Russie / OTAN : La confrontation est-elle inévitable ?

Russie / OTAN : La confrontation est-elle inévitable ?

Dialogue de sourd entre l’OTAN et la Russie. La Russie se sent menacée par les forces de l’OTAN qui ne cesse de s’élargir depuis la chute de l’URSS et l’OTAN ne veut faire aucun compromis. La Turquie peut être décisive pour rapprocher les différentes parties.

par Öznur Küçüker Sirene

 « La patience de la Russie est à bout », a déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov concernant les tensions entre la Russie et l’OTAN.

Historiquement parlant, les relations Russie-OTAN n’ont pas toujours été mauvaises. En 2001, la Russie a soutenu les Etats-Unis après les attaques du 11 septembre. En 2002, un Conseil OTAN-Russie a été créé afin d’associer plus étroitement la Russie aux activités de l’OTAN. A cette époque la Russie ne réagissait pas encore aux élargissements de l’OTAN même vers les pays baltes. On parlait même d’une éventuelle adhésion de la Russie à l’OTAN.

Tout a changé lorsqu’en 2007 Vladimir Poutine a évoqué « l’unilatéralisme américain » tout en considérant l’OTAN comme « une menace ». Depuis, se sont enchaînées plusieurs réactions de Poutine aux développements en Géorgie et en Ukraine, qui se traduites par une intervention de Moscou en Géorgie en 2008 et l’annexion de la Crimée en 2014. Pour la Russie l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’OTAN est sa « ligne rouge ».

Tout est devenu encore plus inquiétant fin 2021 avec le déploiement de 100.000 soldats russes aux frontières de l’Ukraine. Le monde s’interroge aujourd’hui si la Russie a l’intention d’« envahir » l’Ukraine ou s’il s’agit plutôt d’un « bluff » de Poutine pour placer la Russie à la table de négociations avec l’OTAN et les Etats-Unis.

La Russie donne son ultimatum à l’Occident

Après une semaine marathon de pourparlers entre la Russie et l’Occident à Genève, Bruxelles et Vienne, les 10, 12 et 13 janvier, le message de Poutine est clair : La Russie veut avoir son mot à dire dans l’ordre international né de la fin de la Guerre froide.

Si aujourd’hui les pays occidentaux et Kiev condamnent la politique « agressive » de la Russie et l’accusent de vouloir attaquer l’Ukraine, Moscou affirme au contraire qu’il n’a l’intention d’attaquer aucun pays mais réagit simplement à la « présence menaçante » de l’OTAN dans ce qu’elle considère comme sa « sphère d’influence ».

Lors de sa réunion avec les 30 pays membres de l’OTAN le 12 janvier à Bruxelles, la Russie a exigé en particulier 2 conditions : D’une part, l’arrêt de tout élargissement de l’OTAN- notamment à l’Ukraine – et d’autre part, le retrait des forces de l’Alliance atlantique des pays qui y ont adhéré après 1997 donc 11 pays au total.

L’OTAN n’a pas cessé de s’élargir depuis 30 ans sans jamais prendre en considération les intérêts et préoccupations russes. Aujourd’hui, en pleine nostalgie de la grandeur de l’URSS, la Russie se sent humiliée et trahie. Elle pense que les gouvernements russes ont trop cédé après la chute de l’URSS. Elle ne veut pas perdre sa « zone d’influence » et se sent de plus en plus encerclée et menacée.

« L’Occident nous a trahis avec 5 vagues d’expansion, et maintenant ce sont des systèmes de défense qui apparaissent en Roumanie et en Pologne plus récemment. Il y a des bases militaires autour de nous. A l’est, au sud et au nord de la Russie, de nouveaux systèmes militaires ont été installés, y compris en mer, sans parler de l’ouest », a ainsi déclaré Poutine.

Après cette première série de pourparlers, le secrétaire général de l’OTAN a indiqué, mardi, avoir invité la Russie à de nouvelles discussions pour écouter ses préoccupations et parvenir à une sortie de crise en Ukraine. Le même jour, les Etats-Unis ont averti que la Russie pouvait « à tout moment » attaquer l’Ukraine.

La Turquie : acteur majeur pour apaiser les tensions

Alors que se passerait-il en cas d’attaque russe contre l’Ukraine ? Comment l’Europe et les Etats-Unis réagiraient-ils ? L’OTAN s’impliquerait-il dans le conflit ?

Pour beaucoup de spécialistes, l’attaque de l’Ukraine par la Russie concerne en premier la « sécurité européenne ». Les Etats-Unis situés sur un autre continent s’en sentiraient moins concernés et il y a peu de chance qu’ils viennent aider l’Ukraine face à la Russie. D’ailleurs, les spécialistes en relations internationales expliquent que la préoccupation principale des Etats-Unis est bien la Chine et non la Russie comme le confirme le nouveau pacte stratégique baptisé Aukus (de l’acronyme de Australia, United Kingdom and United States), et qui vise à « défendre les intérêts indo-pacifiques partagés » de ces puissances tout en contrant les avancées de la Chine.

Dans un tel contexte, l’Europe pourrait se sentir abandonnée par les Etats-Unis dans cette tension avec la Russie. Une raison de plus pour évoquer encore une fois la création d’une éventuelle « armée européenne » capable de réagir indépendamment des Etats-Unis. Mais vu l’urgence de la situation, les pays européens possèdent peu de temps et moyens pour la réalisation d’un tel projet ambitieux. Le seul véritable moyen de dissuasion des Vingt-Sept face à la Russie est de préparer de « lourdes » sanctions à l’encontre de Moscou.

S’il y a un pays qui reste au cœur de toutes les configurations géopolitiques, c’est bien la Turquie. Possédant la deuxième armée la plus importante de l’OTAN en termes d’effectifs, la Turquie, pays candidat à l’Union Européenne, entretient aussi des rapports stratégiques tant avec la Russie qu’avec l’Ukraine. Elle avait déjà proposé sa médiation entre les deux pays, ce qui avait été favorablement accueilli par les parties. Cela n’a pas empêché la Turquie d’exhorter le 27 décembre la Russie à abandonner ses exigences « unilatérales » et à adopter une approche plus constructive pour sortir de son impasse avec les puissances occidentales et l’OTAN au sujet de l’Ukraine.

Dans son article intitulé « Invasion de l’Ukraine : Erdogan veut raisonner la Russie », Le Point a évoqué les propos du président turc Recep Tayyip Erdoğan au sujet de la crise ukrainienne. Lors d’une visite officielle en Albanie, Erdoğan a demandé à la Russie de ne pas « envahir » l’Ukraine tout en l’invitant de « réexaminer la situation mondiale et sa propre situation avant de franchir cette étape ». « Je ne considère pas l’invasion de l’Ukraine par la Russie comme une approche réaliste, car l’Ukraine n’est pas un pays ordinaire. L’Ukraine est un pays fort », a-t-il souligné.

Tous ces nouveaux conflits dans le monde et l’éventualité d’une confrontation entre les plus grandes puissances du monde font que la Turquie devient un acteur encore plus indispensable tant pour l’OTAN que pour l’UE. Titrant son article « La Turquie : puissance stratégique à l’influence grandissante » c’est ce qu’affirme aussi le site d’information VL Média : « Ni pleinement en Orient ni en Occident, ou plutôt dans les deux à la fois, la Turquie est, plus qu’entre deux régions, au carrefour de deux mondes. Que ce soit aux niveaux diplomatique, économique, militaire ou culturel, la Turquie s’affirme désormais comme une puissance régionale de premier plan et prend de l’ampleur à l’échelle internationale ».

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