La précédente journée d’action contre cette réforme, mardi, a été massive et le nombre de personnes dans la rue a établi un record, dépassant le pic du 31 janvier, selon les chiffres du ministère français de l’Intérieur (1,28 million) et de l’intersyndicale (plus de trois millions).

Samedi, il s’agit de la septième journée d’action, depuis le 19 janvier, contre cette réforme des retraites voulue par le président français Emmanuel Macron et son report de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, à laquelle les Français sont, selon les sondages, majoritairement hostiles, la jugeant « injuste » notamment pour les femmes et les salariés aux métiers pénibles.

Vendredi, le ministre du Travail Olivier Dussopt a dégainé l’arme constitutionnelle (article du 44.3 de la Constitution) du vote unique devant le Sénat, qui va devoir se prononcer par un seul vote sur l’ensemble du projet de loi, en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le gouvernement — au nombre de 70 environ sur la suite des articles en discussion.

Même sans débat ni vote sur le millier d’amendements restants, ces derniers peuvent toutefois être simplement présentés par leurs auteurs. Une façon de gagner du temps … et de laisser espérer à la gauche que le texte « ne soit pas soumis au vote » avant l’échéance prévue dimanche à minuit.

« Nous avons eu ensemble 74 heures de débats » depuis le 2 février et, « à chaque article, malgré des discussions de fond, l’obstruction est devenue un choix méthodique », a estimé M. Dussopt.

Réagissant à cette décision, la CGT Energie a mis en garde contre une « escalade de la colère ».

De son côté, dans une lettre à l’intersyndicale datée de jeudi, M. Macron a déclaré aux syndicats que le gouvernement restait « à l’écoute » sur cette réforme, tout en soulignant qu’elle s’imposait.

Le gouvernement français a choisi de relever l’âge légal de départ à la retraite pour répondre à une dégradation financière des caisses de retraite et au vieillissement de la population.

Contestation toujours forte

La France est l’un des pays européens où l’âge légal de départ à la retraite est le plus bas, sans que les systèmes de retraite ne soient complètement comparables.

Vendredi, le gouvernement de gauche espagnol a annoncé un accord sur le mode de calcul des pensions de retraite, comme exigé par Bruxelles en échange des fonds du plan de relance européen, mettant davantage à contribution les revenus les plus élevés. Menacé par le vieillissement de la population, Madrid avait annoncé en novembre 2021 un vaste accord prévoyant une hausse des cotisations sans report de l’âge légal de départ à la retraite, qui doit passer à 67 ans en 2027.

Le président français joue une part importante de son crédit politique sur cette mesure phare de son second quinquennat, symbole de sa volonté affichée de réformer mais qui cristallise aujourd’hui la grogne d’une partie des Français à son encontre.

M. Macron a cependant confirmé sa fermeté en n’acceptant pas de rencontrer les syndicats, estimant que l’heure était au « temps parlementaire », après les « concertations menées » par la Première ministre Elisabeth Borne et les aménagements déjà apportés au texte.

Vendredi après-midi, il a aussi déclaré que la réforme des retraites devait aller à son « terme » au Parlement, laissant entendre qu’il n’excluait rien, y compris le recours à une adoption sans vote via l’article 49.3 de la Constitution (qui permet au gouvernement de faire adopter un texte législatif sans vote en engageant sa responsabilité).

A travers le pays, la contestation reste forte, même si la France n’a pas été mise « à l’arrêt » comme l’ont souhaité les syndicats.

L’incertitude demeure sur la question de savoir si les blocages et grèves reconductibles ayant lieu depuis mardi et touchant des secteurs-clefs de l’économie (transports, énergie, etc.) se poursuivront.

A Paris, les poubelles s’accumulent dans certains arrondissements, avec 3.700 tonnes de déchets non ramassés jeudi, selon la mairie.

L’autorité du transport aérien français a demandé aux compagnies aériennes d’annuler 20% de leurs vols prévus samedi et dimanche dans plusieurs aéroports, en raison d’une grève de contrôleurs aériens.

Côté ferroviaire, la compagnie nationale SNCF prévoyait un trafic toujours « fortement perturbé » vendredi et le week-end.

Fabrice Coudour, secrétaire fédéral de la CGT Energie, a indiqué vendredi que les grèves se poursuivaient, notamment dans les centrales de production d’électricité.

La grève des gaziers se poursuit également dans l’ensemble des terminaux méthaniers et des stockages de gaz.

AFP