Turquie / France : Il est temps de développer les points et intérêts communs (étude)

Turquie / France : Il est temps de développer les points et intérêts communs (étude)

 

par Öznur Küçüker Sirene

L’année 2022 sera sûrement celle de grands changements à la fois pour les plus grands pays de l’Union européenne (UE) et pour l’UE elle-même.

En Allemagne, après 16 ans passés au pouvoir, la chancelière Angela Merkel a cédé sa place à Olaf Scholz. En 2022, l’Allemagne assurera aussi la présidence tournante du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et UE) afin de gérer plusieurs dossiers importants tels que la gestion de la pandémie et la crise climatique.

De son côté, la France aussi connaîtra une grande transformation en 2022. A compter de janvier 2022, la France a pris la présidence de l’UE pour six mois. A la même date, succédant à la Turquie, la France a pris pour 1 an la tête de la force militaire de l’OTAN ayant le plus haut niveau de disponibilité opérationnelle, officiellement connue sous le nom de « Force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation (VJTF) de l’OTAN ». Enfin, l’élection présidentielle française de 2022 aura lieu au mois d’avril.

Pour l’instant, selon les sondages les plus récents, parmi plus de 30 candidatures à la présidentielle 2022 qui ont déjà été rendues publiques, les candidats favoris sont successivement l’actuel président de la République Emmanuel Macron, la candidate de la droite Valérie Pécresse, la candidate du parti d’extrême droite Rassemblement national (RN) Marine Le Pen et le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour.

L’Union européenne aussi sera profondément impactée face à tous ces grands changements. Les spécialistes en relations internationales se demandent déjà s’il y aura une nouvelle compétition entre la France et l’Allemagne au sujet du leadership de l’UE. On s’interroge également sur l’avenir des relations de l’UE avec des pays tels que la Pologne et la Hongrie privées de fonds européens en 2022, notamment après le Brexit.

Un autre sujet qui reste ambigu pour l’instant est de savoir si la France adoptera une approche plus « constructive » vis-à-vis de la Turquie et si un éventuel rapprochement franco-turc pourrait réchauffer les relations entre Ankara et l’UE.

Non seulement l’UE mais aussi le reste du monde en pleine transformation

Le monde ne change pas uniquement du côté de l’UE. Afin de modeler la période post-pandémique et de réaliser leurs ambitions mondiales, toutes les grandes puissances mondiales mettent en marche des projets et alliances.

Les Etats-Unis et l’OTAN voient clairement la Russie et la Chine comme leurs adversaires principaux. Or dans ce jeu de compétition, les Etats-Unis peinent à convaincre leurs alliés occidentaux de leur envie de coordonner leurs actions avec eux. Des évènements tels que le retrait précipité des troupes américaines sans coordination avec les troupes européennes, l’annonce de l’alliance Aukus (Australie, Royaume-Uni, Etats-Unis), négocié dans le dos de Paris et la crise des sous-marins entre la France et les Etats-Unis, ont fait diminuer la crédibilité et la fiabilité des Etats-Unis aux yeux des pays européens.

Quant à la Chine et à la Russie, elles continuent à avancer leurs pions dans différentes régions du monde. Afin de contrer le programme pharaonique des Chinois (One Road, One Belt) visant à revitaliser les routes de la soie et signer la montée en puissance de la Chine dans le monde, l’UE s’apprête à mobiliser 300 milliards d’euros de fonds d’ici à 2027 avec le projet « Global Gateway ».

La Russie souhaite, pour sa part, éviter à tout prix l’avancée des troupes de l’OTAN à ses frontières. Pour cela, elle exerce une influence considérable sur les pays voisins. En pleine crise avec l’Ukraine -on parle déjà des scénarios d’« invasion »-, Moscou veut empêcher à tout prix l’intégration de Kiev à l’UE et à l’OTAN. De l’autre côté, la Russie se rapproche davantage de la Biélorussie avec la signature d’un paquet de « 28 programmes » pour renforcer l’« Union Russie-Biélorussie » alors que le président ukrainien Loukachenko est en conflit avec l’UE. D’ailleurs dans la crise des migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, beaucoup ont pointé du doigt la responsabilité de la Russie.

Initiant une nouvelle ère avec la Turquie, la France peut jouer un rôle rassembleur

Dans un tel contexte de transformation mondiale, un pays reste au cœur de tous les enjeux : La Turquie. Elle a joué un rôle clé dans tous les principaux événements et conflits mondiaux, allant du conflit du Haut-Karabakh à la guerre civile en Syrie en passant par l’Afghanistan. Elle a également développé une importante alliance avec la Russie et la Chine, tout en possédant la deuxième armée la plus importante de l’OTAN en termes d’effectifs et en restant proche de l’Ukraine.

Si le président Macron veut renforcer la place de l’UE et de l’OTAN dans le monde, un rapprochement avec la Turquie est inévitable. De la même manière, l’amélioration des relations franco-turques permettrait à la France de peser davantage face à des alliés (qui sont aussi aujourd’hui des adversaires) tels que les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

C’est d’ailleurs le conseil que donne Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po et membre du Conseil scientifique de la Fondapol, au gouvernement français dans son article publié fin 2021 sur Les Echos. Dans sa chronique intitulée « Refonder notre relation avec la Turquie », Daziano propose notamment de renégocier l’union douanière et de « vendre des Rafale » à la Turquie. « La Turquie a conclu un accord commercial avec le Royaume-Uni et accroît ses relations avec la Chine. L’avenir de la Turquie doit s’inscrire dans le cadre de ses échanges avec l’Europe, son premier débouché commercial », précise-t-il. De la même manière, rappelant le souhait de la Turquie de moderniser sa flotte de F-16 et son exclusion du programme des F-35, il souligne que « l’Union européenne, la France et la Turquie pourraient trouver des champs de coopération communs ».« Vendre des Rafale à la Turquie permettrait de renforcer le pilier européen de l’OTAN. De son côté, la Turquie pourrait faire profiter l’Europe de sa maîtrise des drones de combat », avance-t-il.

Aujourd’hui, la Turquie et la France partagent de nombreuses préoccupations communes dont notamment la gestion de la pandémie, la crise migratoire et la lutte contre le terrorisme. Dans ces domaines aussi, la Turquie occupe une place centrale. Rappelons sa lutte efficace contre tout type d’organisation terroriste (PKK/YPG, FETÖ, Daech), ses efforts afin d’empêcher l’afflux migratoire en Europe (notamment par le biais d’un accord sur les migrants signé en 2016 avec l’UE) ou encore son aide humanitaire et médicale dans le monde.

Pendant les premiers mois de l’année 2022, Macron devrait chercher les moyens de coopérer efficacement avec la Turquie. En fonction des résultats de l’élection présidentielle 2022, Macron ou son successeur devrait aussi adopter une nouvelle politique plus constructive vis-à-vis de la Turquie en tenant compte de son nouveau rôle majeur sur la scène internationale.

 

TRT FR

Partager cet article? https://turquie2023.com/S3NWC0