L’UE devrait considérer la Turquie comme un pays candidat et non un adversaire (étude)

L’UE devrait considérer la Turquie comme un pays candidat et non un adversaire (étude)

 

par Öznur Küçüker Sirene

En suivant les informations de la presse française sur la Turquie, un article a attiré toute mon attention : Dans cet article du Figaro intitulé « La politique de l’UE dans les Balkans épinglée », l’aide financière des 27 Etats de l’UE pour favoriser l’État de droit dans six pays des Balkans (Albanie, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo) est jugée inefficace. Pour raison, l’auteur de l’article pointe du doigt l’influence des « pays adversaires » dans la région. 

« Cette critique sévère pourrait encore retarder l’adhésion à l’Union européenne de l’Albanie, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. Une telle hypothèse risque d’accroître la frustration de ces nations, et les pousser à se tourner vers des adversaires notoires de l’UE, comme la Russie, la Turquie ou la Chine, qui cherchent à étendre leur influence dans la région », dit-il, précisant que « la Turquie mobilise son histoire commune avec certains de ces pays ayant appartenu à l’Empire ottoman pour avancer ses pions ».

Il est intéressant de constater qu’aujourd’hui les pays européens ne sont plus dans une perspective d’adhésion de la Turquie à l’UE mais plus dans une approche de rivalité avec Ankara. 

Plus de 60 ans d’attente devant la porte européenne

L’aventure de la Turquie avec la construction européenne commence il y a plus de 60 ans, plus précisément lorsque le 31 juillet 1959, en vertu de l’article 238 du traité de Rome, le Premier ministre turc de l’époque adresse à la Communauté économique européenne (CEE) une demande d’association. Le 12 septembre 1963, l’accord d’association entre la Turquie et la Communauté économique européenne, surnommé « accord d’Ankara », est signé.

L’année 1992 est marquée par la signature du traité de Maastricht qui crée l’Union européenne. La Turquie est officiellement reconnue candidate, 7 ans après, plus précisément le 12 décembre 1999, lors du Conseil européen d’Helsinki. Et 6 ans plus tard, le 3 octobre 2005, les dirigeants de l’UE se mettent d’accord au sommet de Bruxelles pour ouvrir des négociations d’adhésion avec la Turquie.

Depuis 2005, sur un total de 35 chapitres de négociations avec la Turquie, 16 ont été ouverts et seul le chapitre concernant la science et la recherche a été clôturé.

Les négociations d’adhésion d’Ankara à l’UE sont au point mort notamment depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 en Turquie. Si l’UE explique la mise à l’écart de la Turquie par sa profonde inquiétude face au soi-disant « recul dans les domaines de la démocratie, de l’État de droit et des droits fondamentaux », Ankara met l’accent sur « l’approche à deux vitesses » de l’Union européenne. 

Le ministère turc des Affaires étrangères a plusieurs fois souligné qu’« il serait dans l’intérêt de tous que l’UE, compte tenu de nos intérêts généraux communs, considère la Turquie comme un pays candidat qui négocie, et non comme un partenaire avec lequel avoir des relations quotidiennes de concessions mutuelles ».

Aujourd’hui, il existe plusieurs obstacles devant l’adhésion de la Turquie à l’UE, tels que des Etats membres à l’image de la France, qui profitent de leur poids au sein de l’UE pour rivaliser la Turquie dans leurs relations bilatérales et des dossiers épineux comme la question chypriote. Or il existe aussi tout un tas de points et défis communs entre Ankara et l’UE, tels que l’afflux des réfugiés, la lutte contre le terrorisme, la gestion de la crise sanitaire ou encore la crise climatique. 

La présidence française de l’UE ne commence pas bien pour la Turquie

Prenant la présidence de l’Union européenne pour 6 mois à compter du 1er janvier 2022, la France aurait pu profiter de cette occasion pour ouvrir une nouvelle page avec la Turquie. 

Or les récentes déclarations du président français Emmanuel Macron prouvent le contraire. Le chef d’Etat français a annoncé lors d’un entretien accordé au journal Le Parisien qu’il n’était pas favorable à l’élargissement de l’UE pour la Turquie « tant le projet politique, civilisationnel que poursuit aujourd’hui le président Erdoğan n’est pas conforme aux valeurs de l’Europe ». Il a également accusé la Turquie de « propager l’islam politique ».

Le porte-parole de l’AK Parti, Ömer Çelik, a réagi aux déclarations du président français en l’accusant de calomnier son pays. « Nous laissons à Monsieur Macron sa conception de la civilisation », a-t-il dit, mettant en avant les multiples contradictions « civilisationnelles » de la France de Macron telles que son silence face à l’invasion arménienne de 20% du territoire azerbaïdjanais dans le Haut-Karabakh, les charniers qu’il a perpétrés en Libye en soutenant Haftar ou encore le soutien apporté aux organisations terroristes Daech et PKK par une entreprise cimentière, auparavant dénommée Lafarge, au vu et au su des services de renseignement et des responsables de l’État français.

En conclusion, l’objectif d’une Turquie au sein de l’UE semble de plus en plus improbable en raison de l’exploitation de ce pays à des fins politiques / électoralistes par les plus grands pays de l’UE. Aujourd’hui l’opposition ferme de la France à l’intégration de la Turquie dans l’UE empêche tout avancement positif entre les parties. En attendant les premières réactions du nouveau chancelier allemand Olaf Scholz au sujet de ce dossier, la Turquie devrait à tout prix faire comprendre sa volonté de construire des relations honnêtes et transparentes avec l’UE. 

Une UE qui prend en considération les intérêts et préoccupations de la Turquie, qui la respecte à sa juste valeur sans adopter un langage de chantage et de menaces, soucieuse d’établir un dialogue constructif avec les pays candidats lui permettrait à elle aussi de renforcer sa position dans un monde en perpétuelle transformation.

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