourrait éviter le pire par sa médiation

Conflit Ukraine-Russie : La Turquie pourrait éviter le pire par sa médiation

 

 

par Öznur Küçüker Sirene

 

Près de huit ans après l’annexion de la Crimé, où la tension est montée d’un cran entre l’Ukraine et la Russie lorsque Moscou a déployé environ 100.000 soldats à la frontière entre les deux pays. Kiev n’est bien évidemment pas resté les bras croisés face aux manœuvres militaires de la Russie et a fait des essais de missiles antichar dans le Donbass. L’Ukraine se prépare aussi à l’éventualité d’un conflit frontalier en formant une centaine de millier de réservistes à l’usage d’armes de guerre. Selon les chiffres transmis par Le Figaro, « l’Ukraine combat depuis 2014 dans l’est du pays des séparatistes pro-russes, dans une guerre qui a fait 13.000 morts ».

Le monde entier s’interroge aussi comment réagiraient les puissances occidentales face à un éventuel scénario d’« invasion » de l’Ukraine par la Russie. Si pour l’instant rien ne garantit que Washington ou les pays de l’UE prendraient le risque de se ranger du côté de l’Ukraine pour affronter les forces russes, des mises en garde et avertissements contre Moscou ne se sont pas fait attendre.

L’OTAN a annoncé que « toute future agression russe contre l’Ukraine aurait un prix élevé et aurait de graves conséquences politiques et économiques pour la Russie ». L’Ukraine n’est pas un membre de l’OTAN donc l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord – qui stipule qu’une attaque contre l’un des membres de l’Alliance constitue une attaque contre tous les autres – ne serait pas envisageable. Or en cas d’invasion de l’Ukraine par la Russie, les membres de l’OTAN pourraient se mettre d’accord pour imposer de sévères sanctions économiques et politiques contre Moscou afin d’éviter d’autres agressions.

La Russie, quant à elle, dément tout projet d’agression et se dit au contraire « victime de manœuvres politiques, militaires et diplomatiques toujours plus menaçantes de l’OTAN ». Pour l’Ukraine, le seul véritable bouclier face à la Russie serait l’adhésion du pays à l’UE mais aussi à l’OTAN. Or une telle hypothèse est juste inconcevable aux yeux de la Russie qui a même dévoilé le 17 décembre des propositions de traités pour « limiter drastiquement l’influence américaine et de l’OTAN dans son voisinage ». Selon les deux textes présentés, tout élargissement de l’OTAN -notamment à l’Ukraine- et tout établissement de bases militaires américaines dans les pays de l’ex-espace soviétique devraient être interdits.

La Turquie en position de médiatrice

Dans un tel contexte de vives tensions entre l’Ukraine et la Russie, des tentatives de désescalade seront entreprises avec des pourparlers prévus entre Moscou et Washington le 10 janvier, entre la Russie et l’OTAN le 12 janvier et enfin entre la Russie et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) le 13 janvier.

Un pays qui tient plus particulièrement à la bonne entente de l’Ukraine et de la Russie c’est bien la Turquie. Pour le magazine Atalayar, « la Turquie pourrait être un grand bénéficiaire des tensions entre la Russie et l’Ukraine ». « Les bonnes relations avec les deux pays favorisent leur position de médiateur tout en menant des échanges militaires avec les Russes et les Ukrainiens », explique le magazine.

Maintenant expliquons la position et le raisonnement de la Turquie dans ce conflit : Tout d’abord il convient de préciser que la Turquie possède d’excellents rapports à la fois avec la Russie et l’Ukraine. Début décembre, elle a même proposé sa médiation dans le conflit entre les deux pays.

Au cours de ces dernières années, le rapprochement de la Turquie avec la Russie a commencé à gêner les pays de l’UE et de l’OTAN, ce qui a même valu des sanctions à Ankara en raison de l’achat des S-400 russes. Le partenariat stratégique turco-russe est visible dans plusieurs domaines allant du commerce au tourisme en passant par la défense et l’énergie. « Nos relations commerciales et touristiques se dégagent rapidement des effets de la pandémie. Cette année, nous approcherons d’un volume commercial de 30 milliards de dollars. Nous aurons accueilli environ 5 millions de touristes russes. L’énergie est un pilier important de notre coopération. Le projet TurkStream est devenu opérationnel l’année dernière. À la centrale électrique d’Akkuyu, les travaux avancent conformément au calendrier. Nous mettrons en service la première unité en 2023 », a informé le 19 décembre le chef de la diplomatie turque Mevlüt Çavuşoğlu.

De l’autre côté, la Turquie a aussi réussi à développer une coopération stratégique avec l’Ukraine notamment dans les domaines de la défense et de l’industrie par le biais d’accords pour la technologie des navires de guerre, d’avions et de fusées. Disposant actuellement de 12 drones aériens « Bayraktar TB2 » dans son inventaire, l’Ukraine prévoit d’acheter 48 drones turcs supplémentaires. De plus, Kiev a déclaré vouloir développer son propre centre de production de drones Bayraktar sur son territoire. Bien évidemment, l’utilisation de drones turcs par l’Ukraine suscite la réaction de Moscou.

Alors comment expliquer que la Turquie soit aussi proche avec les deux pays en conflit ? Selon des experts en relations internationales, même si la Turquie est un allié de Moscou, elle tient à conserver un équilibre en mer Noire avec une Ukraine forte et stable face à la Russie. C’est aussi pour cette raison que la Turquie condamne l’annexion de la Crimée et soutien l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Si Moscou se plaint de la vente de drones turcs à l’Ukraine, la Turquie se justifie en expliquant qu’en cas de nécessité, elle aussi, elle a acheté des S-400 russes malgré les condamnations de l’OTAN.

La Russie ne peut pas risquer de perdre un allié aussi précieux que la Turquie qui est aussi membre de l’OTAN.  Ankara a d’ailleurs exhorté le 27 décembre la Russie et l’OTAN à « venir à la table avec des propositions que les deux parties peuvent accepter ».« Une approche unilatérale et contraignante ne sera pas acceptable, de quelque côté qu’elle vienne », a mis en garde le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu.

En conclusion, sa position géostratégique, ses bons rapports avec l’Ukraine et la Russie, son rôle clé au sein de l’OTAN avec la deuxième armée la plus importante en termes d’effectif font sans aucun doute de la Turquie un pays clé dans la résolution du conflit entre Kiev et Moscou. Espérons que la Turquie utilise ses atouts pour éviter le pire et assurer la paix et la stabilité dans la région.

TRT FR

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