L’Union européenne est-elle vouée à disparaître ?

L’Union européenne est-elle vouée à disparaître ?

 

par Öznur Küçüker Sirene

Les Etats européens lassés de faire la guerre après deux guerres mondiales aux conséquences particulièrement dévastatrices ont décidé d’hériter aux générations futures une Europe plus pacifique. C’est ainsi qu’a commencé le long chemin menant vers la création de l’Union européenne (UE) lors signature du traité de Maastricht, le 7 février 1992. La création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951 et puis celle de la Communauté économique européenne (CEE) en 1957 ont jeté les bases de l’UE.

Même si l’objectif principal des Etats européens fut d’assurer une paix durable en Europe plutôt que de créer une puissance mondiale en créant l’UE, la vision et les objectifs de ces Etats ont évolué dans un monde multipolaire devenu plus compétitif.

Aujourd’hui, l’UE représente une puissance régionale de première importance ayant également la volonté de s’imposer dans le monde en tant que puissance mondiale. Or elle fait face à ses limites et vulnérabilités, qui nous conduisent même à nous demander si elle sera capable de perdurer dans le temps.

L’UE en tant que puissance régionale : élargissement et politique de voisinage

La première caractéristique de l’Union européenne est certainement sa nature d’organisation supranationale qui ne cesse de s’élargir depuis sa fondation. Aujourd’hui, composée de 27 Etats membres -après le retrait du Royaume-Uni en 2020-, l’UE (précédemment la CEE) a connu 7 vagues d’élargissements avec successivement 3 nouveaux pays en 1973 (Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni), 1 pays en 1981 (Grèce), 2 en 1986 (Espagne, Portugal), 3 en 1995 (Autriche, Suède, Finlande), 10 en 2004 (Chypre, République tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie), 2 en 2007 (Bulgarie, Roumanie) et 1 en 2013 (Croatie). Il existe également 5 pays candidats à l’UE (Turquie, Albanie, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie).

L’UE impacte non seulement ses Etats membres mais aussi ses pays riverains. Lancée en 2004, la politique européenne de voisinage (PEV) vise à améliorer les relations de l’UE (et à éviter les divisions) avec les pays les plus proches de ses frontières. Elle s’applique aux 16 de ses voisins du pourtour de la Méditerranée dans le cadre du voisinage sud (Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Syrie et Tunisie) et à l’Est, dans le cadre du partenariat oriental (Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Géorgie, Moldavie et Ukraine).

L’UE en tant que puissance mondiale aux capacités limitées

Aujourd’hui, l’UE ayant vocation à élargir sa zone d’influence dans le monde, est indéniablement une puissance économique mondiale. Selon les données diffusées sur le site d’information Toute l’Europe, « avec 15 193 milliards de dollars de PIB en 2020 (13 315 milliards d’euros selon Eurostat), l’UE à 27 est la 2e puissance économique du monde. Elle représente 17,9 % du PIB mondial, derrière les Etats-Unis (24,7 %) et devant la Chine (17,4 %) et le Japon (6,0 %) ». Par ailleurs, avec sa population avoisinant les 445 millions d’habitants à compter du 1er janvier 2021, elle représente la 3e plus grande puissance démographique après la Chine et l’Inde.

En dehors de son attractivité économique et démographique, l’UE utilise aussi habilement son soft power dans le monde que ce soit par les aides au développement que par les valeurs fondamentales qu’elle véhicule à travers le monde, telles que la démocratie, les droits de l’homme, les libertés individuelles etc. Pionniers dans de nombreux domaines allant de la mode à la gastronomie, les pays européens sont encore et toujours des centres culturels, intellectuels et artistiques de première importance.

Or malgré ses atouts, l’UE connaît aussi de nombreuses limites et vulnérabilités. Les polémiques incessantes sur la nécessité de son élargissement (y compris la question d’adhésion de la Turquie à l’UE), son identité culturelle et religieuse (la question d’« européanité » des Etats membres), l’ambiguïté au sujet de ses frontières géographiques alimentent l’euroscepticisme auprès de l’opinion publique européenne. De nombreux pays européens sont de plus en plus sous l’influence des partis d’extrême droite qui accentuent l’islamophobie, la xénophobie et le rejet des migrants, portant un coup aux valeurs fondamentales de l’UE. 

Un autre problème majeur est l’absence d’unité et coordination entre les Etats membres qui agissent et décident chacun selon leurs propres intérêts. Par ailleurs, la complexité et la lenteur du mécanisme décisionnel de l’UE empêchent les pays européens de réagir efficacement face aux différents conflits et crises dans le monde. Tout comme dans les dossiers libyen, afghan, syrien, dans la crise entre la Russie et l’Ukraine aussi, l’UE n’arrive pas à s’imposer sur le plan diplomatique et à apporter des solutions efficaces aux problèmes. « La crise ukrainienne renvoie les Européens à leurs vulnérabilités », titre ainsi Le Monde, en pointant du doigt la double dépendance de l’UE qui « se repose sur les Etats-Unis tout en subissant un chantage au gaz de la part de la Russie ».

Enfin, la question la plus épineuse reste certainement « la sécurité européenne » avec une Europe qui reste dépendante des Etats-Unis et de l’OTAN pour sa défense. Après avoir accusé l’OTAN d’être « en état de mort cérébrale », le président français Emmanuel Macron avait déjà évoqué l’idée de créer « une armée européenne ».

En conclusion, l’UE a été fondée sur un idéal noble, celui de créer une paix durable sur le continent européen et de développer des relations pacifiques avec le reste du monde. Or les conflits que ses Etats membres ont engendrés dans le monde ainsi que le système international en pleine transformation obligent l’UE à développer ses outils de « hard power ». Il n’est pas certain que l’UE arrive à remédier à ses dysfonctionnements. Alors que des pays tels que la Pologne et la Hongrie remettent en cause la primauté du droit européen, une autre incertitude règne au sujet de l’avenir des Etats membres au sein de l’UE après le Brexit.

L’UE pourra-t-elle faire de ses faiblesses une force et conserver ses Etats membres ? Le temps nous le dira.

TRT FR

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