L’intersyndicale a décidé d’organiser cette démonstration de force, la douzième en trois mois, avant la décision des « Sages » vendredi, qui annonceront s’ils valident ou censurent, partiellement ou en totalité, la réforme dont la principale mesure prévoit le recul de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans.

Les autorités ont prévu entre 400.000 et 600.000 personnes dans les rues, à comparer avec les 570.000 recensés le 6 avril et 740.000 le 28 mars.

Côté grèves, les perturbations s’annoncent beaucoup moins importantes qu’au début de la mobilisation dans les transports aérien, ferroviaire et dans le métro. Mais le mouvement ne faiblit pas dans les lycées et universités, dont plusieurs étaient à nouveau bloqués jeudi matin, par exemple à Lille (nord).

Dans l’énergie, l’entrée de la raffinerie de Feyzin, près de Lyon (est), a été bloquée deux heures jeudi matin par une centaine de militants syndicaux. Un barrage filtrant a aussi été mis en place à la centrale nucléaire de Gravelines (nord).

Le puissant syndicat CGT a par ailleurs appelé les éboueurs parisiens à une nouvelle grève reconductible à partir de jeudi. Le mouvement des éboueurs, qui n’ont pas ramassé les poubelles pendant trois semaines en mars dans la capitale française, a été un des aspects les plus spectaculaires de la crise.

« Ce n’est pas le dernier jour de mobilisation, on va se revoir encore beaucoup », a déclaré jeudi matin la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, depuis l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine, près de Paris, à nouveau bloqué par des manifestants.

Des blocages étaient également en cours autour de plusieurs villes de l’ouest, notamment à Caen, Brest et Rennes, où le dépôt de bus était aussi bloqué.

« Pas le moment de craquer »

« Ce n’est pas le moment de craquer car c’est ce qu’attendent Macron et (la Première ministre Elisabeth) Borne, que ça s’essouffle. Il faut continuer à montrer que le peuple est contre la réforme », explique Johan Chivert, un étudiant interrogé dans la Creuse (centre).

Depuis la première mobilisation nationale le 19 janvier, « ça fait déjà trois mois que nous sommes dans la rue, c’est déjà énorme », renchérit Yves Juruard, retraité de la fonction publique, habitant lui aussi dans la Creuse. « La décision de vendredi » du Conseil constitutionnel « peut mettre un terme à toute cette mobilisation » mais « j’ai un peu peur que ça se radicalise dans les prochaines semaines ».

Depuis les Pays-Bas, M. Macron a estimé mercredi que cette décision viendrait « clore » un épisode avant d’annoncer qu’il proposerait aux partenaires sociaux une rencontre dans la foulée « dans un esprit de concorde ».

Le dialogue avec les syndicats est au point mort depuis le début de la crise et des échanges très tendus ont eu lieu ces dernières semaines entre le chef de l’Etat et les dirigeants de l’intersyndicale, notamment le patron de la centrale réformiste CFDT, Laurent Berger.

Vers une censure partielle ?

Après un passage de la loi au forceps le 20 mars, le gouvernement ayant utilisé une disposition constitutionnelle permettant l’adoption d’un texte sans vote, la décision du Conseil constitutionnel est la dernière étape avant la promulgation et une entrée en vigueur du texte, que le président Macron souhaite d’ici la fin de l’année.

Il semble peu probable que le Conseil, chargé de vérifier la conformité des lois avec la Constitution, annule la totalité de la réforme. Mais les Sages pourraient élaguer la loi plus ou moins substantiellement et renforcer les arguments de l’intersyndicale en faveur d’un retrait ou d’une suspension de la réforme.

Le Conseil doit aussi se prononcer sur la recevabilité d’un référendum d’initiative partagée demandé par l’opposition de gauche, une procédure devant recueillir 4,87 millions de signatures pour permettre l’organisation d’une consultation sur le texte. Une éventuelle validation pourrait redonner aux opposants à la réforme un nouveau souffle, dont ils ont besoin alors que la lassitude menace.

La France est l’un des pays européens où l’âge de départ à la retraite est le plus bas, sans que les systèmes soient complètement comparables. Les opposants à cette réforme la jugent « injuste », notamment pour les femmes et les salariés aux métiers pénibles.

L’exécutif justifie le projet par la nécessité de répondre à la dégradation financière des caisses de retraite et au vieillissement de la population.

AFP