Les trois partis de la coalition – les sociaux-démocrates du SPD, les Verts et les libéraux du FDP – ont décidé mardi soir d’assouplir les règles fixant de stricts objectifs annuels d’émission de CO2, avec notamment la possibilité de compenser entre secteurs lorsque les cibles ne sont pas atteintes.

Il s’agit d’une « attaque frontale contre la loi sur la protection du climat », a fustigé le directeur du WWF Allemagne, Christoph Heinrich. Olaf Scholz s’était présenté durant la campagne électorale de 2021 comme le « +chancelier du climat+ » mais a depuis « renoncé à sa promesse de progrès », regrette-t-il.

« Pour la protection du climat, c’est plus un recul qu’un progrès », a abondé l’ONG Germanwatch.

« En renonçant à l’obligation de mettre en œuvre chaque objectif sectoriel, le chancelier Scholz (…) accepte que le plus grand succès de son parti en matière de politique climatique soit vidé de sa substance », a critiqué Martin Kaiser, directeur de Greenpeace Allemagne.

La coalition perd « un temps précieux dans la lutte contre la crise climatique », deux semaines après un nouveau constat alarmiste du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), déplore de son côté l’ONG Bund.

« Couleuvres »

« Comment pouvez-vous prendre la responsabilité » de telles mesures? a lancé au Bundestag le vice-président du groupe d’opposition CDU, Andreas Jung, à l’adresse du chancelier.

Face aux députés, celui-ci a tenté de défendre ces aménagements, censés permettre selon lui de « développer davantage la loi sur la protection du climat dans la perspective de la neutralité climatique en 2045 ». Il a assuré que les objectifs seraient vérifiés tous les deux ans pour voir si des « ajustements » étaient nécessaires.

Outre ces objectifs assouplis, les trois partis sont aussi convenus de mener d’ambitieux projets autoroutiers, une décision qui « mènera le climat dans le mur », selon Greenpeace.

La coalition a aussi renoncé à interdire en 2024 les nouveaux chauffages au gaz ou mazout comme le prévoyait le vice-chancelier écologiste, Robert Habeck. Le nouveau dispositif, qui ouvre la voie à des chauffages à l’hydrogène, répondra à « une réglementation simple et non bureaucratique », réitérant l’objectif d’une Allemagne à la neutralité carbone en 2045.

Pour satisfaire les Verts, priorité va aussi être donnée au développement du transport ferroviaire, financé par un péage pour les poids lourds.

Mais dans l’ensemble le parti écologiste « avale à nouveau des couleuvres », commente mercredi l’hebdomadaire Spiegel. Les Verts sont « les grands perdants » de ce compromis, estime le quotidien Tagesspiegel.

M. Habeck, qui défendait une interdiction des chauffages à énergie fossile, a lui assuré que cette interprétation était « fausse » et que ces discussions avaient servi de « confirmation de ce que nous avions prévu ».

Ces mesures, décidées après un marathon de deux jours de discussions, sont censées mettre fin aux tensions entre les membres de cette coalition inédite entre trois partis.

AFP